"Ce n'est pas un concours entre gouvernements" : l'Eurovision refuse d'exclure la candidate israélienne Eden Golan

Publié le 15 février 2024 à 14h19

Source : JT 13h WE

La jeune chanteuse Eden Golan représentera Israël lors du prochain concours Eurovision le 11 mai prochain en Suède.
Depuis plusieurs semaines, de nombreux artistes réclament l'éviction de l'Etat hébreu en raison des victimes civiles à Gaza.
Ce jeudi, les organisateurs déclarent que le cas d'Israël n'est pas le même que celui de la Russie, évincée depuis le début de la guerre en Ukraine.

L’Eurovision plus politique jamais ? Alors que la Russie a été évincée du concours aux premières heures de l'invasion de l'Ukraine, le conflit entre Israël et le Hamas s’invite dans la prochaine édition, organisé à Malmö en Suède le 11 mai. Dans une pétition publiée le 30 janvier dans le quotidien Aftonbladet, plus de 1000 artistes locaux ont réclamé l’exclusion de l’État hébreu en raison des bombardements qui ont entraîné la mort de milliers de civils palestiniens, en riposte à l’attaque du 7 octobre.

"Autoriser des pays qui nient les règles du droit international humanitaire à participer à cet évènement culturel international banalise la violation de ce droit et invisibilise souffrances des victimes", écrivent les signataires. Parmi eux figurent des stars de la pop suédoise comme Robyn, Fever Ray, First Aid Kit ou encore la chanteuse d’opéra Malena Ernman, maman de l’activiste Greta Thunberg, qui fut candidate à l’Eurovision en 2009.

Je veux me tenir devant toute l'Europe et porter haut les couleurs de notre nation
La candidate israélienne Eden Golan

Les Suédois ne sont pas les premiers à manifester leur opposition à la venue de la candidate israélienne, Eden Golan. Mi-janvier, quelque 1400 artistes finlandais ont demandé à la télé publique de leur pays de boycotter le concours s’ils ne sont pas entendus. Fin décembre, le candidat britannique Olly Alexander a lui signé une tribune de l'organisation LGBT Voices4London accusant Israël d'apartheid et de génocide sur le peuple palestinien.

Les protestations internationales n’ont visiblement pas impressionné le comité israélien. Après la mort fin décembre à Gaza de Shaul Greenglick, un soldat de Tsahal qui s'était présenté aux auditions en treillis, c'est la chanteuse Eden Golan, 20 ans, qui a été désignée lors d’une émission de télé diffusé le 6 février. Pour défendre ses chances, elle a interprété le tube d'Aerosmith "I Don’t Want To Miss a Thing" en hommage… aux otages enlevés par le Hamas le 7 octobre.

"Je veux me tenir devant toute l'Europe et porter haut les couleurs de notre nation", a-t-elle déclaré après sa victoire. "Je promets de faire de mon mieux pour que le concours Eurovision 2025 ait lieu en Israël." Une manière de répondre à ses détracteurs, doublement surpris à la lecture de son CV.

Si Eden Gola est née à Kfar Saba, en Israël, elle a vécu ensuite en Russie, ne revenant dans son pays de naissance qu’au lendemain de la guerre en Ukraine. Elle a d’ailleurs participé aux sélections de l’Eurovision Junior pour la Russie en 2015, avant de participer à l’édition russe de "The Voice Kids" en 2018. Aurait-elle eu la moindre de chance de participer si elle était restée dans son pays d'adoption ?

Il ne s'agit pas d'un concours entre gouvernements
Noel Curran, directeur général de l'Union Européenne de Radio-Télévision

"Les comparaisons entre les guerres et les conflits sont complexes et difficiles et, en tant qu'organisme de média apolitique, il ne nous appartient pas de les établir", déclare ce jeudi à l'AFP Noel Curran, le directeur général de l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER), qui regroupe les diffuseurs de la compétition de chant. "Il ne s'agit pas d'un concours entre gouvernements", précise-t-il.

Si la Russie ne participe plus au concours depuis 2022, c'est parce que "les radiodiffuseurs russes avaient été suspendus de l'UER en raison de leurs manquements persistants à leurs obligations de membre et pour avoir violé les valeurs du service public", précise Noel Curran. Dans le cas d'Israël, "nos organes directeurs ont convenu que le radiodiffuseur public israélien Kan satisfaisait à toutes les règles du concours et qu'il pouvait participer comme il l'a fait au cours des 50 dernières années".

Il y a quelques heures, Eden Golan a reçu le soutien de 400 stars internationales, réunies dans une lettre ouverte coordonnée par l’ONG Creative Community for Peace. Parmi elles, l’actrice britannique Helen Mirren, son compatriote le chanteur Boy George, le bassiste américain de Kiss Gene Simmons ou encore les actrices hollywoodiennes Selma Blair et Emmy Rossum.

"Nous sommes choqués et déçus de voir certains membres de la communauté du divertissement appeler à l’exclusion d’Israël du concours pour avoir riposté au plus important massacre de Juifs depuis la Shoah", écrivent-elles. Au contraire, "des événements porteurs d’unité, comme les concours de chant, sont essentiels pour créer des ponts entre les cultures et unir des peuples de tous horizons autour de leur amour commun pour la musique." Le débat ne fait sans doute que commencer.


Jérôme VERMELIN

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