Drôle, engagée et sans complexe : Lizzo, la pop star qui casse les codes

Jérôme Vermelin
Publié le 20 juillet 2022 à 17h37, mis à jour le 21 juillet 2022 à 9h56
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

La chanteuse américaine Lizzo est de retour avec l’album "Special", mélange de pop explosive et de textes engagés.
Après des années de galère, elle est devenue l’emblème d’une nouvelle génération qui assume ses différences.
Le mois dernier, elle a été l’une des premières stars à se mobiliser après la décision choc de la Cour Suprême sur l'avortement.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des chanteuses qui se filment en train d’acheter leur nouvel album au supermarché ? Dans son caddie, Lizzo balance des gants de boxe, des barres de protéines végétales… et une boite de préservatifs grande taille. Mais aussi une horloge "parce qu’il est grand temps", lance-t-elle à la caméra. Un clin d’œil au single "About Damn Time", une invitation à profiter de l'instant présent qui figure sur l'album Special, qui vient tout juste de sortir. Postée mardi soir sur Instagram, cette vidéo pleine d’humour résume bien la personnalité à la fois humble et extravagante d’une jeune femme qui occupe aujourd'hui une place à part sur la planète pop. 

Si vous avez manqué le début, Lizzo est le pseudonyme de Melissa Vivane Jefferson, 34 ans, et déjà une longue carrière. Née à Detroit, elle grandit à Houston où ses parents, des pentecôtistes très strictes, l’inscrivent à un cours de flûte traversière. Rien à voir avec le R’N’B qui la rendra célèbre, des années plus tard... À l’université, l'enfant prodige se voit déjà parcourir le monde avec un orchestre symphonique. Mais les graves problèmes de santé de son père - et les soucis financiers qui vont avec - l’empêchent de poursuivre ses études.

À la mort de son papa, Lizzo plonge dans une profonde dépression. Elle abandonne son instrument fétiche pour le micro et squatte chez des amis musiciens avant de trouver refuge dans sa vieille Subaru. "C’était ma maison pendant quelques temps", raconte-elle en 2020 au magazine Rolling Stone. "J’ai fêté Thanksgiving toute seule dans cette voiture et j’y ai versé pas mal de larmes avant de m’endormir".

Lizzo sur scène à New York le 15 juillet dernier pour la sortie de l'album "Special". - AFP

La vérité, c’est que j’aime mon gras dans le dos. Mais c’est le fruit d’un long parcours

Lizzo, en 2019 dans la revue "Texas Music"

En 2011, Lizzo débarque à Minneapolis, la patrie de Prince, où elle va faire partie de plusieurs groupes underground avant de publier son premier album solo, Lizzobanger, deux ans plus tard. Il faudra attendre le troisième, Cuz I Love You, en 2019, pour que sa carrière décolle enfin grâce à des tubes imparables comme "Juice" et "Truth Hurts". Mais aussi une image forte puisque sur la pochette, la chanteuse pose entièrement nue, assumant ses formes généreuses.

"Je donne l’impression d’être une personne qui a confiance en elle", explique-t-elle à l’époque à la revue Texas Music. "Je le suis peut-être, mais c’est un travail de s’aimer. Et plus je fais ce travail, plus les gens se disent : ‘Oh, elle doit vraiment avoir confiance en elle pour aimer autant son gras dans le dos’. La vérité, c’est que j’aime mon gras dans le dos. Mais c’est le fruit d’un long parcours."

Lizzo sur la pochette de l'album "Cuz I Love You" (2019) - Atlantic

Emblème du 'body positive', Lizzo parle à des millions de femmes et véhicule son discours au quotidien sur son compte Instagram, suivi à ce jour par plus de 12,8 millions d’abonnés. Ses publications étonnent, interpellent, provoquent parfois. Au risque d'attiser la haine d'une frange extrême. À l’été 2021, elle pousse un coup de gueule à l’encontre des "trolls" qui la harcèlent et l'insultent, suite à la mise en ligne du clip de la chanson "Rumors", en duo avec la rappeuse Cardi B.

Je pense que le pénis, c’est incroyable. Mais je crois aussi que c’est injuste pour l’existence humaine de limiter le champ des possibles en matière sexuelle

Lizzo en 2019 dans "Variety"

"C’est grossophobe, c’est raciste et c’est blessant", lance la chanteuse au bord des larmes, dans une vidéo sans artifice filmée depuis sa salle de bains. "Ce que je n’accepte pas, c'est que vous vous en preniez aux femmes noires, encore et encore", reproche-t-elle à ces anonymes qui l’insultent tranquillement derrière leur clavier. "Surtout les femmes noires à forte corpulence comme nous."

Ce combat pour la différence, Lizzo le prolonge en apportant son soutien à la communauté gay. "Je suis une alliée", revendique en 2019 dans Variety celle qui surnomme ses fans les "Lizzbians". "LGBT, LGBTQ, LGBTQ+… Il y a tellement de lettres merveilleuses à rajouter à l’éventail (…) J’ai grandi dans un monde où vous aviez peu d’option. Moi, bien sûr, je penche vers l’hétérosexualité. Je pense que le pénis, c’est incroyable. Mais je crois aussi que c’est injuste pour l’existence humaine de limiter le champ des possibles en matière sexuelle."

Lizzo au gala du MET à New York, en mai dernier. - AFP

Au lendemain de la décision de la Cour Suprême d’annuler l’arrêt Roe vs. Wade, qui protégeait le droit des femmes à avorter aux Etats-Unis depuis 1973, Lizzo a été l’une des premières stars de premier plan à apporter son soutien au Planning familial américain. Sur Instagram, elle a annoncé une donation de 500.000 dollars "afin de maintenir l’aide aux personnes qui sont le plus impactées par cette décision. Les femmes noires, et les femmes de couleur en général, ont historiquement moins accès à ces ressources. C’est une grande perte. Mais ce n’est pas nouveau."

Au printemps dernier, la chanteuse a rajouté une corde à son arc en produisant et animant "Lizzo’s Watch Ouf for the Big Grrrls" sur Prime Vidéo, une téléréalité dans laquelle elle part à la recherche d’un groupe de danseuses XXL pour l’accompagner sur scène. Le résultat, aussi explosif que touchant, vient de lui permettre de décrocher sa première nomination aux Emmy Awards, les Oscars à la télé. De quoi bientôt garnir sa collection de trophées, après les trois Grammy Awards déjà à son palmarès ?

Si Lizzo semble ne rien laisser rien au hasard, elle n’est pas à l’abri d’une polémique. En juin dernier, les réseaux sociaux se sont émus de l’utilisation d’un terme jugé injurieux sur la chanson "Grrrls". La chanteuse employait en effet "spazz", la contradiction de "spastic" (spasmodique en français), un adjectif utilisé pour se moquer des personnes atteintes de paralysie cérébrale. En l’espace de 72 heures, elle en livrait une nouvelle version. Politique, sans doute. Incorrecte ? Quand même pas.


Jérôme Vermelin

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