Après avoir enfermé ses personnages sur une plage dans "Old", M. Night Shyamalan fait vivre un cauchemar apocalyptique à une famille dans un chalet isolé.
Un film haletant qui interroge nos croyances au même titre que celles de ses héros torturés, interprétés par un casting impressionnant d'efficacité.
TF1info a rencontré le réalisateur lors de son passage à Paris pour évoquer ce projet mêlant horreur et thriller, au cinéma le 1er février.

S’ils frappent à votre porte, c’est déjà trop tard. Quatre étrangers armés bouleversent les vacances tranquilles d’une fillette et de ses pères en les prenant en otage dans un chalet isolé dans les bois. Le trio devra faire un choix impossible pour empêcher l’apocalypse. Pas besoin d’en savoir plus avant de découvrir Knock at the cabin, la nouvelle expérience de cinéma pensée par M. Night Shyamalan. Le maître du suspense, à l’origine de Sixième Sens, The Visit et Glass fait sien La cabane aux confins du monde, roman de Paul Tremblay (Éditions Totem). 

Un huis clos haletant porté par une mise en scène qui place plus que jamais le spectateur au cœur du récit. Un gros plan en chasse un autre, comme pour mieux nous plonger dans les yeux de personnages indécis et angoissés. Knock at the cabin glisse du thriller à l’horreur tout en questionnant notre foi en l’humanité. Et peut-être même notre foi tout court. Rencontre avec le cinéaste qui revient hanter les salles dès le 1er février.

Le film s’ouvre sur un ancien logo d’Universal. Sur les réseaux sociaux, vous avez décrit Knock at the cabin comme "un film qui nous renvoie en arrière de bien des façons". Que vouliez-vous dire ?

J'ai demandé à Universal si je pouvais utiliser leur ancien logo pour indiquer aux spectateurs qu’on allait recourir au vocabulaire d’un autre temps. Le travail de la caméra évoque une époque révolue où son mouvement était limité, ce qui lui donnait en quelque sorte une belle rigidité. La musique aussi est rétro et rappelle celles composées par Bernard Herrmann pour les films d’Alfred Hitcock. Herdis Stefansdottir, merveilleuse compositrice islandaise, est inspirée autant que moi par le cinéma d’antan.

Knock at the cabin est assez inclassable. Seriez-vous d’accord pour dire qu’il s’agit avant tout d’une histoire d’amour unissant une famille qui questionne ce que nous sommes prêts à sacrifier pour le bien de tous ?

Je pense que c'est une très bonne définition. Moi aussi j’opterais pour l'histoire d'amour comme cœur du récit. Je sais que quand vous entendez ce postulat, vous vous demandez : "Où est l'histoire d'amour là-dedans ?" Mais lorsque vous regardez le film, vous comprenez l’importance de l'amour que se porte cette famille et de la question de savoir si elle abandonnerait cela pour des étrangers.

Plus les comédiens sont sympas dans la vie, plus c'est effrayant à l'écran
M. Night Shyamalan

D’emblée, la petite Wen est fière de dire qu’elle a deux papas alors que "sur Disney Channel, ils n'en ont qu'un". L’histoire aurait-elle été la même avec un couple hétérosexuel ?

Le fait qu’ils n'en soient pas un amène des hypothèses intéressantes et complexifie l’intrigue, ce qui d’un point de vue du récit est incroyable. Sur le plan émotionnel, je ne les ai pas considérés différemment. J'espère que lorsque vous regarderez le film, vous ne verrez qu’une famille et que chaque famille pourra se reconnaître dans ce trio. J'ai raconté beaucoup d'histoires d'amour plus traditionnelles, dirons-nous. Mais je me suis senti particulièrement lié à celle-ci. 

Les quatre intrus présentent leurs excuses dès leur arrivée et martèlent qu’ils ne sont pas là pour faire du mal à la famille. On ne sait pas si on doit les soutenir ou pas. Sont-ils des bourreaux ou des victimes ?

(Il rit) Je ne peux pas le dire, il faut voir le film ! Prenons mon film Split. L’antagoniste joué par James McAvoy est aussi, à bien des égards, la victime des circonstances et vous êtes touché par cette personne. Bizarrement, vous soutenez ce genre de personnages tout en ayant peur d’eux. J’aime vraiment cette dualité, le fait que vous ne sachiez pas trop quoi penser de ceux qui vous menacent.  

C’est pour ça que vous avez choisi des acteurs que le public adore, comme Dave Bautista (Les Gardiens de la Galaxie, Dune) ou Rupert Grint (Harry Potter), pour jouer ces effrayants intrus ?

(Il rit) J'essaie toujours de choisir les opposés. Si c'est un rôle sombre, donnez-moi les acteurs et les actrices les plus sympas pour l'interpréter. C'est vraiment intéressant pour moi parce que plus les comédiens sont sympas dans la vie, plus c'est effrayant à l'écran. Parce que s'ils disent : "J'ai une mauvaise nouvelle", vous vous dites : "Oh, oh !" Mais si c’est quelqu'un de fondamentalement sombre, vous vous dites : "Ok...". C'est simpliste. Quand c'est fait innocemment, c'est effrayant.

Je sais déjà quels seront mes trois prochains films parce que ce sont tous mes idées
M. Night Shyamalan

Dans The Visit, vos personnages étaient enfermés chez leurs grands-parents. Dans Old, ils étaient coincés sur une plage. Cette fois-ci, ils sont prisonniers d’un chalet. Qu’y a-t-il de si fascinant dans les espaces clos ?

J'adore les histoires confinées. Je suis attiré par les pièces de théâtre. Un grand nombre de mes films me semble d'ailleurs en être. Ceux de James Cameron sont comme une alliance du Cirque du Soleil et du cinéma, ça va au-delà des films. Les miens sont presque comme une alliance de pièces de théâtre et de cinéma. J'ai tendance à ne voir mes histoires qu'à un seul endroit ou dans un nombre très limité d'endroits. Ça me permet de me concentrer sur l'émotion. Certains pourraient percevoir ça comme un problème ou une limite, mais pour moi, c'est un soulagement et la bonne façon de faire.  

Après Old, Knock at the cabin est votre deuxième film inspiré d’un livre. Ce travail d’adaptation a-t-il ouvert de nouvelles portes à votre créativité ?

C'était totalement involontaire ! Je sais déjà quels seront mes trois prochains films parce que ce sont tous mes idées. C’est la première fois que ça m’arrive, car je n’avais jamais rien adapté avant. Ces projets ont été un peu décalés, j’en ai trois de retard maintenant ! (Il rit) Le prochain doit sortir en 2024. J’ai lu le livre de Paul Tremblay et j’ai su qu’il fallait que je le fasse. À la manière de ma série Servant, Knock at the cabin m’a permis de prendre un peu de distance. Pour moi, le parfait équilibre, c'est d’être obsédé par ce qu’on fait puis d’être capable de prendre du recul une seconde pour analyser ce comportement obsessionnel et nous dire : "Ok, nous voulons tout cet amour et cette intensité, mais sous une forme légèrement plus saine". Comme l’idée venait d’un livre, j’ai pu faire ça tout en gardant ma passion irrationnelle.

>> Knock at the cabin de M. Night Shyamalan, avec Dave Bautista, Jonathan Groff, Ben Aldrige, Nikki Amuka-Bird, Kristen Cui, Abby Quinn et Rupert Grint - au cinéma le 1er février


Delphine DE FREITAS

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