Les Promesses : au cinéma le 26 janvier
Interview

Isabelle Huppert : "Les Promesses est un film qui montre les politiques tels qu’ils sont"

Jérôme Vermelin
Publié le 24 janvier 2022 à 11h45, mis à jour le 27 janvier 2022 à 18h51

Source : Sujet TF1 Info

Isabelle Huppert sera à l’affiche du film "Les Promesses" le 26 janvier.
Elle y incarne une maire de banlieue confrontée à un choix crucial.
Un rôle inattendu pour l’une des stars les plus admirées du cinéma français.

Après le succès de La Daronne, où elle incarnait une traductrice s’improvisant trafiquante de drogue, Isabelle Huppert change encore de peau et d’univers. Dans Les Promesses de Thomas Kruithof, au cinéma le 26 janvier, elle joue Clémence, une maire de banlieue parisienne qui lutte pour la rénovation d’une cité insalubre. Jusqu’au jour où on lui fait une proposition qui pourrait tout remettre en question. Un rôle loin des clichés sur la politique, comme elle le confie à LCI…

Avez-vous accepté Les Promesses parce que c’est un film qui montre la politique autrement ? 

Oui, entre autres ! J’aimais le sujet, les personnages, les dialogues. C’est très important les dialogues quand on lit un scénario la première fois. Ce qui m’a plus aussi, c’est qu’il s’agit d’un film sur la politique. Pas un film politique. C’était ça "la promesse", pour reprendre le titre (sourire). 

Qui est Clémence, cette maire de banlieue que vous incarnez à l’écran ? Elle est à un moment charnière de sa vie professionnelle et personnelle, non ?

Je ne me suis pas trop posée trop de questions, j’ai pris le personnage tel qu’on me le présentait et j’ai bien vu qu’on n’était pas trop précis sur son passé. On comprend qu’elle a été médecin, par exemple. Mais elle aurait pu faire tout autre chose. Ce qui est important, c’est qu’elle a eu un métier avant. Et qu’elle est venue à la politique sur le tard. Dans ce film, on prend les personnages à l’instant. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont à la fois idéalistes et parfois freinés par leur ambition personnelle. C’est un film qui a cette honnêteté-là : les montrer tels qu’ils sont. Peut-être pas tels qu’on rêverait qu’ils soient. Ni qu’ils rêveraient d’être eux-mêmes, d’ailleurs.

Là où le film est très intéressant, c’est qu’on montre l’envers du décor qu’on voit moins, en général. Avec les faiblesses, les tentatives de renoncement, les mesquineries…

Isabelle Huppert

Avez-vous eu envie de parler avec des responsables politiques pour nourrir votre personnage ? 

Pas vraiment. J’ai regardé des interviews de femmes politiques, de maires que Thomas Kruithof m’a fait voir pour me conforter dans l’idée que ça me laissait toute liberté, plutôt que la contrainte de rassembler à quiconque. Parce qu’il n’y a pas de stéréotypes, dans aucun domaine d’ailleurs. Il n’y a que des personnes différentes les unes des autres, pas seulement d’un point de vue idéologique. Et c’est là que la fiction nous permet d’inventer les personnages qu’on voulait. Tout en sachant que ce qui caractérise une femme politique, c’est peut-être son éloquence, son aisance à émettre des idées. Son pouvoir de conviction. Sa manière de se battre pour ses idées. Là où le film est très intéressant, c’est qu’on montre l’envers du décor qu’on voit moins, en général. Avec les faiblesses, les tentatives de renoncement, les mesquineries…

On parle souvent de la solitude du pouvoir et Clémence l’incarne bien, jusque dans sa vie privée qui semble avoir été vampirisée par son métier…

Elle est présentée comme ça dans le film. Mais peut-être qu’il y a des femmes politiques qui sont beaucoup plus entourées dans leur vie privée. Là, Thomas Kruithof choisit de montrer une femme plutôt seule, dont le fils va partir. Mais ce n’est pas présenté comme une forme de soumission, un déficit ou même une douleur. Ça lui donne une forme de romanesque. Mais j’espère qu’on ne se dit pas "oh la pauvre !".

Elle n’est ni ouvertement de gauche, ni ouvertement de droite. C’est un flou nécessaire ? 

Le film n’est volontairement pas idéologique. Après, elle me semble assez soucieuse du bien-être de ses concitoyens pour qu’on puisse imaginer de quel bord elle se situe. En même temps oui et non. Parce que ce n’est pas parce qu’on est de droite qu’on est forcément insensible… Il y a parfois des clichés qui sont attachés à la gauche et à la droite qui sont un peu brouillés dans le film, volontairement. Ce n’est ni un plaidoyer, ni un réquisitoire. Elle, elle est maire. Elle n’est pas dans les grandes sphères de l’État, elle est sur le terrain. Elle est sensible de par sa fonction aux conditions de vie des gens. C’est un endroit très précis de la politique au sens le plus large de la politique : la vie en société.

Faut-il avoir des dons de comédiens pour faire de la politique ? 

Il faut avoir des dons d’orateur, un pouvoir de conviction. Comédien pas trop j’espère, parce qu’un comédien est capable de dire des choses et d’en penser d’autres. J’espère que les hommes politiques sont plus dans l’évidence d’une certaine franchise, quand même. Disons que je suis plus attachée au contenu de ce qu’ils disent qu’à la forme. 

Avec votre pouvoir de conviction, vous auriez pu faire de la politique, non ? 

Je ne crois pas. Je n’aurais eu ni l’envie, ni la capacité. Après, on lit parfois des histoires de femmes qui sont un peu jetées dans la politique par hasard. Par nécessité parce que la vie vous y amène. Et ça, c'est plutôt admirable. Moi, je n’aurais jamais eu ni cette force, ni cette envie.


Jérôme Vermelin

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