Gaston Lagaffe, le "héros sans-emploi", fête ses 60 ans de subversion au Centre Pompidou

par Jennifer LESIEUR
Publié le 7 décembre 2016 à 16h29
Gaston Lagaffe, le "héros sans-emploi", fête ses 60 ans de subversion au Centre Pompidou

M’ENFIN – Pour les 60 ans de Gaston, créé par le Belge André Franquin en 1956, le Centre Pompidou lui consacre une exposition gratuite dans sa bibliothèque Publique d’Information. Où l’on remarque que le plus flemmard des employés de bureau flirtait souvent avec l’irrévérence.

Pour son premier jour de travail, Gaston portait un costume et la raie sur le côté. C’était en 1957, dans les pages du journal Spirou : Gaston n’était alors qu’un gimmick, appelé à occuper de plus en plus de cases, de pages, d'albums entiers. Jusqu’à devenir le Gaston de notre enfance, avec sa tête d’ampoule, son col roulé vert et ses espadrilles bleues, tire-au-flanc de génie de la rédaction de Spirou, hantise de M. de Mesmaeker, mais aussi inventeur de génie, hurluberlu au cœur tendre, pacifiste acharné… 

Tiens, ce dernier point se détache dans la petite exposition-rétrospective que lui consacre la BPI de Beaubourg. Relire Gaston à l’âge adulte, c’est prendre conscience de son ancrage dans les mouvements sociaux de son temps, les années 60 et 70 surtout. Derrière les gags et la satire à peine déguisée du monde du travail, Gaston était bien plus subversif qu’il n’y paraissait. 

Un Gaston anti-flics, anti-autorité, anti-militaires

Franquin haïssait les parcmètres. A tel point qu’il a chargé Gaston de les anéantir à sa place. L’auteur belge s’est souvent servi de son personnage pour s’attaquer à ses bêtes noires : la police (pauvre Longtarin !), la hiérarchie (pauvres Prunelle et Fantasio !), la guerre (les planches abondent où il s’en prend aux chasseurs, militaires et autres hommes armés). Une lettre de censure est d’ailleurs affichée pour appeler l’auteur à plus de tempérance concernant les forces de l’ordre... Lettre restée sans suite, heureusement pour les lecteurs.

Un Gaston très graphique

Les gaffes de Gaston ont rempli pas moins de 900 planches. Franquin, orfèvre du détail, l’a fait évoluer au fil des techniques, du trait fin des débuts aux peintures originales de ses couvertures, elles aussi exposées. Franquin aimait aussi innover dans ses formats : le premier album de Gaston était un petit livre rectangulaire. Quand il a lâché la bride à ses récits très sombres, les Idées noires, il a utilisé de l’encre de Chine pour bien séparer cette œuvre, qui reflétait sa dépression, à celle de Gaston. Son souci du détail et sa prodigieuse facilité graphique s'adaptaient à tout.

Un Gaston généreux, enfin

Sans être un dessinateur particulièrement engagé, Franquin signe des dessins pour l’Unicef et Amnesty international à la fin des années 70. Il participe au supplément satirique Le trombone illustré, se fait encore taper sur les doigts pour son humour irrévérencieux, mais le mal est fait : il est reconnu de son vivant comme l’un des plus grands auteurs de la BD franco-belge. Quelques confrères viennent témoigner de leur admiration en vidéo ; pour entendre en chair et en os Emmanuel Guibert, Florence Cestac ou encore Yslaire dire ce qu'ils doivent à Franquin, il faudra se rendre aux rencontres gratuites autour de l’expo programmées le 12 décembre, le 9 janvier, le 13 février et le 20 mars. 

JT 20H - "Raffinerie", "usine" : le Centre Pompidou a 40 ans, voici son histoireSource : JT 20h Semaine
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Jennifer LESIEUR

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