On a découvert à Cannes les deux premiers épisodes de la série "The Idol", la nouvelle création du jeune réalisateur Sam Levinson.
Lily-Rose Depp y incarne une pop star qui tombe sous l'emprise d'un patron de boîte de nuit joué par le chanteur The Weeknd.
Le trio est venu défendre face à la presse cette satire du "music business" qui vire au téléfilm érotique pour le moins dérangeant.

C’est bien après l’heure où les enfants sont couchés que les deux premiers épisodes de la série The Idol ont été présentés lundi soir dans le cadre du 76ᵉ Festival de Cannes. Après visionnage, on le confirme : il faudra tenir les moins de 18 ans loin de la télé - ou de l'écran d'ordinateur - lors de la diffusion sur Prime Vidéo à partir du 5 juin prochain. Les adultes aussi ? Le débat est ouvert. Et il sera peut-être nécessaire de visionner les trois suivants pour se faire un avis définitif sur cette entreprise précédée d'un parfum de soufre.

Née de l'imagination de Sam Levinson, le réalisateur américain en vogue de la série Euphoria, et du chanteur canadien Abel Tesfaye, alias The Weeknd, The Idol nous dévoile le quotidien de Jocelyn, une pop star qui prépare son retour après une épreuve douloureuse. Autour d’elle, une nuée d’agents, d’assistants et de conseilleurs en tous genres qui décident d’à peu près tout à sa place. Malheur : une photo intime de leur protégée fait le buzz sur les réseaux sociaux. "Rien de grave", lui promet son manager. "Ça ne pourrait pas être pire", lance-t-il dès qu’elle a le dos tourné.

Un réplique qui provoque le malaise

Sous pression, Jocelyn décide de s’offrir une virée dans un night-club à la mode où elle tape dans l’œil du patron, un certain Tedros, incarné par The Weeknd himself. Ni une ni deux, les voilà qui fricotent dans un coin tranquille, à l’abri des regards. "Je n’ai jamais baisé un mec avec une queue de rat", avoue-t-elle désignant l’appendice capillaire du bellâtre. Ils seront interrompus au pire moment. Mais ce n’est que partie remise. Malgré la mise en garde de son assistante qui trouve que "ce mec pue le viol", Jocelyn décide de l’inviter chez elle. "Moi, j'aime ça", rétorque la jeune femme, une réplique qui a fait passer un frisson de malaise dans toute la salle.

Le soir venu, Tedros franchit le portail de la villa de Jocelyn dans un halo de lumière. Il embrasse l’assistante sur la bouche, va se repoudrer nez dans les toilettes puis retrouve son hôte qui l’accueille en dessous coquins. Avant de lui proposer d’aller écouter son nouveau single dans son studio privé. Elle le trouve trop commercial. Mais pour lui, le problème ne vient pas de la musique, mais de la voix de la chanteuse. "Est-ce que tu sais baiser ?", lui demande-t-il entre deux regards lubriques. "Parce que tant que tu ne sauras pas baiser, tu ne sauras pas chanter". On vous épargne la suite.

La bande-annonce de "The Idol" avec Lily-Rose DeppSource : TF1 Info

Après une entrée matière pas désagréable, qui dézingue le showbiz à la manière d’Entourage, série autrement culte sur les coulisses de Hollywood, The Idol vire au téléfilm érotique cheap durant l’épisode 2. Cheap, et à vrai dire malsain, car on se demande bien où Sam Levinson compte nous emmener au cours des suivants. Représenter une sexualité borderline pour la dénoncer est une chose. Donner le sentiment de s’y complaire en est une autre.  À la question de savoir comment il avait dosé la chose, le réalisateur a livré une explication à demi-convaincante en conférence de presse. "Nous vivons dans un monde hyper sexualisé", s’est-il justifié. "Aux États-Unis, l’influence de la pornographie est très importante dans la psyché des jeunes." Dans la sienne aussi visiblement...

The Weeknd et Lily-Rose Depp lundi 22 mai sur les marches
The Weeknd et Lily-Rose Depp lundi 22 mai sur les marches - AFP

The Weeknd, qui fait ses débuts d’acteur après avoir joué son propre rôle dans Uncut Gems des frères Safdie, a lui présenté The Idol comme "un conte de fées sombre et tordu dans l’industrie de la musique et tout ce que je sais à son sujet (…) Pourrions-nous créer notre propre pop star ? Pourrions-nous créer quelqu’un qui essaie de se retrouver, en utilisant mes expériences, en utilisant ses expériences, en utilisant les expériences de Lily-Rose pour créer quelque chose de spécial, d’audacieux, d’excitant et d’amusant qui fera rire certaines personnes. Et qui en énervera d’autres."

Pour la première fois, Sam Levinson a réagi à l’enquête du magazine Rolling Stone dénonçant une atmosphère toxique sur le plateau. Mais aussi à la multiplication de scènes de violences sexuelles faites aux femmes. "Nous savions que nous faisions un show provocant. Mais c’est bizarre parce que d’une certaine manière quand ma femme m’a lu l’article, je lui ai dit ‘on va voir la plus grosse série de l’été’", s'est-il vanté. "Ce qui est raconté dans cet article m’est totalement étranger (…) Ils sont libres d’écrire ce qu’ils veulent. Le seul problème, c’est qu’ils ont omis tout ce qui n’entrait pas dans l’histoire qu’ils voulaient raconter."

Comme à la suite de la parution de l’article au printemps dernier, Lily-Rose Depp a pris la défense de son réalisateur face à la presse. "C’est toujours triste lorsque vous lisez des choses fausses écrites à propos de quelqu’un qui compte pour vous et qui n’est pas celui qu’on décrit", a regretté la comédienne. "Mon expérience du tournage n’a rien à voir", a-t-elle coupé court. La fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis s’est en revanche montrée plus disserte à propos d'un personnage qu'elle interprète avec conviction, quoi qu'on pense du reste.

"Nous ne racontons pas l’histoire de personne en particulier", a-t-elle assuré, alors que le nom de Britney Spears est mentionné. "Ce que nous voulions, c’est faire sentir qu’elle était une pop star de notre époque, mais sur son propre chemin", a-t-elle précisé citant Jeanne Moreau, Gene Tierney et Sharon Stone parmi ses sources d’inspiration. Ce n’est donc pas hasard si lors de l’épisode 1, Jocelyn et son assistante regardent Basic Instinct pendant une discussion sur Tedros. Un indice sur le virage que The Idol pourrait prendre lors des trois épisodes suivants ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite.


Jérôme VERMELIN à Cannes

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