On a vu "Blonde" sur Netflix : radical et envoûtant, le film sur Marilyn Monroe dézingue l’industrie du spectacle

Jérôme Vermelin
Publié le 27 septembre 2022 à 17h53
JT Perso

Source : TF1 Info

La comédienne Ana de Armas incarne Marilyn Monroe dans "Blonde", disponible ce mercredi sur Netflix.
Inspiré du roman de Joyce Carol Oates, le film d’Andrew Dominik raconte les tourments intérieurs de l’icône hollywoodienne.
Sous le vernis d’une mise en scène sublime, il porte un regard terrible sur coulisses du monde du cinéma

Avis aux abonnés Netflix et à ceux qui emprunteront leurs codes pour l'occasion. Blonde n’est pas un biopic de Marilyn Monroe, mais l’adaptation du roman du même nom signé Joyce Carol Oates, figure majeure de la littérature américaine depuis un demi-siècle. En préambule de ce foisonnant pavé de 1400 pages, l’auteure prévenait le lecteur qu’elle s’était librement inspirée de la vie de l’actrice, et en particulier d’un cliché de la toute jeune Norma Jean Baker, encore brune, pour dresser le portrait d’une femme brisée comme son œuvre en regorge. Si le réalisateur australien Andrew Dominik n’a pas jugé bon de prendre la même précaution, c’est sans doute pour mieux surprendre ses futurs spectateurs. Ils ne vont pas être déçus.

Après une sublime introduction où Marilyn virevolte sous les néons dans sa mythique robe blanche, Blonde nous transporte à Los Angeles, en 1933, où la petite Norma souffle ses six bougies sous le regard de Gladys, son inquiétante maman. Sur un mur, cette dernière, toxicomane et psychotique, a accroché le portrait d’un homme élégant, chapeau et fine moustache. Elle ne peut pas dire son nom, car c’est un homme très puissant à Hollywood. Mais si leur idylle secrète s’est achevée, c’est à cause de cette enfant qui n’aurait jamais dû naître… et qu’elle va tenter de tuer lors d’une crise de démence. Bonjour le trauma.

Avant Weinstein ? C'était pareil

Sabrant les chapitres du roman consacrés au séjour à l’orphelinat, à l’adolescence et au premier mariage de son héroïne avec un jeune soldat, le film bascule directement au début des années 1950. La brune Norma, qui gagne sa vie en posant pour des revues coquines, est violée par le patron d’un grand studio de cinéma lors d’un entretien d’embauche qui va conditionner la suite de sa carrière. De son identité tout simplement puisqu’elle deviendra dès lors la blonde Marilyn, miroir de tous les fantasmes masculins de l’époque.

Cette scène clé, et pas la moins sulfureuse, explique sans doute pourquoi Blonde se retrouve aujourd’hui sur Netflix. Quelle major aurait accepté de produire un film pensé comme la destruction, à l’acide sulfurique, de tous les mythes sur lesquels Hollywood reposait hier et encore aujourd’hui ? Avec une violence rare, Andrew Dominik nous explique que le cinéma américain n’a pas attendu Harvey Weinstein pour abuser de ses jeunes recrues. Il nous raconte aussi, de façon plus large, une Amérique où les hommes disposaient du corps des femmes selon leur bon vouloir. Et ce jusqu’au plus haut sommet de l’État.

Ana de Armas, à fleur de peau

Visuellement, Blonde est un tourbillon qui épouse les tourments intérieurs de Marilyn Monroe : alternance de la couleur et du noir et blanc, multiplication des formats d’image, reconstitution de grands classiques… Le film bénéficie également de la bande originale envoûtante de Nick Cave et Warren Ellis, doublée d’un travail plus global sur le son, du vacarme aux silences, qui happe le spectateur de la première à la dernière seconde. Cette application sur la forme compense les parti pris d’un scénario qui multiplie les ellipses. Soyons clairs : alternative totale aux biopics traditionnels, Blonde est un trip halluciné et hallucinant de 2h42, une œuvre extrême dont les audaces risquent de laisser une partie du public sur le bord du chemin.

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De nombreuses comédiennes ont joué l’héroïne de Certains l’aiment chaud au fil des décennies. La plupart de manière superficielle en privilégiant l’apparence extérieure, connue de tous. À fleur de peau, Ana de Armas en livre la version cauchemardesque en l’interprétant comme la victime d’un film d’horreur psychologique, une enfant perdue qui a vendu son âme au diable pour soigner ses blessures. Pas franchement feel good, donc. Mais sans doute lucide sur les coulisses d’une industrie du spectacle dont la quête de chair fraîche s’est aujourd’hui déportée sur d’autres supports. Si Marilyn vivait en 2022, elle ouvrirait un compte TikTok, non ?

>> Blonde de Andrew Dominik. Avec Ana de Armas, Adrien Brody, Bobby Cannavale. 2h46. Ce mercredi sur Netflix


Jérôme Vermelin

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