Qui est Tim Ballard, le héros controversé de "Sound of Freedom" ?

Publié le 14 novembre 2023 à 14h02, mis à jour le 14 novembre 2023 à 16h01

Source : Sujet TF1 Info

En salles mercredi, "Sound of Freedom" s'inspire de l'histoire vraie de l'ex-agent gouvernemental Tim Ballard.
En 2013, ce Mormon père de neuf enfants, a fondé une ONG destinée libérer les mineurs des réseaux de proxénétismes.
Les méthodes et la moralité de ce personnage qui fascine la sphère complotiste sont aujourd'hui sérieusement remises en question.

Héros ou mytho ? En salles en France ce mercredi 15 novembre, Sound of Freedom s’inspire de l’histoire de Timothy Ballard, un personnage surprenant à plus d’un titre. Ex-agent spécial du département de la Sécurité intérieure, il a fondé en 2013 l’ONG Operation Underground Railroad, destinée à libérer les enfants mineurs des réseaux de proxénétisme sur plusieurs continents. Dans le film d’Alejandro Monteverde, on le découvre à l’époque où il décide de rompre avec le gouvernement américain durant une opération en Amérique du Sud, à l'origine de sa notoriété.

Thriller efficace, Sound of Freedom se distingue par la dimension "mystique" de son héros. Elle correspond à la réalité puisque Tim Ballard fait partie de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, dont les membres sont connus du grand public par le surnom de "Mormons". Diplômé en sciences politiques, il réside dans l’Utah avec Katherine, son épouse depuis 20 ans, et leurs neufs enfants, dont deux ont été adoptés suite à ses missions en Haïti. Interrogé sur ses motivations dans le film, le personnage lâche cette phrase qui résume bien sa croisade : "Gods children are not for sale" ("Les enfants de Dieu ne sont pas à vendre"). 

Éphémère conseiller de Donald Trump

Aux États-Unis, Tim Ballard a commencé à faire parler de lui en 2014, lors d’une opération en Colombie dont s’inspire le film. En coopération avec les autorités locales, et avec le soutien financier de Glenn Beck, un célèbre commentateur de la chaîne conservatrice Fox News, il se fait passer pour un Américain qui souhaite embaucher des prostituées mineures pour un enterrement de vie de garçon, organisé dans une luxueuse villa à Carthagène, entièrement équipée de micros et de caméras par deux réalisateurs de documentaire. La supercherie permettra d’arrêter les proxénètes et de réunir les preuves indispensables aux poursuites judiciaires. Mais aussi de libérer 120 femmes et enfants des griffes des réseaux, selon son auteur.

En quelques semaines, Tim Ballard devient une référence sur ces questions, et au printemps 2015, il est entendu par une commission du Congrès américain, recommandant aux élus de Washington de nouer des partenariats avec les ONG comme la sienne pour libérer les enfants d’un trafic mondial qui génère d’après lui des milliards de dollars à ceux qui en tirent les ficelles. Sa cause lui attire la sympathie de Donald Trump, dont il deviendra brièvement conseiller spécial durant son mandat. Même si de premières critiques fleurissent sur ses modes d’action et ses méthodes de financement.

C’est cette exposition médiatique qui attire l’attention du réalisateur mexicain Alejandro Monteverde. Au départ, ce dernier sollicite Tim Ballard pour son expertise, afin d’écrire un film consacré au réseau de proxénétisme suite à la découverte d’un documentaire sur le sujet. Mais lorsque le patron d’Operation Undeground Railroad lui raconte son histoire, il décide d’en faire la colonne vertébrale de la fiction, qui sera tournée à l’été 2018. À l’époque, la division sud-américaine de la 20th Century Fox en achète les droits de distribution. Mais suite au rachat de la major par Disney en mars 2019, le deal tombe à l’eau.

Lorsque les droits de Sound of Freedom sont rachetés début 2023 par Angel Studios, un distributeur spécialisé dans les films basés sur la foi, qui a fait appel à la contribution des internautes, l’image de Tim Ballard a commencé à se brouiller dans les médias américains. En décembre 2020, une enquête du média en ligne Vice remet en question la réalité de certaines opérations menées par Operation Underground Railroad, ou du moins le caractère sensationnel qui en est fait par Tim Ballard, notamment sa volonté de mettre en avant le trafic d’enfants. Elle s’interroge également sur l’utilisation des millions de dollars de dons qui sont glanés chaque année par l’ONG, effectués par de riches contributeurs comme par de simples citoyens.

Aux États-Unis, la sortie de Sound of Freedom le 4 juillet dernier a été entourée d’une vive controverse, notamment sur les réseaux sociaux. Pour ses détracteurs, le film donnerait du grain à moudre aux complotistes de la sphère QAnon, persuadés de l’existence d’un réseau pédophile à l’échelle mondiale, piloté en secret par les élites "progressistes" qui n’auraient pas voulu du film dans un premier temps. Vient s’ajouter au tableau l’adhésion publique de Jim Caviezel et de Tim Ballard à la théorie de l’adénochrone, selon laquelle le sang d’enfants kidnappés en Afrique serait utilisé pour fabriquer un puissant psychotrope.

Dans une interview accordée à la chaîne YouTube du psychologue canadien Jordan P. Peterson, icône des masculinistes, on peut voir l’ex-agent gouvernemental en parler ouvertement. "C’est tout à faire réel. Il y a des médecins sorciers qui prennent les organes et le sang des enfants et qui le boivent pour être bénis par des dieux sombres", raconte-t-il sans la moindre contradiction. Alejandro Monteverde s’est depuis désolidarisé des propos de Tim Ballard. Son film n’aborde d’ailleurs jamais cette théorie, régulièrement battue en brèche par la communauté scientifique.

Alors que Sound of Freedom sort ce mercredi, le portrait de Tim Ballard s’est assombri avec les graves accusations portées début octobre par cinq femmes ayant participé aux actions de Operation Undergound Railroad. Mormones pour la plupart, elles affirment que l’ex-agent gouvernemental les avait recrutées pour jouer le rôle de sa compagne sur le terrain. Et qu’il les aurait manipulées mentalement afin de les forcer à des actes sexuels destinés à tromper les réseaux proxénètes. L’intéressé dément en bloc. Mais dans l’attente d'éventuelles suites judiciaires, il a démissionné de ses fonctions au sein de l’ONG, dix ans après sa création.


Jérôme VERMELIN

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