Cinq ans après avoir remporté la Palme d’or avec "Une affaire de famille", le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda frappe beau et fort avec "Monster".
Un drame en trois en actes qui ausculte les tourments d’un adolescent et des adultes qui l’entourent.
Cette merveille de justesse et d’émotion place la barre très haut, aux premières heures du 76ème Festival de Cannes.

Le 27 prochain, Hirokazu Kore-eda, 60 ans, rejoindra peut-être le président du jury Ruben Östlund dans le club fermé des cinéastes à deux Palmes d’or ? Monster a beau être le premier de la compétition, on ne serait pas choqué si le Japonais était de nouveau consacré, cinq ans après Une affaire de famille. Hasard ou pas, ce drame bouleversant marque son retour au pays, après deux expériences hors de ses bases. En France avec le doux-amer La Vérité, interprété par Catherine Deneuve et Juliette Binoche. Puis en Corée du Sud avec Les Bonnes Étoiles, qui a valu le prix d’interprétation l’an dernier au génial Song Kang-ho.

Le système scolaire japonais en péril

Documentariste dans sa jeunesse, Kore-eda a passé toute sa carrière de réalisateur de fiction à scruter le "vrai" chez ses contemporains. Chez lui, les personnages vivent, respirent, traversent des drames intérieurs qui sont aussi les nôtres. Dans Monster, Saori est une mère célibataire comme tant d’autres, préoccupée par le comportement un brin lunaire de Minato, son fils chéri. Bientôt persuadée qu’il est victime de Monsieur Hori, un nouveau professeur aux mœurs légères, elle entre en croisade contre la direction de l’école. Sans se douter qu’un drame tout autre est en train de se jouer sous nos yeux...

Festival de Cannes

Après cette première partie qui éclaire les failles du système scolaire japonais, Monster change totalement de point de vue pour épouser celui de Hori, cet éducateur auquel on a prêté les pires intentions. Et c’est là que le génie de Kore-eda intervient. Au lieu de décrire des personnages manichéens, son film montre au spectateur que c’est lui qui est victime de ses a priori. Il serait criminel d’en dire plus sur la nature du drame que le cinéaste dévoile par petites touches, sinon qu’il rejoint des préoccupations universelles au cœur de l’actualité.

Depuis le merveilleux Nobody Knows, on sait que Kore-eda est sans doute l’un des cinéastes actuels qui sait le mieux raconter le mystère de l’enfance. Dans Monster, il dirige deux jeunes comédiens dont la performance échappe à tous les clichés du genre. Ce sont des enfants qui ressemblent tant aux nôtres, avec leurs colères et leurs silences. À ceux que nous avons été aussi, même si nous avons souvent tendance à l’oublier dans un monde toujours plus chaotique. Ce film merveilleux nous force à faire une pause. Pour écouter, regarder, entendre. Pour aimer.

>> Monster de Hirokazu Kore-eda. Avec Sakura Andô, Eita Nagayama, Soya Kurokawa. 2h06


Jérôme VERMELIN à Cannes

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