Feu! Chatterton : "C'est plus facile de raconter n'importe quoi en anglais qu'en français"

Publié le 23 mars 2016 à 15h21

INTERVIEW - Ils n'ont pas remporté de Victoire de la Musique, mais Feu! Chatterton s'en passe très bien. Depuis la sortie de leur premier album, " Ici le Jour (a tout enseveli)", le groupe enchaîne les concerts dans les quatre coins de la France et s'offre le luxe de jouer au Trianon, à Paris, une fois par mois. Des concerts sold-out, à chaque fois. Rencontre avec un groupe qui marie avec brio et génie le rock et la chanson française.

Vous n'avez pas peur que l'on vous catalogue "groupe bobo" ?
Arthur : Mais on ne peut rien faire contre. Ça fait deux ou trois ans qu'on fait de la musique ensemble, et on traîne cette étiquette. Mais notre propos est honnête, peut-être que parfois il a été maladroit et on nous a traités de "snobs" mais notre musique est simple.
Clément : Comme on chante en français et que nos textes sont un peu recherchés, forcément, il y a des gens qui vont dire "ce sont des Dandys littéraires parisiens". Une fois que c'est dit, les gens n'ont plus vraiment envie de t'écouter. Alors qu'en concert, on est juste un groupe de rock. 

Vous parliez de textes très recherchés. On a l'impression que c'est presque "une tare"...
Clément : On dit de nous qu'on est un groupe de "littéraires". Forcément le lecteur qui lit ça sur nous n'a pas envie d'aller plus loin parce qu'il a envie d'écouter de la musique. 
Arthur : Pour nous, c'est un vrai combat. J'ai l'impression qu'être élitiste ou littéraire c'est un gros mot. Non, on a envie de s'élever nous-même et c'est donc accepter d'avoir une certaine exigence, on a toujours besoin d'apprendre, de s'instruire. On se le dit d'abord à nous, et si les gens trouvent ça compliqué, ce n'est pas grave. Pour moi dire "c'est compliqué donc c'est de la merde" (sic) ce n'est pas un argument. En plus, on ne fait pas ça pour que ce soit compliqué.
Raphaël : On n'y pense pas quand on écrit. Je trouve que c'est même plus insultant de se dire "c'est trop compliqué, les gens ne vont pas comprendre".
Sébastien : Quand on voit Christine & The Queens, on se dit que ce n'est pas une question de textes ou de musique simple ou facile d'accès, et pourtant elle cartonne.
Arthur : Il y a cette position un peu bizarre des médias qui disent "non, le grand public n'est pas prêt pour ce genre de musique". Le public est prêt pour tout. C'est à nous de leur donner. 

Et chanter en anglais ?
Clément : Le problème de la chanson française, c'est que l'on comprend les paroles. Et quand c'est mal écrit, c'est gênant. 
Sébastien : C'est pour ça que certains groupes se cachent derrière l'anglais. C'est plus facile de raconter n'importe quoi en anglais qu'en français. 
Arthur : C'est un truc assez beau dans notre culture. Quand on écrit en français, on prête une oreille plus attentive aux paroles. La culture anglo-saxonne, elle, n'est pas tournée vers le mot mais les sons, le rythme. Après c'est à double tranchant, en France, parce que si tu écris des trucs nuls ça devient difficile (rires)

Et comment ça se passe, la composition et l'écriture d'une chanson ?
Arthur : Chez nous ? On fait n'importe quoi ! (rires)
Clément : C'est rare qu'on arrive avec un texte ou la musique complètement écrite. Parfois ce sont des petits bouts de mélodie qui vont croiser quelques lignes de textes. Parfois, on est juste en répétition tous les cinq, on se fait un boeuf et des idées naissent et Arthur va écrire quelque chose. C'est comme ça que "La Malinche" est née. Il n'y a pas vraiment de règles. 

Justement, quelle a été la chanson la plus difficile à créer ?
Sébastien : Justement "La Malinche"...
Clément : en fait, elle a été la plus longue a finalisé parce qu'on avait beaucoup trop d'idées. On avait la structure mais on ne savait pas comment la finir. On a dû enregistrer trente versions de cette chanson. 

A quel moment on se dit qu'une chanson est finie ?
Antoine : Quand on arrête de se battre (rires)
Sébastien : C'est plutôt quand on commence à la jouer sur scène devant un public. Parce que même pendant les répétitions, elle change encore. 
Clément : Même enregistrée, elle n'est pas finie parce qu'on fait des versions différentes encore en concert. 
Arthur : On s'est rendu compte d'une chose : c'est qu'une chanson n'est jamais finie. Elle vit avec nous et avec le public. Quand on commençait dans le métier, on pensait qu'un titre était figé une fois qu'il était enregistré. Plus on tourne, plus on se rend compte que c'est faux parce qu'une chanson c'est une idée et elle se transforme en fonction des événements.

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La rédaction de TF1info

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