Le cinéaste américain Sean Baker, 53 ans, a remporté la Palme d’or du 77ème Festival de Cannes.
Un auteur indépendant dont la plupart des films explorent l’univers des travailleurs du sexe.
Portrait d’un franc-tireur qui refuse les codes des superproductions hollywoodiennes.

Sa mèche rebelle lui donne l’allure d’un éternel adolescent. Lauréat de la Palme d’or 2024 avec Anora, Sean Baker, 53 ans, est ce qu’on appelle un "maverick" du cinéma indépendant américain, à l’heure où les studios lui ont tourné le dos. Fils d’un avocat et d’une enseignante du New Jersey, c’est loin de Hollywood qu’il a forgé sa cinéphilie et sa carrière.

À ses débuts, Baker enchaîne les petites productions tournées pour une poignée de dollars. Avant de percer en 2012 avec Starlett, l’amitié inattendue entre une gamine paumée et une octogénaire solitaire. Des personnages attachants, une approche réaliste et une touche d’humour permanent… Cette tranche de vie expose une Amérique ordinaire à l’heure où les superhéros squattent les écrans.

Je voulais qu’Anora représente correctement une jeune travailleuse du sexe aujourd’hui à New York City
Sean Baker

Avec Tangerine, son film suivant, Sean Baker dresse le portrait de deux prostituées afro-américaines transgenres en Californie. Filmé au smartphone, il séduit par son réalisme à fleur de peau, fruit de recherches prolongées auprès des travailleurs du sexe. Un univers qu’il va continuer à explorer avec The Florida Project, l’histoire d’une stripteaseuse qui élève tant bien que mal ses deux bambins. Puis Red Rocket, où un acteur de porno masculin tente de refaire sa vie.

"Je suis devenu ami avec de nombreux travailleurs du sexe et j’ai réalisé qu’il y avait un million d’histoires à raconter dans leur monde", expliquait-il à Cannes en début de semaine lors de la conférence de presse de Anora. "S’il y a une intention avec tous ces films, c’est de raconter des histoires humaines, des histoires qui sont, espérons-le, universelles. Et d'éliminer la stigmatisation qui pèse sur ce gagne-pain."

Sean Baker et Mikey Madison Cannes le 22 mai à Cannes.
Sean Baker et Mikey Madison Cannes le 22 mai à Cannes. - AFP

Palme d’or du 77ème Festival de Cannes, Anora a été nourrie par la lecture de Modern Whore, un livre d’Andrea Werhun, une ancienne travailleuse du sexe engagée comme consultante sur le film. "Je voulais qu’Anora représente correctement une jeune travailleuse du sexe aujourd’hui à New York City", soulignait le cinéaste. "L'un des thèmes que je voulais explorer, c’est celui du pouvoir. Anora a du pouvoir. Elle en a conscience. Elle est en contrôle, même lorsque le monde autour d’elle s’écroule".

Le film bénéfice de la performance lumineuse de Mikey Madison, une jeune comédienne pour laquelle Sean Baker rêvait d’écrire. "On s’est rencontré, je lui ai proposé qu’on travaille ensemble et elle a accepté. Je lui ai demandé de me donner trois mois pour écrire un scénario… et ça m’a pris un an ! Par la suite, elle a beaucoup contribué au développement du personnage", ajoutait-il à propos de cette jeune femme qui épouse le fils d’un oligarque russe, à ses risques et périls.

À Cannes, la critique a vite comparé la structure du film à celle de Pretty Woman, dans une version toutefois plus crue et sombre. "J’ai grandi dans les années 1980, Pretty Woman a eu une influence sur moi, même si c’est de manière inconsciente", admettait le cinéaste. "Mais même si j’utilise les codes de la comédie romantique, il était important de l’ancrer dans une réalité que Hollywood ne serait pas exactement capable de montrer." On ne dira pas le contraire.


Jérôme VERMELIN à Cannes

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