Qui est Joanna Kulig, l’envoûtante partenaire de Gilles Lellouche dans "Kompromat" ?

Jérôme Vermelin
Publié le 13 septembre 2022 à 18h51
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Source : Sujet TF1 Info

N°1 au box-office, le thriller de Jérôme Salle accorde une place de choix à la comédienne polonaise Joanna Kulig.
En 2018, elle avait subjugué la Croisette dans "Cold War", la romance déchirante de son compatriote Pawel Pawlikowski.
Révélée dans un télécrochet lorsqu’elle était adolescente, elle excelle aujourd'hui dans les rôles de femme fatale.

Petite fille, Joanna Kulig ne rêvait pas de cinéma. "C’est un peu arrivé par accident et ensuite je me suis adaptée en mode survivor !", s’amuse celle qui donne la réplique à Gilles Lellouche dans Kompromat, en tête du box-office depuis sa sortie mercredi 7 septembre. Librement inspiré de l’affaire Yoann Barbeau, le thriller de Jérôme Salle raconte la descente aux enfers de Mathias, le directeur de l’Alliance Française en Sibérie, accusé à tort de pédocriminalité. Arrêté sous les yeux de sa fille, il est envoyé en prison avant d’être assigné à résidence. Pour s’échapper du pays, il se rapproche de Svetlana, la fille du chef local du FSB.

Ce personnage mystérieux, à la fois fragile et déterminée, semble avoir été écrit sur mesure pour celle que les cinéphiles ont découverte en 2018 dans Cold War, le magnifique long-métrage de son compatriote Pawel Pawlikowski. De la Pologne stalinienne au Paris bohème des années 1950, elle était Zula, cette chanteuse de jazz envoûtante qui rendait fou Wiktor, le pianiste interprété par Thomas Klot. Prix de la mise en scène sur la Croisette et nommé aux Oscars, le film met en orbite cette comédienne au parcours atypique.

Les femmes en Sibérie sont très fières, elles ne parlent pas forcément beaucoup et je devais construire quelque chose de l’intérieur

Joanna Kulig

"J’ai grandi à Krynica-Zdroj, une toute petite ville du sud de la Pologne", raconte-t-elle. "Toute ma famille était passionnée de musique folk. Mes parents, mes grands-parents… À la maison, tout le monde chantait ou jouait d’un instrument." Tout en fréquentant l’école hôtelière, Joanna suit des cours de piano. La musique dans la peau, elle poursuit ses études à Cracovie, où elle étudie le théâtre et le chant. En 1998, à 16 ans, elle décroche la troisième place d’un télécrochet. Sa carrière est lancée. 

Forte d’une solide expérience au théâtre, la jeune femme décroche son premier rôle au cinéma en 2007 dans Wednesday, Thursday Morning, un drame romantique qui se déroule le 1er août 1944, durant l'Insurrection de Varsovie. Trois ans plus tard, elle joue pour la première fois en français dans Elles, un drame érotique de Malgorzata Szumowska tourné à Paris. Face à la journaliste jouée par Juliette Binoche, elle incarne Alicja, une étudiante polonaise qui se prostitue "avec des maris qui s’ennuient".

Mais c’est sa rencontre avec Pawel Pawlikowski qui va être déterminante. Après lui avoir confié deux rôles secondaires dans La femme du Ve et Ida, le cinéaste lui donne enfin la chance de briller en tête d’affiche avec Cold War. L’écouter chanter dans sa langue natale, dans l’atmosphère enfumée d’un club du quartier latin, magnifiée par la photo en noir et blanc du chef opérateur Lukasz Zal, est le genre d’expérience dont on ne se remet jamais tout à fait. Jugez plutôt...

À l’époque, tout le monde où presque rêve de s’attacher ses services. Mais la diva a d’autres projets. Enceinte de son premier enfant, elle accouche en Californie, après la campagne des Oscars. C’est finalement Damien Chazelle, le réalisateur de La La Land, qui l’engage sur The Eddy, sa série sur le jazz tournée à Paris. Le résultat est inégal. Mais réentendre la voix sublime de sa vedette est toujours un régal...

"Ensuite je suis rentrée en Pologne pour faire maman pendant an", se souvient Joanna. "Et puis le Covid est arrivé et tout s’est arrêté. J’ai repris avec une comédie dans mon pays et ensuite Kompromat, qu’on a tourné en Lituanie plutôt qu’en Russie pour différentes raisons." Un thriller haletant, à la fois romantique et politique, rattrapé par l’actualité brûlante. Sur le papier, le personnage de Zvetlana est aux antipodes de la personnalité de la comédienne, chaleureuse et volubile.

"J’ai essayé de transmettre le conflit qui l’anime", insiste la comédienne. "Les femmes en Sibérie sont très fières, elles ne parlent pas forcément beaucoup et je devais construire quelque chose de l’intérieur. Zvetlana cache ses sentiments et en même temps, elle dégage une lumière. Son mari est un vétéran de guerre, il est victime d’un trouble post-traumatique, quelque chose qu’on retrouve aujourd’hui, hélas, chez les gens qui ont vécu les combats en Ukraine."

À l’écran, Joanna Kulig joue en russe, "une langue qui n’a rien à voir avec le polonais, même si pour les Américains c’est sans doute pareil !", rigole-t-elle. "Avec Gilles Lellouche, je jouais en français mais Jérôme Salle me dirigeait en anglais à ma demande parce que j’étais plus à l’aise. En même temps, c'est ça que j’aime dans ce métier : jouer des personnages différents, dans des langues et des cultures différentes, sortir de ma zone de confort. Il faut s’adapter et je crois que je suis assez douée pour ça !".

>> Kompromat de Jérôme Salle. Avec Gilles Lellouche, Joanna Kulig, Louis-Do de Lencquesaing. 2h07. En salle


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