Première réalisation de la star italienne Paola Cortellesi, ce drame teinté de comédie a cueilli par surprise près de 5 millions de spectateurs en Italie l’an dernier.
Cette fable en noir et blanc dénonçant avec humour les violences sexistes part à la conquête des Français ce mercredi 13 mars.
Audacieux, malin et terriblement touchant, c’est déjà l’un de nos grands coups de cœur de l’année.

C’est le film de tous les records en Italie. Plus fort au box-office que La vie est belle de Roberto Begnini, plus fort qu’Oppenheimer et plus fort que Barbie. Un phénomène d’autant plus fou qu’il n’a fallu que deux mois à Il reste encore demain, sorti en octobre, pour devenir le numéro un de l’année 2023 dans les cinémas transalpins. "Ça a été une belle fête, pas seulement parce qu’on a dépassé les films hollywoodiens mais en raison du succès incroyable et inattendu", nous raconte dans un large sourire Paola Cortellesi, le cœur de ce projet qui porte un regard plein de poésie sur les violences faites aux femmes.

Cette histoire, c’est celle d’une prise de conscience
Paola Cortellesi

Dans un Rome d’après-guerre en noir et blanc, Delia vit entre les coups de son mari autoritaire Ivano, ses petits boulots pour subvenir aux besoins de leurs trois enfants et un beau-père malade et râleur qui la considère comme sa domestique. "Ton problème, c’est que tu parles trop. Il va falloir apprendre à te taire", lui lance-t-il au début du film. Une réplique à l’antithèse d’un film qui, pendant deux heures, redonne leur voix à des femmes qui en ont longtemps été privées. "C’était mon objectif, acquiesce Paola Cortellesi. Cette histoire, c’est celle d’une prise de conscience". Celles aussi des Italiennes qui, sans le savoir, ont participé à la reconstruction de leur pays après la défaite des fascistes en 1945. 

Inspirées par les récits de ses propres grands-mères, Paola Cortellesi a façonné le sien autour de la relation unissant Delia, qu’elle incarne, à sa fille aînée Marcella bientôt fiancée. C’est pour elle qu’elle tentera de faire bouger les lignes. La bande-annonce ne rend pas hommage à cette œuvre singulière, dont la mise en scène audacieuse désarçonne avant de séduire. À l’image de sa tête pensante. "Paola est unique en son genre. C’est une personnalité très originale, unique dans le panorama italien. C’est une artiste, une chanteuse, une actrice dramatique talentueuse", énumère Valerio Mastandrea, l’interprète du violent Ivano.

Elle a pris un risque énorme. Traiter d’un tel thème de cette manière, c’est extrêmement courageux
Valerio Mastandrea (Ivano)

Passée par le théâtre, la télévision et le cinéma, cette pétillante reine de l’humour italien a insufflé à son premier long-métrage le grain de folie qui la caractérise. "Elle a pris un risque énorme. Traiter d’un tel thème de cette manière, c’est extrêmement courageux. La légèreté, l’ironie, l’utilisation de la musique…", insiste Valerio Mastandrea. C’est vrai qu’on rit autant qu’on pleure devant cette fable piquante et bouleversante à la fois. Jamais frontale, la violence se change même en chorégraphie devant la caméra. "C’est le langage qui ressemble le plus à Paola. Je trouve que ces scènes de danse éveillent davantage la curiosité du spectateur et que ça transmet le message de manière plus forte encore", estime Emanuela Fanelli, qui joue Marisa, la meilleure amie de Delia.

Emanuela Fanelli (Marisa) et Paola Cortellesi (Delia) sur le tournage de "Il reste encore demain".
Emanuela Fanelli (Marisa) et Paola Cortellesi (Delia) sur le tournage de "Il reste encore demain". - Universal Pictures France

"Après ça, il suffit de voir une porte se fermer pour ressentir l’inconfort de ce qui se peut se passer derrière", commente la comédienne, s’amusant des choix musicaux très éclectiques de sa réalisatrice, entre les tubes d’Outkast et des standards de la chanson italienne. "C’est une passionnée de musique, elle a voulu tout mettre dans le film", glisse-t-elle, notant que ce mélange des genres fait aussi écho au miroir entre les époques. 

"À la fin, vous pensez au chemin parcouru et vous vous rendez compte que certaines choses n’ont pas changé", dit-elle. Un mois après la sortie d’Il reste encore demain, l’Italie était secouée par le féminicide de Giulia Cecchettin, une étudiante de 22 ans poignardée à mort par son ex-fiancé. Son meurtre a lancé un vif débat national sur la persistance des violences faites aux femmes dans le pays. La jeunesse s’est emparée de la question comme elle s’est emparée du film, diffusé dans les universités à plus de 56.000 élèves.

Et si son titre, qui restera énigmatique jusqu’à la fin, était un signal d’espoir envers la nouvelle génération pour mettre fin aux violences ? Paola Cortellesi valide notre interprétation, "une des mille possibles", et rappelle que pour Delia, demain est simplement lundi. À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars, un vendredi, Il reste encore demain a été projeté dans 150 nouvelles salles en Italie. 

La cinéaste a elle été invitée à s’exprimer devant le Parlement. Signe que son œuvre d’utilité publique, érigée en symbole des luttes féministes, a basculé dans une autre dimension avant son arrivée en France ce mercredi. "Un film italien ne fait quasiment jamais 5 millions d’entrées en Italie, insiste Valerio Mastandrea. J’espère que ça suscitera la curiosité du public européen. Ça sera peut-être plus difficile de convaincre les Français, car ils connaissent bien le cinéma, ils y vont beaucoup. Mais j’espère qu’ils nous feront confiance".

>> Il reste encore demain, de et avec Paola Cortellesi - le 13 mars au cinéma


Delphine DE FREITAS

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