"Fight Club" : comment la Chine a réécrit la fin du film culte de David Fincher avec Brad Pitt

Jérôme Vermelin
Publié le 27 janvier 2022 à 15h52, mis à jour le 27 janvier 2022 à 17h22
Tyler Durden (Brad Pitt), l'antihéros nihiliste de "Fight Club".

Tyler Durden (Brad Pitt), l'antihéros nihiliste de "Fight Club".

Source : Fox

Diffusé sur la plateforme Tencent, "Fight Club" a été revu et corrigé par les autorités chinoises.
La fin apocalyptique du film de David Fincher a été supprimée du montage.
Surprise : cette nouvelle version se rapproche de celle du livre de Chuck Palahniuk.

C’est un film qui a marqué toute une génération. En 1999, David Fincher portrait à l’écran Fight Club, le roman de Chuck Palahniuk, satire ultra-violente de la société de consommation. Cadre dépressif, le narrateur anonyme joué par Edward Norton y croise la route de Tyler Durden, un marginal charismatique incarné par Brad Pitt, qui organise des combats clandestins où le mâle contemporain défoule ses instincts brimés…

À sa sortie, le film engrange 100 millions de dollars de recettes dans le monde, alors qu’il en a coûté plus de la moitié. Pour le métier, c’est un échec commercial. Mais son armée de fans ne fera que grandir au fil des années, comme celle de son anti-héros, devenu l’icône nihiliste de son époque.

Après avoir longtemps cartonné en DVD, Fight Club est disponible en streaming sur Netflix partout dans le monde. En Chine, où il n’a jamais été exploité en salle, c’est la plateforme Tencent qui en assure depuis peu la diffusion. Et à la grande surprise des cinéphiles, la séquence finale a été purement et simplement supprimée du montage.

Pour mémoire, on peut y voir le narrateur et sa girlfriend, jouée par Helena Bonham-Carter, regarder les tours de la ville s’écrouler les unes après les autres après avoir été piégées par Tyler Durden qui n’est autre que son double imaginaire. À la place, un panneau noir a été rajouté avec le texte suivant :

"La police a rapidement compris le plan et arrêté tous les criminels, empêchant la bombe d’exploser. Après avoir été jugé, Tyler est envoyé dans un asile psychiatrique où il reçoit le traitement adéquat. Il a été libéré de l’hôpital en 2012." Le bien doit-il toujours l’emporter sur le mal aux yeux des autorités chinoises, y compris au cinéma ? Cette révision surprise choque de nombreux internautes qui ont pu voir une copie pirate du "vrai" Fight Club sous le manteau, rapporte The Hollywood Reporter.

Mais la réaction la plus surprenante est celle de Chuck Palahniuk en personne. "Vous avez vu cette m.... ? C’est super merveilleux ! Tout le monde a droit à un happy-end en Chine !", écrit l’écrivain sur son blog. Avant de rappeler un fait peut-être méconnu de nombreux fans du film. "L’ironie, c’est que la manière dont les Chinois ont changé le film correspond presque exactement à la fin du livre, à l’opposé de la fin de Fincher, qui était plus spectaculaire. D’une certaine manière, les Chinois ont rapproché le film du livre."

Dans le livre paru chez Gallimard, les bombes n’explosent pas à cause d’une panne technique et le narrateur se tire une balle dans la tête avant de se réveiller dans un hôpital psychiatrique, persuadé qu’il a atterri au paradis, où des infirmiers lui proposent de poursuivre son combat contre le capitalisme. Ce qui a permis à l’auteur d’en écrire deux suites, sous forme de comics, parues en 2016 et 2019.


Jérôme Vermelin

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