VIDÉO - "The Woman King" : Hollywood ressuscite les Amazones d’Afrique dans un blockbuster fracassant

Jérôme Vermelin
Publié le 27 septembre 2022 à 19h20
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

En salles mercredi, "The Woman King" raconte l’histoire méconnue des Amazones du royaume du Dahomet, l’actuel Bénin.
Une armée de guerrières à laquelle Hollywood rend hommage de manière spectaculaire, à l’heure du combat pour la diversité.
TF1info s’est entretenu avec la réalisatrice Gina Prince-Bythewood et l’actrice Viola Davis.

Outre-Atlantique, c’est déjà un phénomène. Sorti le week-end dernier aux Etats-Unis, The Woman King a pris la tête du box-office, du jamais vu pour un film de studio consacré à un pan méconnu de l’Histoire de l’Afrique. Avec un casting presque 100% féminin de surcroît. Ses héroïnes, ce sont les Agojie, l’armée de femmes qui protégea le royaume du Dahomet, le Bénin actuel, à partir du XVIIIe siècle. En 2018, ces Amazones avaient inspiré la garde royale féminine de T’Challa, le roi du Wakanda dans Black Panther, le blockbuster Marvel. À l’heure où Hollywood a fait de la diversité l’un de ses chevaux de bataille, leur consacrer un long-métrage rien qu’à elles n’était que justice.

Derrière la caméra, on retrouve Gina Prince-Bythewood, la réalisatrice afro-américaine qui avait œuvré sur le film d’action The Old Guard avec Charlize Theron. Un choix tout sauf anodin. "C’est le film que j’aurais adoré voir lorsque j’étais plus jeune pour avoir une représentation héroïque", explique-t-elle à TF1info. "L’un des pires aspects du système scolaire aux Etats-Unis, c'est que pour la plupart des enfants noirs, leur Histoire commence toujours avec l’esclavage. On ne leur apprend pas d’où ils viennent vraiment. Si ce film est un succès, j’espère que d’autres récits comme celui-là pourront être portés à l’écran."

Même si ce n’est pas un documentaire, on voulait être le plus réaliste possible

La réalisatrice Gina Prince-Bythewood

Dans le rôle de Nanisca, la cheffe des Agojie, on retrouve Viola Davis, la star de la série Murder. Cette femme engagée est à ce jour l’unique actrice afro-américaine à avoir remporté un Oscar, un Tony Award et un Emmy Award. "Chaque jour je ressens une responsabilité en tant qu’artiste de couleur", avoue-t-elle. "Pendant longtemps, nous n’avons pas fait partie de la famille des humains au cinéma. Nous n’étions qu’une métaphore, des images unidimensionnelles, un moyen d’aider un personnage blanc dans une histoire. Si bien que lorsque vous avez l’opportunité de tourner un film qui nous présente comme des êtres complexes, c’est un vrai pouvoir."

Sur la forme, The Woman King est un blockbuster efficace qui multiplie les combats spectaculaires et se joue des codes habituels du film de guerre à travers le personnage de Nawi, jouée par la comédienne sud-africaine Thuso Mbedu. Après avoir refusé un mariage arrangé par ses parents, cette jeune femme rebelle est contrainte de rejoindre les Agojie dont elle va devenir l’une des plus féroces guerrières. Et l’un des principaux atouts dans la lutte à mort avec le royaume rival, de mèche avec les marchands d’esclaves européens.

À Cotonou, au Bénin, une statue à l'effigie d'une guerrière Agojie a été dévoilée début septembre. - AFP

Au Bénin, le film de Gina Prince-Bythewood a fait l’objet d’une grande avant-première mi-septembre à Cotonou, la capitale. Une statue à l’effigie d’une guerrière Agojie a même été dévoilée à cette occasion. Balayée par les colons français à la fin du XIXe siècle, les Amazones du Dahomet sont aujourd’hui une fierté nationale, même si certains historiens rappellent que leur royaume a lui-même participé à la traite des esclaves. Le film lui n’est pas épargné par les critiques, certains reprochant notamment aux comédiens de jouer en anglais… avec l’accent du voisin nigérian.

"Tout le monde voulait faire les choses bien, que ce soit les combats, les danses ou les costumes", se défend la réalisatrice. "Même si ce n’est pas un documentaire, on voulait être le plus réaliste possible. Nous savons tous ce qui est arrivé à ces femmes, 20 ou 30 ans après. Mais elles n’ont jamais cessé de lutter. Je veux qu’en voyant mon film, les gens se disent que la lutte n’est pas terminée et qu’il faut continuer à combattre pour nos droits et notre humanité."

>> The Woman King de Gina Prince-Bythewood. Avec Viola Davis, Thuso Mbedu, John Boyega. 2h14. En salles mercredi.


Jérôme Vermelin

Tout
TF1 Info