Disparue ce 8 septembre à l’âge de 96 ans, Elizabeth II avait 13 ans quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté.
Une expérience marquée par un engagement aussi historique que personnel en tant que conductrice d’ambulance et mécanicienne.

Le roman de sa vie s’est écrit au rythme des sursauts de l’Histoire. Avec un chapitre particulièrement formateur qui s’est ouvert avec l’invasion allemande de la Pologne, en septembre 1939. Elizabeth, alors princesse destinée à être couronnée reine d’Angleterre, n’a que 13 ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate. 

Ses parents, le roi George VI et la reine Elizabeth, refusent de quitter le pays. S’ils restent à Buckingham Palace, au cœur d'un Londres bombardé par les Nazis, ils envoient leurs deux filles au château de Windsor où elles resteront plusieurs années. C’est de là qu’à l’automne 1940, celle que l’on surnomme "Lilibeth" prononce son premier discours officiel à la radio. "Quand la paix viendra, souvenez-vous que ce sera à nous, les enfants d’aujourd’hui, de faire du monde de demain un endroit meilleur et plus heureux", lance-t-elle aux côtés de sa cadette Margaret, en s’adressant aux plus jeunes de la Nation. 

Un discours fondateur pour l’adolescente, qu’elle évoquera 80 ans plus tard dans une autre allocution rare très personnelle en pleine pandémie de coronavirus. Elizabeth se fait de plus en plus présente auprès de son père qui fait d’elle, pour ses 16 ans, le colonel en chef des Grenadier Guards, l’un des régiments les plus iconiques de l’armée britannique. Vous les avez tous vus au moins une fois si vous êtes allés en Angleterre : ce sont ceux qui campent notamment devant les palais royaux. Deux ans plus tard, la princesse atteint officiellement l’âge qui lui permet de prendre part à l’effort de guerre. Hors de question selon son père, qui décide de la garder à l’abri. Mais en 1945, Elizabeth s’engage et devient la première femme de la famille royale à servir dans les forces armées.

Profondément marquée par les bombardements tout près du château de Windsor, la jeune femme de 19 ans rejoint alors l’Auxiliary Territorial Service, la branche féminine de la British Army. Elle qui n’avait encore jamais pu grimper dans un taxi ou un bus londonien passe son permis de conduire, apprend à lire des cartes et à se salir les mains. Des vidéos en noir et blanc la montrent au volant d’un camion, des photos l’immortalisent la tête dans le moteur. Elle découvre la vie loin du faste de la royauté, aux côtés de jeunes volontaires venus, comme elle, apporter leur aide. Elle reçoit même la visite très officielle de ses parents, venus jouer les inspecteurs des travaux finis.

C’est dans son uniforme qu’elle apparaît au balcon de Buckingham Palace le 8 mai 1945. La famille royale y apparaît "presque toutes les heures, six fois". Mais il lui manque un petit quelque chose, cette connexion avec le peuple en liesse. Avec sa sœur, elle demande à leurs parents de pouvoir aller profiter de la fête d’un peu plus près. Un moment particulier qu’elle racontera à la BBC 40 ans plus tard. "Je me souviens que nous avions terriblement peur d’être reconnues. Donc j’ai vissé ma casquette militaire sur mes yeux. Un officier Grenadier qui était avec nous et une quinzaine de personnes a dit qu’il refusait d’être vu en compagnie d’un autre officier mal habillé. Donc j’ai dû remettre ma casquette normalement", explique-t-elle. 

Elle se rappelle avoir "marché des kilomètres dans la rue" lors de ce qu’elle considère comme "l’une des nuits les plus mémorables de sa vie". Le cinéma en a même fait un film, A royal night out. La guerre aura servi de formation accélérée à une reine en devenir. "Quand vous vous penchez sur toutes les raisons qui font qu’elle a fait le job si bien, tout remonte à ces années, au sens du devoir, à l’empathie envers la nation et le fait d’avoir été façonnée par cette grande épreuve et ce grand triomphe nationaux", explique le biographe royal Robert Lacey dans Our Queen at war, un documentaire diffusé en avril 2020 sur la chaîne ITV au Royaume-Uni. 

Le film insiste aussi sur une rencontre clé faite par une Elizabeth encore adolescente à l’été 1939. Nous sommes le 22 juillet au Royal College of Navy de Darmouth et la voilà qui tombe sous le charme de Philip. Cet Anglo-grec au physique d’Adonis a 18 ans et s’avère être son cousin au troisième degré. Qu’importe, les deux jeunes gens entament une correspondance enflammée et s’écrivent des lettres toutes les semaines. Une histoire d’amour particulière, car elle sera à jamais la seule de la souveraine, mariée pendant plus de 70 ans à son prince charmant.


Delphine DE FREITAS

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