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"The French Dispatch", la critique express : visuellement sublime, le nouveau Wes Anderson manque de chair

Jérôme Vermelin, à Cannes
Publié le 13 juillet 2021 à 12h08
Léa Seydoux dans "The French Dispatch"

Léa Seydoux dans "The French Dispatch"

Source : Disney

ON HÉSITE – En compétition pour la Palme d’or, le réalisateur américain Wes Anderson mêle son amour de la France et du grand journalisme américain dans "The French Dispatch", un film à sketches d’une invention esthétique indéniable. Pour l’émotion, en revanche, il faudra repasser.

C’est le plus francophile des cinéastes américains. Dans The French Dispatch, tourné en grande partie à Angoulême, Wes Anderson met en scène le village imaginaire d’Ennui-sur-Blasé où Arthur Howitzer Jr. a établi la rédaction d’une revue dominicale dont les pages hébergent des plumes aussi singulières qu’excentriques. Cet hommage aux grandes signatures du New Yorker s’articule autour des reportages de chacun, comme autant de courts-métrages avec leurs castings propres. On va donc suivre la naissance d’Ennui-sur-Blasé, la relation entre un artiste psychotique et sa gardienne de prison, la révolte étudiante de mai 68, le portrait d’un chef cuisiner œuvrant au sein de la police et enfin la nécrologie du patron…

Sur la forme, l’auteur de La Vie Aquatique et de Grand Budapest Hôtel n’a sans doute jamais été aussi ambitieux, créant des univers d’une richesse et d’une précision esthétique folle. Depuis ses débuts en 1994 avec l’attachant Bottle Rocket, ce Texan à l’éternel physique d’adolescent est devenu, et de loin, le plus grand styliste du cinéma américain. Difficile, pourtant, de ne pas ressentir cette fois une forme de frustration devant cette succession de tableaux, portée par un casting franco-américain spectaculaire.

Jusqu’à son long-métrage précédent, le film d’animation L’île aux chiens, Wes Anderson a toujours sur mettre l’esthétique au service d’une intrigue solide, ou tout du moins de ses personnages, qu’ils soient ordinaires ou excentriques, drôles ou diaboliques, heureux ou malheureux. Ici hélas, et pour la première fois dans la carrière du cinéaste américain, le spectateur a dû mal à s’investir et l’émotion n’affleure qu’en de rares occasions. La faute, sans doute, à la narration à sketches, décidément périlleuse, même pour les meilleurs. The French Dispatch manque de liant même si la patte unique de son auteur en fait une expérience plaisante, bien qu’anecdotique au final.

>> The French Dispatch de Wes Anderson. Avec Bill Murray, Timothée Chalamet, Tilda Swinton. 1h43. En salles le 27 octobre.


Jérôme Vermelin, à Cannes

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