Festival de Cannes 2022 : films, stars et paillettes sur la Croisette

Cannes 2022 : "Triangle of Sadness", la Palme d'or qui dézingue les super riches

Jérôme Vermelin, à Cannes
Publié le 29 mai 2022 à 17h00, mis à jour le 29 mai 2022 à 17h19
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Dans "Triangle of Sadness", la Palme d'or 2022, une croisière de luxe vire à la catastrophe.
Le Suédois Ruben Östlund remporte le trophée pour la deux fois, cinq ans après "The Square".
Cette satire du capitalisme hilarante n’a pas peur de sortir l’artillerie lourde. Attention les yeux !

Si vous souffrez d’émétophobie – la phobie du vomi – n’allez jamais voir Triangle of Sadness, le nouveau film du réalisateur suédois Ruben Östlund, sa deuxième Palme d’or à Cannes cinq ans après The Square. Dans cette satire corrosive, les passagers d’une croisière de luxe ne répondent plus de rien lorsqu’une tempête frappe en plein dîner le yacht à bord duquel ils ont embarqué. "Mangez madame, il ne faut pas avoir le ventre vide lorsqu’on a le mal de mer !", recommande une serveuse à l’une des convives. Vous n’imaginez même pas la suite…

Cette séquence, aussi tordante que spectaculaire, est le grand morceau de bravoure de cette comédie qui ne prend pas, mais alors vraiment pas de gants avec ses personnages. Après avoir épinglé le wokisme avant l’heure dans The Square à travers les déboires du directeur d’un musée d’art moderne, Ruben Östlund se paie le capitalisme contemporain, rien que ça, en suivant les mésaventures de Carl et Yaya, un couple d’influenceurs, conviés à un séjour cinq étoiles en mer par l’un de leurs sponsors.

"Koh-Lanta" version lutte des classes

Mannequin sur la pente déclinante, Carl ne supporte pas que Yaya gagne plus d’argent et lui fait une scène – tordante et si réaliste – au moment de payer l’addition au restaurant. La croisière va-t-elle sauver leur couple ? À bord, ils font la rencontre d’une galerie de personnages aussi pathétiques qu’attachants. Parmi eux, un milliardaire russe qui a fait fortune grâce au commerce d’engrais industriel. "Je vends de la merde !", répète-t-il, hilare, en présence de ses deux compagnes, l’officielle dépressive et la maîtresse, couverte de bijoux.

Mais le plus grand danger qui guette le navire, c’est peut-être son capitaine, joué par la star américaine Woody Harrelson. Enfermé dans sa suite où il écume les bouteilles de champagne, il n’en sort que pour le fameux dîner qui va se transformer en naufrage collectif, au propre comme au figuré. La dernière partie du film, en mode "Koh-Lanta" version lutte des classes, va se révéler aussi cruelle que réjouissante, pour peu qu’on goûte à l’humour acide du réalisateur suédois qui signe là son premier film en langue anglaise.

Qu’on accroche ou pas, Ruben Östlund est un cinéaste qui a une patte reconnaissable entre mille, la marque d’un auteur comme on les aime sur la Croisette. Ses films sont longs – celui-là dure 2h30 – là où la comédie nécessite d’ordinaire un rythme effréné. Lui adore au contraire installer une atmosphère de malaise en faisant durant les plans, les regards, les silences. Jusqu’au moment où tout bascule pour le plus grand plaisir du spectateur, pris au piège de ce jeu de massacre qui le renvoie à ses propres contradictions. Nous, on adore.


Jérôme Vermelin, à Cannes

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