Eurovision 2022 : plus qu'un concours de chant

Eurovision : le groupe ukrainien Kalush Orchestra a-t-il déjà gagné avant de chanter ?

Jérôme Vermelin
Publié le 10 mai 2022 à 13h46, mis à jour le 14 mai 2022 à 19h37
Les membres de Kalush Orchestra, chouchous des bookmars.

Les membres de Kalush Orchestra, chouchous des bookmars.

Source : AFP

La 66ème édition du concours Eurovision de la chanson se déroule ce samedi à Turin, en Italie.
D’après les bookmakers, l’Ukraine part archi-favorite avec le groupe Kalush Orchestra.
Mais comme souvent, le vote du public pourrait inverser la tendance, en dépit du conflit qui secoue le continent.

Qui a dit que l’Eurovision n’était pas un événement politique ? À trois jours de la finale du concours à Turin, en Italie, la victoire semble, en tout cas, promise à l’Ukraine, si l’on en croit les bookmakers. Sur le site EurovisionWorld, qui compile les pronostics de 16 sites de paris en ligne, le groupe Kalush Orchestra arrive à la première place avec 49% de chances de l’emporter, loin devant le duo italien composé des chanteurs Mahmood & Blanco (13%) et l’Anglais Sam Ryder (9%). Les Français de Alvan et Ahez font partie des 33 candidats qui ne recueillent que 1% des suffrages…

Des paris à la réalité, la soirée de samedi sera-t-elle forcément sans surprise ? À voir. Les bookmakers paraissent clairement tabler sur un vote symbolique, après la décision des organisateurs d’exclure la Russie le 25 février dernier, aux premières heures du conflit en Ukraine. Mi-mars, ils ont confirmé eux-mêmes que les membres de Kalusch Orchestra seraient bien présents à Turin pour interpréter "Stefania", un titre qui mélange rap et musique traditionnelle.

Une chanson devenue symbolique

"Stefania" a été conçue à l’origine comme un hommage à la mère du leader du groupe, Oleg Psiuk. "Je retrouverai toujours mon chemin vers la maison même si toutes les routes sont détruites", chante-t-il, des paroles qui ont pris une dimension nouvelle à la faveur de la crise internationale. Depuis, les musiciens ont saisi chaque occasion qui leur était donnée pour encourager les internautes à partager des informations sur la guerre, afin de faire pression sur Moscou.

Si le vote des professionnels a de grandes chances de privilégier la politique à la musique, celui des téléspectateurs est par nature plus imprévisible. "Le public montrera sûrement un fort soutien à l'Ukraine, cela ne signifie pas pour autant qu'elle gagnera", explique à l’AFP Dean Vuletic, chercheur à l'université de Vienne et auteur d'ouvrages sur la géopolitique de l'Eurovision. "En 1993, la Bosnie et la Croatie n'avaient pas terminé très haut", rappelle-t-il, alors que ces pays étaient sous le feu des troupes serbes.

Preuve que les jeux sont loin d’être faits, un vote réalisé le mois dernier par les 4.400 fans affiliés à l'Organisation générale des amateurs de l’Eurovision (OGAE) ne donne Kalush Orchestra qu’à la 11ème place, loin derrière la Suédoise Cornelia Jacobs, les Italiens Mahmood et Blanco et l’Espagnole Chanel. Or l'an dernier, c’est le vote du public qui avait donné la victoire aux rockeurs italiens de Maneskin, les professionnels préférant le Suisse Gjon’s Tears. La Française Barbara Pravi avait, elle, décroché la deuxième place.


Jérôme Vermelin

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