Cannes 2024 : Greta Gerwig, une jeune présidente ambitieuse face aux géants du cinéma

par Jérôme VERMELIN à Cannes
Publié le 14 mai 2024 à 13h49, mis à jour le 14 mai 2024 à 14h26

Source : TF1 Info

La réalisatrice américaine Greta Gerwig préside le jury du 77ᵉ Festival de Cannes qui ouvre ses portes ce mardi.
À 40 ans, elle est la deuxième plus jeune personnalité à occuper ce poste et seulement la deuxième réalisatrice.
Portrait d'une jeune femme pressée qui se bat pour briser le plafond de verre qui résiste à ses collègues à Hollywood.

La réalisatrice de Barbie présidente du jury ? L’annonce a fait frémir les puristes de la Croisette. Et pourtant. Après avoir signé le plus gros succès de la planète l’an dernier, c’est bel et bien l’Américaine Greta Gerwig qui succède au Suédois Ruben Östlund. Avec huit personnalités venues d’horizons divers dont les Français Omar Sy et Eva Green, elle sera chargée d’attribuer la tant convoitée Palme d’or le 25 mai prochain.

À 40 ans, celle qui fut l’égérie du cinéma indépendant des années 2010 est la deuxième plus jeune présidente de l’Histoire du Festival de Cannes après l’actrice Sophia Loren qui avait 31 ans en 1966. Elle est seulement la douzième femme à occuper le job après des figures du Septième art, d'Olivia de Havilland à Cate Blanchett. Mais seulement la deuxième réalisatrice après Jane Campion dans une manifestation qui n’a décerné que trois Palmes "au féminin".

Un choix évident pour les organisateurs

"On voulait une réalisatrice", a expliqué lundi le délégué général Thierry Frémaux face à la presse. "On s’est dit qu’une jeune artiste comme elle qui était capable de passer du cinéma indépendant au blockbuster d’auteur était assez idéale de ce que le Festival de Cannes représente. Et puis elle a beau être jeune, elle est très cinéphile. Cinéphile d’un cinéma très classique, pas seulement de celui qui sort aujourd’hui."

Greta Gerwig, si vous avez manqué le début, a grandi à Sacramento, en Californie. Fille d’un analyste financier et d’une infirmière qui l'élèvent dans la religion catholique, elle se passionne très tôt pour la danse. À la sortie du lycée, elle visite le Barnard College de New York, une faculté d’arts réservée aux femmes. "J’ai tout de suite été attirée par ce lieu et les femmes que j’ai croisées", explique-t-elle sur le site de l’établissement. "Pour moi, elles étaient toutes des superhéroïnes. Et ma vie a changé."

La comédienne Lily Gladstone et la réalisatrice Greta Gerwig, ce lundi sur la Croisette.
La comédienne Lily Gladstone et la réalisatrice Greta Gerwig, ce lundi sur la Croisette. - AFP

Nous sommes encore au début des années 2000, à une époque où les réalisatrices peinent à briser le plafond de verre à Hollywood. Greta Gerwig sera donc d’abord actrice, tout en participants au scénario de ses premiers films comme Hannah take the stairs où elle incarne une étudiante un peu paumée. Sans le savoir, elle est devenue la figure de proue du "mumblecore", un cinéma fauché et un brin bavard qui chronique les déboires sentimentaux de sa génération.

Greta Gerwig soigne ensuite son image naissante dans des comédies indé comme Damsels in distress, The Dish & The Spoon ou encore Lola versus. Mais la consécration arrive vraiment grâce à sa collaboration avec le réalisateur Noah Baumbach, devenu depuis son compagnon et le père de ses deux enfants. Ensemble, ils tournent Greenberg et surtout Frances Ha, le portrait d’une new-yorkaise fauchée qui lui vaut une nomination aux Golden Globes 2014.

Après une co-réalisation à ses débuts, elle signe en 2017 son premier film solo, Ladybird, l’histoire d’une lycéenne californienne élevée dans la religion catholique qui rêve d’aller étudier les arts à New York. Très inspirée de son propre parcours, cette comédie dramatique interprétée par Saoirse Ronan engrange près de 80 millions de dollars au box-office et obtient cinq nominations aux Oscars.

À l’heure où les superhéros en collant trustent les écrans, Greta Gerwig offre une alternative rafraichissante au cinéma américain. Mais pour elle, pas question d’être enfermée dans la sphère indé. En réalisant ensuite Les Filles du Docteur March, une nouvelle adaptation du roman de Louisa May Alcott, elle reste fidèle aux thématiques qui lui sont chères tout en poussant les portes du cinéma mainstream. Elle va les défoncer avec son projet suivant.

Courtisée par le tout-Hollywood, Greta Gerwig accepte d’écrire et de réaliser un film consacré à la poupée Barbie à la demande de Mattel et de l’actrice et productrice Margot Robbie. Noah Baumbach n’est pas très chaud au départ. Le couple finira par écrire le scénario durant la pandémie de Covid, imaginant ce pur produit marketing sur le papier comme un véhicule pour un discours féministe à grande échelle. Jackpot !

Avec 1,446 milliards de dollars de recettes dans le monde, Barbie est le plus gros succès au box-office de 2023. C’est surtout un score jamais atteint par une femme dans toute l’Histoire du cinéma. Une performance qui place désormais son auteure dans une position unique dans l’industrie cinématographique. Et pourtant : en début d’année, elle a été snobée par ses pairs de l’Académie des Oscars qui ne l’ont pas nommé dans la catégorie meilleure réalisation où seule figurait Justine Triet.

Cette année à Cannes, quatre réalisatrices seulement figurent parmi les 22 en compétition pour la Palme d'or, dont une toute jeune débutante, la Française Agathe Riedinger avec Diamant Brut. On peut être persuadé qu’elle aura à cœur d’évaluer leur travail à leur juste valeur, quand bien même des mastodontes du Septième art comme Francis Ford Coppola, David Cronenberg ou Jacques Audiard vont sans doute faire plus de bruit. À suivre.


Jérôme VERMELIN à Cannes

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