Violences sexuelles dans le cinéma : "Je vous demande de m'aider", l'appel de Judith Godrèche au Sénat

Publié le 29 février 2024 à 8h50, mis à jour le 29 février 2024 à 11h32

Source : JT 20h WE

L'actrice Judith Godrèche avait rendez-vous ce jeudi 29 février dans le cadre solennel du Palais du Luxembourg.
Elle s'est exprimée devant le Sénat sur le silence entourant les jeunes victimes de violences sexuelles.
L'actrice a demandé l'ouverture d'une commission d'enquête sur les violences sexistes et sexuelles dans le milieu du cinéma.

Ce live est à présent terminé. 

L'AUDITION EST TERMINEE

Merci d'avoir suivi cette audition au Sénat, désormais terminée.

BIENTÔT UNE RENCONTRE AVEC MACRON ?

Judith Godrèche évoque une discussion qu'elle a eu avec la ministre de la Culture Rachida Dati à l'issue des César. "Nous avons parlé, et j'ai parlé de cette symbolique du président du CNC. Elle m'a répondu présomption d'innonce, j'ai répondu que ce n'était pas la question, que c'était une question de symbole", a-t-elle déclaré. 


Puis "elle m'a parlé du président de la République, je lui ai demandé s'il voulait me recevoir pour prendre une photo ou pour vraiment discuter et prendre des décisions, avoir une vraie conversation qui ferait que nous passerions à l'acte, en tout cas que nous ferions évoluer les choses", a-t-elle poursuivie. "Pour l'instant je n'ai été contactée ni pour la photo ni pour la discussion", a dit l'actrice qui n'exclut pas de réclamer elle-même cette invitation au chef de l'Etat. 

UN COACH INTIMITE SUR LES TOURNAGES

Judith Godrèche, autrice et réalisatrice de la série "Icon of French cinema" sortie il y a quelques semaines, raconte qu'elle a souhaité fournir à l'actrice qui joue son rôle à 15 ans une "coach formée" "qui était sa personne", à laquelle "elle avait toujours accès". "Malgré le fait que j'ai confiance en moi, ma dignité, mon garde-fou, j'ai voulu qu'il y ait pour Alma quelqu'un en permanence. Car même une femme peut abuser d'une jeune actrice, et elles le font", a dit l'actrice. 


"Il lui faut une personne avec qui elle puisse aller s'isoler, qui puisse la représenter, son médiateur, qui puisse rentrer dans la pièce comme son garde du corps et dire 'elle ne veut pas enlever' son pull" s'il y a une réticence à ce sujet. 


Elle dénonce aussi les abus dans les castings où "pour obtenir ce qu'on veut au moment où on en a besoin pour convaincre le réalisateur, on demande à des jeunes femmes jeunes hommes de faire des choses qui les mettent extrêmement mal à l'aise, qui leur enlèvent leur dignité".

SORTIE DU FILM DE DOILLON

"Cette question de savoir si ce film doit sortir ou pas, pour moi la réponse est dans la question", a dit Judith Godrèche à propos de la sortie reportée du prochain de Jacques Doillon, qu'elle accuse d'agression sexuelle. "Et l'actrice principale n'a mêle pas envie de participer à la promotion de ce film", a-t-elle ajouté en parlant de Nora Hamzawi


"Comment arrêter de donner la possibilité à des pédocriminels, à des réalisateurs déguisés en abuseurs de faire leurs films ? Ces gens-là ne doivent plus avoir accès à l'enfance, quoi qu'il arrive", a dit l'actrice.

TRAITER LES ENFANTS AUSSI BIEN QUE LES ANIMAUX

A une sénatrice qui lui demandait s'il serait envisageable de préciser dans un générique de film que des membres du tournage ont dénoncé des violences ou agressions, elle a répondu : "Aux Etats-Unis il y a cette phrase au début ou à la fin des génériques : 'les animaux qui sont filmés dans ce film n'ont pas été maltraités'. Et si on traitait les enfants aussi bien qu'on traite les animaux sur les tournages ?"

LE CNC DANS LE VISEUR

"Ce débat et ces mesures dont nous aimerions parler sont mortes-nées. Il est important qu'il y ait un symbole, un représentant de la confiance, quelqu'un qui s'inscrit dans une morale qui puisse faire avancer les choses", a dit Judith Godrèche, estimant que sur tous ces sujets "il n'est pas possible de s'adresser au CNC", Centre national du cinéma et de l'image animée. Elle fait référence à son président Dominique Boutonnat, mis en examen pour agression sexuelle.

TOUS LES METIERS DU CINEMA TOUCHES

Judith Godrèche ne veut pas se faire la porte-parole des seules actrices. Elle soulève que les violences sexuelles et sexistes touchent toutes les femmes qui travaillent dans le milieu du cinéma. Elle évoque notamment les témoignages reçus de 200 techniciennes, toutes destinataires d'une photo non consentie du sexe d'un même réalisateur. Le problème, soulève Judith Godrèche ? "Elles ne savent pas à qui s'adresser" pour dénoncer cela, lorsque cela se passe sur un plateau de tournage.

"JE VOUS DEMANDE DE M'AIDER"

"Je vous demande de m'aider à faire en sorte que les violences sexistes s'arrêtent dans mon milieu. Cette petite société du cinéma n'est que le reflet de notre société. Cette famille incestueuse du cinéma n'est que le reflet de toutes ces familles et de tous ces témoignages que je reçois chaque jours", a déclaré Judith Godrèche aux sénateurs. Elle évoque 4500 témoignages de personnes "qui avaient ancré leurs espoirs à la présence du juge Durand à la tête de la Ciivise".

NE PAS LAISSER UN ENFANT SEUL SUR UN PLATEAU DE TOURNAGE

Judith Godrèche formule plusieurs propositions pour ne pas laisser des enfants devenir la proie d'adultes sur les plateaux de tournage. Elle souhaite par exemple "imposer un référent neutre quand un mineur est sur un tournage, un référent qui n'est pas payé par la production, qui est formé", pour qu'"un enfant ne soit jamais laissé seul sur un tournage".


L'actrice propose aussi d'accompagner les enfants par un "coach intimité pour les scènes qui impliquent de l'intimité, de la sexualité". "Car oui, ça fait peur quand on est une jeune actrice ou un jeune acteur de se retrouver dans des scènes face à un adulte qui vous crie dessus."


Elle soumet aussi l'idée de contrôles, par les services sociaux, dès lors qu'"un enfant de moins de 16 ans participe à un tournage".

UNE COMMISSION D'ENQUETE SUR LES VIOLENCES DANS LE CINEMA ?

Aux sénateurs, Judith Godrèche réclame la constitution d'"une commission d'enquête contre les violences sexuelles et sexistes dans le milieu du cinéma".


Elle demande aussi, même si elle se doute que les parlementaires n'ont pas ce pourvoir, "le retrait de Dominique Boutonnat", président du Centre national du cinéma et de l'image animée. "Il y a des charges de violences sexuelles contre lui", déclare l'actrice.

RAPPEL DES FAITS

Pour plus de contexte sur l'éviction du juge Durand et les troubles qui ont parcouru la Ciivise ces derniers mois, lisez ce papier datant du 15 décembre 2023.

GODRECHE DEFEND LA CIIVISE

"Combien de petites filles, de petits garçons, de petits pieds dans la porte seront nécessaires avant que cette société réagisse pour toujours ? Afin que nous puissions jouer les rôles de notre vie sans nous faire voler notre enfance, abusés, frappés", déclare Judith Godrèche. "Quel aurait été mon destin si la Ciivise avait existé à l'époque avec lui à sa tête ?" se demande-t-elle, défendant toujours l'ex-coprésident de l'institution.

LE JUGE DURAND

Judith Godrèche rend hommage au juge Durand. Face à lui, elle dit s'être retrouvée face au "non-effacement de la parole de l'enfant", face à "un homme qui ne négocie pas avec la réalité". "Serait-il possible que les sénateurs, les lois, les gouvernements, donnent à notre société la possibilité, la chance, d'accomplir son destin héroïque de son vivant ? Ne laissons pas le cinéma s'emparer de l'histoire inachevée du juge Durand." 

LE CINEMA ET LA VRAIE VIE

Visiblement émue et "honorée" d'être là, Judith Godrèche déclare en introduction : "L'industrie du cinéma pourrait s'appeler l'industrie de la vie." "Comme dans la vie, la vraie vie (...) dans l'industrie du cinéma aujourd'hui, en 2024, nous décidons d'invisibiliser la souffrance des enfants", poursuit-elle en référence à l'éviction de la Ciivise du juge Durand en décembre dernier.

BONJOUR

Bienvenue dans ce live consacré à l'audience de Judith Godrèche devant les sénateurs de la délégation au droit des femmes. 


L'actrice, qui a porté plainte contre les cinéastes Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour des violences sexuelles lorsqu'elle était adolescente, va bientôt prendre la parole.

Des César au Sénat : l'actrice Judith Godrèche a rendez-vous, jeudi 29 février, dans le cadre solennel du Palais du Luxembourg, qui pourrait offrir un relais politique à son discours sur le silence entourant les jeunes victimes de violences sexuelles. Depuis qu'elle a porté plainte contre les cinéastes Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour des violences sexuelles lorsqu'elle était adolescente, l'actrice est devenue la figure de proue du mouvement de dénonciation de ces violences dans le cinéma. Elle est attendue à 9h sous les ors de la chambre haute, devant les parlementaires de la délégation au droit des femmes, pour une audition d'1h30 retransmise sur Public Sénat.

"L'idée n'est pas d'être voyeur et de la faire venir pour témoigner, mais de réfléchir à ce qu'il est possible de faire pour protéger" les enfants des violences sexuelles, a souligné la sénatrice centriste, qui espère qu'elle pourra "dénoncer un système, et ce qu'il se passe avec des mineurs livrés seuls à des réalisateurs qui en font ce qu'ils veulent". L'actrice pourrait revenir sur les plus de 2000 témoignages qu'elle dit avoir recueilli de victimes de violences depuis un appel qu'elle a lancé sur les réseaux sociaux. Et sur le "niveau d'impunité, de déni et de privilège" du milieu du cinéma, qu'elle dénonçait vendredi sur la scène de l'Olympia à Paris, pendant la 49e cérémonie des César.


La rédaction de TF1info

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