La 76ᵉ édition du Festival de Cannes débute ce mardi 16 mai avec la projection de "Jeanne du Barry".
Au casting, des stars hollywoodiennes en pagaille et des films d’auteurs venus du monde entier.
Mais aussi des scandales qui ont éclaté avant même la première projection sur la Croisette.

Si la pluie menace de perturber le premier tapis rouge du 76ᵉ Festival de Cannes mardi soir, il y aura du beau monde sous les parapluies. On pense évidemment à Johnny Depp qui vient présenter Jeanne du Barry, le film d’ouverture dans lequel il est dirigé et donne la réplique à la Française Maïwenn. À Hollywood, le retour au premier plan du héros de Pirates des Caraïbes sera scruté avec attention, un an après sa victoire retentissante en justice contre Amber Heard.

En salles le même jour dans toute la France, Jeanne du Barry est interprété par Benjamin Lavernhe, Melvil Poupaud et une légende du cinéma français en la personne de Pierre Richard qui a 88 ans, devrait recevoir une ovation de la part du public du Palais des Festivals. Une autre icône, américaine celle-là, est attendue mardi soir. Michael Douglas, 78 ans, recevra une Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, trois décennies après avoir fait scandale avec Basic Instinct.

Hollywood à l'assaut de la Croisette

Jeudi 18 mai, la Croisette devrait vivre un beau moment d’émotion avec la montée des marches de toute l’équipe d'Indiana Jones et le cadre de la destinée, une première mondiale à la manière de Top Gun : Maverick avec Tom Cruise l’an dernier. Pour présenter l’ultime aventure de l’archéologue au chapeau, Harrison Ford, 80 ans, sera accompagné du réalisateur James Mangold, qui a pris le flambeau de Steven Spielberg et de ses partenaires Mads Mikkelsen, Antonio Banderas et Phoebe Waller-Bridge, la star de la série Fleabag.

L’autre "gros" coup des organisateurs, c’est la présentation hors compétition le samedi 20 mai de Killers of The Flower Moon, le nouveau film de Martin Scorsese. Produit par AppleStudios, il réunit Robert De Niro et Leonardo DiCaprio, les deux acteurs fétiches du maestro new-yorkais qui ne s’était côtoyés qu’une seule fois à l’écran, il y a trente ans, dans Blessures Secrètes de Michael Caton-Jones. Autant dire une éternité.

Robert De Niro et Leonardo DiCaprio dans "Killers of The Flower Moon" de Martin Scorsese. Ils seront sur les marches le samedi 20 mai.
Robert De Niro et Leonardo DiCaprio dans "Killers of The Flower Moon" de Martin Scorsese. Ils seront sur les marches le samedi 20 mai. - AppleStudios

Pendant près de deux semaines, les chasseurs d’autographes au bas de marches devraient avoir de quoi garnir leurs cahiers. Côté américain, ils pourront admirer Scarlett Johansson, Tom Hanks et Adrien Brody qui viendront défendre Asteroïd City de Wes Anderson. Natalie Portman et Julianne Moore pour May ,December de Todd Haynes. Sean Penn pour Black Flies de Jean-Stéphane Sauvaire, Jude Law et Alicia Vikander pour Firebrand de Karim Aïnouz ou encore Ben Affleck (avec sa J-LO ?) pour Hypnotic de Robert Rodriguez.

Ils apercevront aussi plein de visages connus du cinéma français comme Juliette Binoche et Benoît Magimel réunis dans La Passion de Dodin Bouffant de Tran Anh Hung. Virginie Efira pour L’Amour et les forêts de Valérie Donzelli. Guillaume Canet redevenu simple acteur pour Acide de Just Philippot. Vincent Macaigne et Cécile de France pour Bonnard, Pierre et Marthe de Martin Provost. Mais aussi Adèle Exarchopoulos et Vincent Lacoste qui prêtent leurs voix aux personnages du nouveau Pixar, Elémentaire, présenté en clôture.

Une troisième Palme d'or pour Ken Loach ?

Et la compétition alors ? Sur le papier, elle s’annonce plus "pointue" que les années précédentes. Après avoir décroché sa deuxième Palme d’or l’an dernier avec Sans Filtre, le Suédois Ruben Östlund aura la lourde tâche de désigner son successeur avec l’aide d’un jury nouvelle génération dont les membres les plus en vue sont Brie Larson, la star oscarisée de Captain Marvel, et son compatriote Paul Dano, qui jouait il y a peu le papa de Steven Spielberg dans The Fabelmans

Feront-ils du Britannique Ken Loach le premier réalisateur à décrocher trois fois la récompense suprême avec The Old Oak, qu’il annonce comme son dernier film à 86 ans passés ? D’autres vieux routiers de la Croisette sont en lice face à lui. L’Italien Nanni Moretti avec Un avenir radieux et son compatriote Marco Bellochio avec L'Enlèvement, l’Allemand Wim Wenders avec Perfect Days, le Japonais Hirokazu Kore-Eda avec Monster ou encore le Finlandais Aki Kaurismaki avec Les Feuilles Mortes.

Deux fois Palme d'or en 2017 et 2022, le Suédois Ruben Östlund présidera le jury de cette 76ème édition.
Deux fois Palme d'or en 2017 et 2022, le Suédois Ruben Östlund présidera le jury de cette 76ème édition. - AFP

Au sein du jury, il y a aussi la Française Julia Ducournau, devenue en 2021 la deuxième réalisatrice à remporter la Palme d’or pour le sulfureux Titane après l'Australienne Jane Campion en 1993 avec La leçon de piano. Et si la troisième était couronnée le 27 mai prochain ? Avec un record de sept femmes sur vingt et un cinéastes en compétition, tout est possible. Parmi elles, les Françaises Justine Triet (Anatomie d'une chute), Catherine Breillat (L'Été dernier) et Catherine Corsini (Le Retour). Et aussi une débutante, la jeune franco-sénégalaise Ramata-Toulaye Sy. Avec Banel & Adama, son premier film, elle a tellement séduit les organisateurs qu’ils l’ont invitée à en découdre avec les grands.

Polémiques au programme

Le Festival de Cannes, c’est aussi une affaire de scandales. S’ils surviennent souvent là où on ne les attend pas – un happening sur le tapis rouge, une scène choc en projo, une déclaration tapageuse en conférence de presse – cette année, la sélection a fait déjà parler avant même la première projection. On pense à celle qui a failli coûter sa place au film de Catherine Corsini, Le Retour, suite au retrait d’une subvention du CNC en raison d’une scène de sexe simulée entre mineurs, finalement coupée au montage. Mais aussi à la plainte déposée par le journaliste Edwy Plenel à l’encontre de Maïwenn, la réalisatrice de Jeanne du Barry, qui a reconnu l’avoir agressé dans un restaurant parisien il y a quelques semaines.

Partenaire de la Française à l’écran, Johnny Depp a bien évidemment ses détracteurs parmi les féministes. Mais la polémique pourrait venir de la première de The Idol, la série dont sa fille Lily-Rose est la vedette. La jeune femme y interprète une pop star dépressive qui tombe sous le charme d'un gourou incarné par le chanteur canadien The Weeknd. Aux États-Unis, le tournage de cette fiction signée Sam Levinson, le créateur de la populaire Euphoria, a fait l’objet d’une enquête troublante, parue en mars dans le magazine Rolling Stone. Climat toxique sur le tournage, présence de scènes de violences faites aux femmes… Le résultat va-t-il enflammer la Croisette ?

Enfin, à quelques heures du premier tapis rouge, beaucoup s’interrogent sur la manière dont la grogne sociale pourrait s’exprimer durant une quinzaine médiatisée dans le monde entier. Si la préfecture a interdit les manifestations aux abords de la Croisette, la CGT a d’ores-et-déjà annoncé son intention de "faire son cinéma" à proximité des stars. L’hypothèse d’une coupure de courant ponctuelle a été évoquée. On imagine déjà le Palais des Festivals plongé dans le noir en pleine soirée de gala... Les personnels de l’hôtellerie ont, eux, donné rendez-vous le 19 mai à la mi-journée devant le Carlton, le célèbre palace de la Croisette rouvert après plusieurs années de travaux gargantuesques. Tout un symbole.


Jérôme VERMELIN

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