Le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof a été ovationné à l'entrée dans la salle de projection de son dernier film, "Les graines du figuier sauvage", au Festival de Cannes.
Condamné à cinq ans de prison ferme pour son opposition au régime des mollahs, ce dernier a été contraint de fuir l'Iran clandestinement.
Son long-métrage est un des candidats à la Palme d'or.

Un accueil chaleureux lui a été réservé. Le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof a été ovationné debout par l'ensemble du public du Grand Théâtre Lumière, ce vendredi, lors de son entrée dans la plus grande salle du Festival de Cannes. En fuite depuis son pays d'origine, le cinéaste est venu présenter en personne son dernier film, "Les grains du figuier sauvage", présenté en Compétition officielle et donc candidat à la récompense suprême du 7ᵉ art, la Palme d'or.

Mohammad Rasoulof a fait de la lutte contre la censure un des combats de sa vie. Grande voix du cinéma iranien, il représente un symbole pour la liberté d'expression, alors que le régime des mollahs emprisonne régulièrement des artistes iraniens qui s'opposent à son pouvoir. Lui-même condamné à huit ans de prison, dont cinq ferme, et privé de passeport, le réalisateur a fui clandestinement l'Iran, empruntant une dangereuse route à travers les montagnes, pour rejoindre finalement l'Allemagne. "Quand je traversais la frontière, je me suis retourné, j'ai lancé un dernier regard à ma terre natale et je me suis dit 'j'y retournerai'", a raconté le réalisateur, invité jeudi soir sur le plateau de l'émission "C à vous". 

Une montée des marches politique

Finalement venu en personne présenter son nouveau long-métrage à Cannes, Mohammad Rasoulof a souhaité mettre en avant le travail de l'équipe de son film, qui a pris des risques pour pouvoir le créer. Certains acteurs "ont réussi à quitter l'Iran" à temps, a-t-il indiqué, toujours sur France 5, jeudi. Mais de nombreux autres membres du casting y sont toujours. "Les services de renseignement font pression sur eux, s'inquiète le cinéaste. Ils ont subi de longs interrogatoires. Les familles de certains d'entre eux ont été convoquées et menacées.

Lors de sa montée des marches, Mohammad Rasoulof, accompagné de sa fille Baran et de l'actrice iranienne en exil Golshifteh Farahani, a brandi les photos des deux comédiens principaux de son film, Missagh Zareh et Soheila Golestani. Lauréat d'un Ours d'or à Berlin en 2020 et plusieurs fois sélectionné sur la Croisette, le réalisateur s'intéresse cette fois avec ce nouveau long-métrage à l'histoire d'un magistrat iranien en pleine crise de paranoïa, alors que d'intenses manifestations éclatent à Téhéran.

Le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, ici aux côtés de l'actrice Golshifteh Farahani, a brandi les photos de ses acteurs lors de la montée des marches avant la projection de son dernier film, "Les graines du figuier sauvage".
Le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, ici aux côtés de l'actrice Golshifteh Farahani, a brandi les photos de ses acteurs lors de la montée des marches avant la projection de son dernier film, "Les graines du figuier sauvage". - SAMEER AL DOUMY/AFP

Le film résonne forcément avec le mouvement "Femme, vie, liberté" qui secoue la République islamique depuis la mort de Mahsa Amini, cette jeune femme tuée par la répression des mœurs en 2022 et qui avait déclenché d'importantes contestations dans tout le pays. Selon Amnesty International, l'Iran a exécuté 853 personnes en 2023, le nombre le plus élevé depuis 2015. 


T.A. avec AFP

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