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C'est l’hymne des Bleus au Qatar : l’incroyable histoire du tube anticapitaliste "Freed From Desire"

par Jérôme VERMELIN
Publié le 30 novembre 2022 à 15h43
JT Perso

Source : Le JT

Après leur victoire face au Danemark, les joueurs de l’équipe de France ont entonné la chanson "Freed From Desire" dans les vestiaires.
Ce tube qui date de 1996, la chanteuse Gala l’avait écrit afin de dénoncer la course à l’argent dont elle avait été témoin aux États-Unis.
Depuis, cet hymne fédérateur s’est propagé dans les stades de foot et les mouvements sociaux.

La séquence, publiée sur les réseaux sociaux la Fédération Française de Football, a ravi les fans des Bleus. Après leur victoire contre le Danemark (2-1) samedi dernier, les joueurs de Didier Deschamps ont célébré leur qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde en entonnant le refrain de "Freed From Desire" ("Libéré du désir") , le tube de la chanteuse italienne Gala en 1996. "My love has got no money, he’s got strong beliefs (Mon amour n’a pas d’argent, il a de fortes croyances), scandait-elle sur un rythme infernal.

L’artiste, aujourd’hui âgée de 47 ans, n’a pas tardé à remercier Kylian Mbappé & co pour cette charmante attention. "La France a une place spéciale dans mon cœur en raison de l’amour qu’elle a toujours montré pour ma chanson et pour moi en tant qu’artiste", a-t-elle commenté quelques heures après le match en repartageant ce moment de joie qui en appelle d’autres, on l'espère...

Au Qatar, il n’y a pas que l’équipe de France qui s’est appropriée "Freed From Desire" puisque des supporters de l’équipe d’Arabie Saoudite ont été immortalisés sur TikTok en train de danser sur cette rengaine indémodable après la victoire historique de leur équipe face à l’Argentine de Lionel Messi, le 22 novembre dernier. Sans faire injure aux uns, ni autres, on peut se demander s’ils connaissent le sens originel des paroles. Et la dimension très politique qu’elles ont prises ces dernières années…

J’ai écrit la chanson à New York, en observant les disparités entre les riches et les pauvres, entre les puissants et les gens ordinaires, entre les célébrés et les abandonnés

Gala dans "Trax" en 2021

Issue d’une famille très bohème – son père était marxiste, sa mère militante féministe, Gala Rizzatto s’est installée aux Etats-Unis à l’âge de 17 ans pour effectuer ses études. Diplômée de la prestigieuse Tish School of The Arts à New York, elle est fascinée par la culture du clubbing et l’énergie unique de la Grosse Pomme en général. Elle lui inspire le texte de "Freed From Desire" dont elle enverra la démo, sur cassette, au label indépendant italien Do It Yourself Records.  

"J’ai écrit la chanson à New York, en observant les disparités entre les riches et les pauvres, entre les puissants et les gens ordinaires, entre les célébrés et les abandonnés", expliquait-elle l’an dernier dans un entretien accordé au magazine Trax. "Et j’ai compris une chose : le bonheur est rarement lié à la richesse."

Un tube dans les manifs anti-Macron en 2018

En tête des charts partout dans le monde, invitée dans les émissions télé à la mode et élue meilleure artiste féminine de l’année dans son pays, Gala enregistre l’album Come To My Life qui se vend à plus de 6 millions d’exemplaires. Trop haut, trop vite ? Victime de contrats abusifs, la chanteuse perd pied et ne retrouvera jamais les sommets. Même si sa notoriété lui vaut d’être invitée à se produire lors de la cérémonie des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, en 2014.

C’est depuis les Etats-Unis, où elle réside désormais, que l’Italienne a assisté au retour de sa chanson culte sur le devant de la scène, dans des contextes bien différents, et notamment en 2018, durant les mouvements sociaux qui ont secoué la France. Fonctionnaires, cheminots, étudiants… "Freed From Desire" devient le tube incontournable des cortèges avec en point d’orgue la Fête à Macron à laquelle participe Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis à Paris le 5 mai.

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Dans le monde du foot, "Freed From Desire" fait son apparition dans les tribunes dès 2011, lorsque les supporters de l’équipe irlandaise du Bohemian FC détourne les paroles pour ironiser sur les déboires de leurs joueurs. "The Bohs have got no money, we've got a bag of E's” (Les Bohemian n’ont pas d’argent, mais nous avons un sac d’ecstasy – ndlr). Depuis, elle a fleuri dans les stades de toute l’Europe et dans les grandes compétitions tel un refrain défiant l’adversité.

"Le fait que la chanson soit utilisée par des fans de foot ou des étudiants ne me surprend pas du tout", insistait Gala dans Trax. "Toute personne qui combat le système s’aligne simplement avec l’énergie qui m’a toujours habitée : celle de ne pas accepter les choses telles qu’elles sont et de vouloir les changer."


Jérôme VERMELIN

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