"Le Promeneur du Champ-de-Mars" : quand Michel Bouquet se glissait dans la peau de François Mitterrand

Jérôme Vermelin
Publié le 13 avril 2022 à 15h44
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Décédé ce mercredi, Michel Bouquet avait tenu l’un de ses plus beaux rôles dans "Le Promeneur du Champ-de-Mars", en 2005.
Il y incarnait François Mitterrand, au soir de sa vie et de son deuxième mandat.
Une performance récompensée du César du meilleur acteur.

Sur les planches, Michel Bouquet avait joué Le Roi se meurt, de Ionesco, à maintes reprises au cours de son incroyable carrière. Ce n’est sans doute pas un hasard si Robert Guédiguian pensera à lui pour incarner François Mitterrand dans Le Promeneur du Champ de Mars. "S'il n'avait pas voulu, je n'aurais pas fait le film. C'était le seul qui avait la majesté naturelle. Bouquet ne peut pas jouer un patron de bar ou un chauffeur routier. Il joue les monarques", confiera le cinéaste au Parisien.

Sorti en 2005, le film est l’adaptation du livre controversé de Georges-Marc Bennamou, Le Dernier Mitterrand, inspiré de ses échanges avec le chef de l’État, qui l’avait engagé pour l’aider à écrire ses mémoires au soir de sa vie et de son deuxième septennat. "Après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables", lance l’acteur, malicieux - et un peu devin - au jeune journaliste interprété par Jalil Lespert.

François Mitterrand était très intelligent ? Je n'avais donc pas besoin de l’être

Michel Bouquet dans "Le Monde", en 2005

Ce portait, plus espiègle que solennel, a été pensé comme une plongée dans la psyché de celui qui a toujours préservé son intimité, et bien sûr la maladie qui a fini par l’emporter en 1996. "Mitterrand a accompagné ma vie sans que je m'en rende compte, comme la vie des Français", expliquait Michel Bouquet à Libération. "J'avais le sentiment de le connaître. Il régnait, et j'étais comme du buvard : sa manière, ses discours, ses rites, les roses au Panthéon, tout s'est impressionné en moi".

Il ne viendra pas chercher son César

Sur la forme, ce vrai-faux biopic ne fait pas l’unanimité, contrairement à la performance de sa vedette, dont on ressent la gourmandise à jouer ce monstre sacré de l’histoire politique française. Aux César, en 2006, Michel Bouquet est en compétition avec la jeune garde du cinéma français, Romain Duris dans De battre mon cœur s’est arrêté, en particulier. Mais c'est lui que ses pairs décident d’honorer une seconde fois après son rôle de patriarche coriace dans Comment j’ai tué mon père, d’Anne Fontaine, quatre ans plus tôt.

Les deux fois, il ne viendra pas chercher son trophée, ayant préféré ne pas assister à la cérémonie. Une forme de modestie, sans doute, pour celui dont la carrière a impressionné plusieurs générations d’acteurs, sans déclarations tapageuses ni coups d'éclats médiatiques. "Le jeu, c'est l'absence du jeu, se retenir de jouer. François Mitterrand était très intelligent ? Je n'avais donc pas besoin de l’être", racontait-il quelques mois plus tôt dans Le Monde, non sans une pointe d'amusement.

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"Quand j'étais professeur, je disais toujours aux élèves que la grande fonction d'un acteur, c'est d'être vide !", expliquait celui qui enseigna longtemps au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris. "Il faut se remplir du personnage qu'on vous donne à faire, et le faire votre ! C'est l'auteur et le personnage qui vous font agir. Donc ce n'est pas ce que je pense qui est intéressant, c'est ce que je contribue à révéler !".

Michel Bouquet avouait avoir envisagé son Mitterrand nourri d’un souvenir très précis : une archive d’actualité où le futur président assistait aux débuts du Festival de Cannes, entouré de deux jolies femmes. "Il aurait bien joué Don Juan : cette séduisante gravité, cette impression de distance, ce sentiment de grande solitude", expliquait-il à Libération. "C'est ce qu'on appelle avoir une aura. Il n'y a eu qu'avec de Gaulle qu'on ait pu avoir la même impression : un homme en train de rencontrer l'Histoire."


Jérôme Vermelin

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