"Sage-homme", ce mercredi au cinéma : oui, les garçons aussi peuvent être sages-femmes

Publié le 14 mars 2023 à 16h36

Source : Sujet TF1 Info

Troisième film de Jennifer Devoldere, "Sage-homme" sort ce mercredi dans les salles.
Emmené par Karin Viard et Melvin Boomer, le long-métrage raconte l'histoire d'un étudiant en médecine contraint d'intégrer l’école des sages-femmes.
Un film qui met en lumière la place des hommes, trop rares dans cette profession très féminine.

Le sage-femme est-il un soignant comme un autre ? La question se pose alors que Sage-homme, le troisième long-métrage de Jennifer Devoldere, sort en salles ce mercredi 15 mars. On y suit le parcours de Léopold (excellent Malvin Boomer, révélé par Le Monde de demain), un étudiant qui rêve de devenir médecin, mais qui, à sa grande déception, intègre l'école de sages-femmes. Sa rencontre avec Nathalie (Karin Viard), une sage-femme passionnée, va faire voler en éclat tous ses préjugés. 

"C'est comme si, en intégrant un milieu de femmes, Léopold était soudainement dévirilisé", analyse Jennifer Devoldere, désireuse de raconter l'histoire d'un homme devant faire sa place dans un univers ultra-féminisé. Et quoi de mieux que le métier de sage-femme qui, rien que dans son nom, exclu le masculin. Car on dit bien "un" sage-femme, "sage", étant dérivé du mot "sapiens" ("qui prend soin de, qui s’occupe de") et "femme" désignant la personne dont on s’occupe. 

On compte 641 hommes sages-femmes, soit 2,72% des effectifs

Dans une profession traditionnellement considérée comme féminine, la présence des hommes étonne autant qu'elle interroge. Il faut dire que les chiffres sont éloquents : si la formation de maïeutique s’est ouverte aux hommes en 1982, ces derniers restent ultra-minoritaires. D'après la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), il n’y avait, en 2021, que 641 hommes exerçant la profession de sage-femme. Soit 2,72 % des effectifs.

"On a le sentiment que l'accompagnent, l'écoute, la psychologie et l'empathie sont des qualités féminines. Ça l'est, mais ça ne veut pas dire que les hommes ne les ont pas", analyse la réalisatrice, qui déplore que ces vertus soient si peu reconnues dans une société où sont mises en avant "la performance et l'innovation, soit tout ce qui fait du profit".

L'accouchement, une affaire de femmes ?

Alors que l'accouchement semble être une affaire de femmes, personne ne s'étonne de voir des hommes gynécologues ou obstétriciens. "C'est parce que le médecin représente encore le pouvoir, c'est un notable. Et puis il n'arrive qu'au moment de l'accouchement, il ne se charge pas de tout l'accompagnement", poursuit Jennifer Devoldere.

Et pourtant, il existe bien des hommes dont c'est la vocation, même s'ils sont rares. "J'ai rencontré des hommes qui ont toujours voulu être sage-femme", confirme la cinéaste. "La plupart avaient des parents dans le milieu médical. C'est le cas de Pascal, qui n'a jamais voulu faire autre chose et qui est très épanoui dans son travail. Quand on le voit arriver pour la première fois, on peut être étonné car c'est un type hyper balaise, qui fait de la moto. Mais les femmes qui ont accouché avec lui ne l'oublient jamais". 

C'est un métier très genré, on ne voit pas d'augmentation d'hommes sage-femmes, mais plutôt une diminution
Jennifer Devoldere

Si les nouvelles générations estiment qu’il est temps de voir le genre sous un nouveau prisme, la tendance chez les sages-femmes n'est pas près de s'inverser. "C'est un métier très genré, on ne voit pas d'augmentation d'hommes sage-femmes, mais plutôt une diminution", confirme la réalisatrice. "Le parcours est encore long et laborieux pour que les mentalités changent. C'est d'ailleurs vrai pour la plupart des métiers liés à la petite enfance. Comme s'il n'y avait que les femmes qui pouvaient s'en occuper". 

Manque de reconnaissance, salaires dévalorisés, charge de travail toujours plus conséquente, baisse des effectifs... La profession fait aujourd'hui face à une crise de vocation inédite : à la dernière rentrée, près de 20% des places en deuxième année d'études de maïeutique sont restées vacantes. "Je ne sais pas si un film peut faire naître des vocations, ce serait présomptueux de le penser, mais j'espère que le long-métrage permettra de mettre en lumière et de revaloriser ce métier aussi essentiel"


Rania HOBALLAH

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