Frédéric Beigbeder : "Le héros de "L’Idéal" est un connard qui me ressemble et que j’adore"

Le service METRONEWS
Publié le 14 juin 2016 à 20h30
Frédéric Beigbeder : "Le héros de "L’Idéal" est un connard qui me ressemble et que j’adore"

INTERVIEW- Après "L’amour dure trois ans", Frédéric Beigbeder repasse derrière la caméra pour adapter "Au secours pardon" dans "L'Idéal", la suite de "99 francs". Rencontre avec l’auteur-réalisateur pour évoquer cette comédie satirique sur l’exploitation de la femme dans l’industrie de la mode.

La marchandisation du monde était au cœur de 99 francs. Quel thème souhaitiez-vous aborder dans L’Idéal ?
La marchandisation du corps. L’être humain est transformé en objet par l’industrie de la mode et de la beauté. C’est si merveilleusement affreux que j’avais très envie d’en faire un film, notamment pour des raisons de fascination personnelle pour les belles filles. Truffaut a dit que "le cinéma consistait à faire faire de jolies choses à de jolies femmes" : dans ce film-là, mission accomplie.

Qui est Octave, votre héros?

Un connard qui me ressemble et donc que j’adore. Il dit des horreurs mais je ne peux pas m’empêcher de l’aimer.

Pourquoi avoir choisi Gaspard Proust pour l’incarner ?
Jean Dujardin était un Octave cynique, drôle, attachant dans 99 francs. Mais lui n’étant pas libre, la seule personne qui me semblait capable d’être un salaud tout en étant suffisamment maladroit pour qu’on lui pardonne, c’est Gaspard. Tout autre acteur aurait risqué d’être vulgaire, graveleux, notamment dans les scènes où il est au lit avec beaucoup de filles.

Et pourquoi Audrey Fleurot pour lui donner la réplique ?

Vous connaissez beaucoup d’actrices prêtes à faire une lapdance en léchant le torse d’un garçon à peine pubère avant de rouler des pelles à une autre femme ? Audrey, elle, se fout de son image et n’a peur de rien.
 

Vous filmez beaucoup de jeunes femmes à moitié nues. N’est-ce pas d’une certaine façon cautionner ce que vous dénoncez ?
C’est faire partie d’un système tout en s’interrogeant sur son bien fondé et sa propre culpabilité. Cela fait 16 ans que j’ai publié 99 francs et on me demande toujours pourquoi je critique un système auquel j’appartiens : et bien, je n’ai pas la réponse. Tout ce que je sais, c’est que je pourrais ne pas le faire et continuer à vivre en faisant de la pub, de la télé, un magazine de luxe avec des filles nues (Lui, ndlr)... Mais j’ai quand même envie d’en dire du mal : c’est ma manière de manifester.

Mais est-il utile de filmer autant la nudité pour ça ?
C’est retourner ses propres armes contre le système. J’adore par exemple l’idée que Camille Rowe, ambassadrice L’Oréal, ait accepté de jouer l’égérie nazie de L’idéal et dise face caméra : "L’Idéal Paris because you look like shit". Dans une vraie pub, on ne dit pas cette phrase mais on la pense très fort. On nous insulte en douce. Moi, j’y vais frontalement.

Considérez-vous votre film comme féministe ?
Oui mais je pense qu’il va y avoir débat sur la question. Selon moi, la seconde moitié du film sauve la première : les femmes vont souffrir une heure, trouver ça misogyne et dégoûtant, mais vont au final être vengées. D’ailleurs, quand je suis affreux, je suis simplement le reflet d’un milieu qui célèbre soi-disant la beauté féminine en passant ses journées à l’humilier.

Vous allez vous faire des copains chez L’Oréal...
Dans 99 francs, il y avait Madone, en lieu et place de Danone et tout le monde avait compris. Y compris le PDG de Danone qui avait distribué mon livre à son conseil d‘administration en se marrant. Ces films sont des caricatures d’un système qui fait vivre beaucoup de monde mais dont on peut corriger les excès. Moi, j’utilise la farce pour pointer du doigt ce qui déconne, comme Stéphane Brizé le fait dans La Loi du marché. On utilise juste un vocabulaire différent.

Quand 99 francs est sorti, il s’est fait descendre par la critique...
Les gens disaient que c’était un excrément visuel et aujourd’hui, tout le monde le trouve formidable. J’espère que, sur celui-là, ils verront d’emblée que c’est culte (rires). Bien sûr, L’idéal va en énerver certains : c’est le but même d’un film satirique de faire réagir. Mais je ne suis pas le méchant. Ce sont les gens dont je parle qui le sont.

Vous dîtes dans le film que les créateurs d’agences de mannequins ont fait ce métier pour se taper des jolies filles. Et quand on est écrivain ?
Le désir est un bon carburant dans la vie. Je pourrais trouver des raisons plus intellos mais celle-là est sans doute la plus juste.

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