Deepfake ou fake news ? Imbroglio autour du jumeau numérique de Bruce Willis

Jérôme Vermelin
Publié le 3 octobre 2022 à 15h06
JT Perso

Source : JT 20h WE

D’après les médias anglo-saxons, l’acteur aurait vendu son image à une firme high tech afin de créer son double digital.
Un porte-parole du héros de "Die Hard" vient de démentir cette info largement médiatisée.
La société Deepcake maintient toutefois avoir travaillé avec lui sur une publicité pour un opérateur de téléphonie mobile russe.

L’histoire a fait le tour du monde en fin de semaine dernière. Dans un article publié le 27 septembre dernier, The Daily Mail affirmait que Bruce Willis avait vendu "les droits de son image" à Deepcake, une société basée dans le Delaware, afin de lui créer un "jumeau numérique" quelques mois après avoir pris sa retraite des plateaux en raison de ses problèmes de santé. Une info à prendre aujourd’hui avec quelques pincettes.

L’an dernier, l’acteur et cette firme basée dans le Delaware avaient collaboré ensemble sur la création d’une publicité pour l’opérateur téléphonique russe Megafone à partir de la technologie controversée du deepfake régulièrement utilisée dans des opérations de désinformation. Sur son site internet, Deepcake cite l’acteur de 67 ans, "ravi de la précision" de cette expérience qui lui a permis "de remonter le temps". On peut même voir le double de l'acteur dans une multitude de vidéos promotionnelles.

Un démenti pas très convaincant

Coup de théâtre, ce dimanche : interrogé par la BBC, un porte-parole de la star affirme de manière laconique que "Bruce n’a ni partenariat, ni accord avec cette compagnie Deepcake". Le média britannique a donc pris contact avec les dirigeants de Deepcake qui déplorent "un mauvais choix de mots" concernant la cession des droits d'image de l'acteur. Mais ils maintiennent bec et ongles avoir travaillé avec lui sur la publicité pour Megafone... une filiale de Gazprom.

"Il nous a donné son consentement et beaucoup de matériel pour réaliser son jumeau numérique", affirment-ils. "Ce sont les propos sur les droits qui sont maladroits. Bruce ne peut pas avoir vendu à quiconque des droits qui sont les siens par défaut". Recontacté par la BBC au sujet de cette collaboration, dévoilée en septembre 2021, le porte-parole de Bruce Willis reste muet. S’agirait-il d’une sombre histoire de gros sous ?

D’un point de vue purement technique, le jumeau numérique de Bruce Willis existe déjà puisque Deepcake l’a créé donc l’an dernier en utilisant des images de ses performances dans Die Hard et dans Le Cinquième Élément. Si la nouvelle a trouvé un écho nouveau, c’est sans doute à l’idée que l’acteur puisse continuer à apparaître dans des films – ou des publicités – malgré ses problèmes de santé puisqu’il est atteint d’aphasie, un trouble neurologique entrainant perte de mémoire et défaut d’élocution.

L’hypothèse est d’autant plus crédible qu’à Hollywood, le numérique est un outil de plus en plus répandu pour "modifier" l’apparence d’un acteur, bien souvent pour en proposer une version rajeunie. C’était le cas par exemple d’Arnold Schwarzenegger qui avait retrouvé son physique de 1983 pour les besoins de Terminator Genisys, en 2015. Blade Runner 2049, Rogue One, Les Gardiens de la Galaxie 2, Spiderman : No Way Home… On ne compte plus les blockbusters qui ressuscitent les héros d’autrefois, parfois sans la présence de l’interprète original sur le plateau. Mais jamais sans son accord, a priori.

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Dans un registre différent, l’acteur Miles Fisher, sosie de Tom Cruise, est devenu une star de TikTok grâce à la même technologie utilisée pour réaliser la publicité avec Bruce Willis. S’il avait déjà un air de ressemblance avec le héros de Top Gun, imitant mieux que personne son célèbre sourire et son timbre de voix, il s’est servi du deepfake pour rendre l’illusion encore plus bluffante. Jusqu’ici Tom Cruise n’a jamais réagi au phénomène.

Si les progrès du numérique permettent d’imaginer les scénarios les plus fous, l’hypothèse de voir les stars du cinéma d’hier et d’aujourd’hui continuer à jouer dans des films après leur mort reste encore improbable, ne serait-ce que d’un point de vue éthique. Reste qu’en musique, certains ont déjà franchi le pas avec les hologrammes d’icônes comme Michael Jackon et Whitney Houston outre-Atlantique, ou chez nous Dalida, Mike Brandt et autre Claude François…


Jérôme Vermelin

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