"Matrix Resurrections", notre critique : un régal pour les fans, un casse-tête pour tous les autres

Jérôme Vermelin
Publié le 21 décembre 2021 à 17h01, mis à jour le 21 décembre 2021 à 19h10
JT Perso

Source : JT 20h WE

ON HÉSITE - Bourré de références à la trilogie d’origine, "Matrix Resurrections" risque de laisser une partie des spectateurs à quai même si son regard sur l’évolution de la pop culture est plutôt savoureux.

À la question de savoir s’il faut avoir vu les précédents volets de Matrix avant de découvrir le nouveau, la réponse est oui, trois fois oui. Après avoir tanné les Wachowski pendant des années, au point d’envisager un épisode sans le duo à l’origine de la saga – et Michael B. Jordan en vedette - c’est finalement Lana, en solo, qui a accepté de remettre le couvert avec un scénario co-écrit par Aleksandar Hemon et David Mitchell, l’auteur du roman Cloud Atlas qu’elle avait adapté avec sa sœur Lily en 2012. 

Pour les fans, c’était la garantie d’un projet "pur et dur", ou tout du moins fidèle à cette série de films qui a dynamité la SF au cinéma au tournant des années 2000. Empruntant pêle-mêle à Lewis Carroll, Jean Baudrillard, la Grèce Antique, les romans cyberpunk et la culture du jeu vidéo, le premier volet datant de 1999 mettait en scène Thomas A. Anderson alias Neo, un hacker qui découvrait que le monde réel n’est qu’une simulation virtuelle, la matrice, gardant les humains asservis sous son contrôle.

Bonjour la mise en abîme !

Avec sa critique sous-jacente de la société de consommation et sa fascination pour les univers virtuels, ce blockbuster dopé aux effets spéciaux stupéfiants – le fameux effet "bullet time" pompé à l’infini depuis – préfigurait, entre autres, la prise de pouvoir de l’intelligence artificielle dans la gestion de notre quotidien. Les deux suites, sorties en 2003, frisaient l’indigestion de philosophie mystico-new age. Il n’empêche : les Wachowski osaient tout et ringardisaient, au passage, la nouvelle trilogie "Star Wars" de George Lucas sortie à l’époque.

Si Matrix Resurrections est indissociable de ses prédécesseurs, c’est que d’emblée l’intrigue propose au spectateur de revivre, sous un autre angle, la scène d’ouverture du premier film à travers les yeux d’une jeune hackeuse baptisée Bugs (Jessica Henwick). Celle où le personnage de Trinity échappait à l’agent Smith à ses trousses. Les noms et les visages ont changé. Mais l’objectif est le même : sortir Neo (Keanu Reeves, le gars le plus sympa du cinéma américain) du coma virtuel où il est de nouveau plongé alors qu’on le croyait mort à la fin du troisième épisode. Vous suivez encore ? 

Le scénario prend une tournure inattendue lorsqu’on découvre que Neo est en sommeil sous les traits d’un nouveau "Mister Anderson", plus âgé, et décrit comme le créateur d’une trilogie de jeux vidéo à succès, The Matrix. Entre deux visites chez son psy (Neil Patrick Harris), il se voit confier par son patron la création d’un nouvel épisode, à la demande expresse de la Warner. Bonjour la mise en abîme ! Lors d’un brainstorming hilarant, de jeunes concepteurs-rédacteurs s’interrogent : c’est quoi Matrix ? Les scènes d’action ? Les théories philosophiques fumeuses ? Les deux à la fois ?

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Neo ne tardera pas à le découvrir. Mais avant toutes les réjouissances pyrotechniques de rigueur, il croisera la route de Trinity, "dissimulée" sous l’identité d’une honorable mère de famille. Voir Keanu Reeves demander à la revenante Carrie Ann Moss s’ils ne se sont pas déjà croisés quelque part est aussi touchant qu’ingénieux. Leurs retrouvailles contrariées sont le fil rouge d’un scénario alambiqué qui multiplie les connexions avec les épisodes précédents jusqu’au moindre détail du décor. Difficile de ne pas s’y perdre, à moins d’avoir la cartographie des trois premiers films implantée sous un lobe du cerveau…

Visuellement, le résultat ne manque pas de panache et colle le frisson à plusieurs reprises. Mais on peut aussi reprocher à ce Matrix Resurrections d’utiliser, sous couvert de les critiquer, les mêmes ficelles que toutes les franchises hollywoodiennes actuelles. C’est l’ère du "fan service", consacrée par les films de superhéros, où les clins d’œil permanents remplacent toute idée originale. Les fans les plus assidus vont adorer. Les novices, eux, risquent de rester à quai. Avec une bonne migraine en prime.

>> Matrix Resurrections de Lana Wachowski. Avec Keanu Reeves, Carrie-Ann Moss, Yahya Abdul-Mateen II, Neil Patrick Harris. 2h28. En salles mercredi.


Jérôme Vermelin

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