VIDÉO - Dans mon fauteuil : la critique ciné de "Men", le film d'horreur qui fait très "mâle"

Jérôme Vermelin
Publié le 8 juin 2022 à 17h31, mis à jour le 10 juin 2022 à 18h31
JT Perso

Source : TF1 Info

Dans "Men", une jeune femme meurtrie par un drame intime s’offre une pause champêtre.
Mais très vite, son quotidien est envahi par une série d’hallucinations improbables.
Entre humour noir et effroi, le réalisateur anglais Alex Garland signe le film post-MeToo qu’on n’attendait pas.

Laissez le T-Rex au vestiaire. LE film à voir cette semaine n'est pas la suite de Jurassic World, mais le très étrange Men, réalisé par Alex Garland. Ce Britannique de 52 ans s’est fait connaître il y a quelques années déjà avec son premier roman, La Plage, adapté au cinéma par Danny Boyle avec Leonardo DiCaprio, Guillaume Canet et Virginie Ledoyen, vous vous souvenez ? Depuis, le bonhomme est passé à la réalisation en 2014 avec Ex Machina, un film qui interrogeait, avec un peu d’avance, les dérives de l’intelligence artificielle. Il y a eu ensuite Annihilation, un film de SF écolo-apocalyptique avec Natalie Portman. Et aussi Devs, une série qui explorait, sous couvert de critique des géants de la Silicon Valley, ce fameux multivers dont tout le monde parle aujourd’hui à la machine à café.

De l'intime à l'universel

Dans chacun de ses films, Alex Garland déjoue les attentes du spectateur pour mieux lui retourner le cerveau. En salles ce mercredi 8 juin, Men n’échappe pas à la règle. Harper, une jeune femme interprétée par la troublante Jessie Buckley, part séjourner dans une luxueuse maison de campagne suite à un drame personnel. Sur place, elle est accueillie par Geoffrey, le propriétaire des lieux, un type un peu rigide sur les bords incarné par Rory Kinnear, aka l’agent du MI6 Bill Tanner dans les derniers James Bond. Très vite, d’étranges phénomènes viennent troubler la retraite champêtre et la transformer en cauchemar éveillé. 

Sur le papier, Men installe tous les ingrédients du thriller psychologique comme on en produit à la pelle, au cinéma comme en littérature. Une héroïne seule, un trauma douloureux, un cadre idyllique et un voisinage inquiétant… Ne manque plus qu’un châtelain en tweed pour sauver la princesse citadine. Sauf que pas du tout. Au fur et à mesure de l’intrigue, Alex Garland laisse non seulement Harper toute seule face à ses démons les plus intimes. Mais aussi devant toutes les formes de misogynie qui touchent les femmes, hier comme aujourd’hui, de la sphère privée à l’espace public.

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Ce discours post-MeToo, plus audacieux qu’on ne le croit par les temps qui courent, serait un brin lourdingue s’il n’était servi par une mise en scène virtuose où l’humour absurde fait place à l’effroi le plus total par le biais d’un geste malvenu, d’un regard gênant ou d’une réplique qui fâche. Sublimé par la performance de Jessie Buckley, Men remue les tripes, au sens figuré d’abord. Puis au sens propre lors d’un final à mi-chemin entre Lovecraft et Cronenberg qui vise moins à écœurer les âmes sensibles qu’à illustrer son propos. Un film féministe ? Possible. Un super film ? Sans doute.

>> Men de Alex Garland. Avec Jessie Buckley, Rory Kinnear, Paapa Essiedu. 1h40. En salles ce mercredi 8 juin.


Jérôme Vermelin

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