"Homeland", la série qui énerve aussi en Amérique

Rania Hoballah
Publié le 20 octobre 2015 à 14h17

FICTION – Accusée de racisme par de nombreux pays du Moyen Orient, "Homeland" ne se prive pas non plus d'épingler les Etats-Unis, à commencer par la CIA. Historienne et spécialiste des Etats-Unis, Nicole Bacharan analyse pour "metronews" les relations ambiguës qu'entretiennent les Américains avec la fiction de Showtime.

L'affaire a fait grand bruit. Il y a quelques jours, la production de Homeland découvrait avec effarement que la série avait été victime d'un sabotage artistique . Dans le deuxième épisode de la saison 5, alors que Carrie Mathison, l'héroïne, pénètre dans un camp de réfugiés à la frontière libano-syrienne, elle passe devant un mur sur lequel est tagué en arabe : "Homeland est raciste".

Si cette inscription a beaucoup fait rire les détracteurs de la série, elle a relancé la réputation sulfureuse que la fiction traîne derrière elle depuis son lancement. Intolérante, inexacte et raciste, la création d'Alex Gansa s'est retrouvée dans le collimateur des Arabes, des Pakistanais, des Afghans, des Libanais, des Iraniens et même des Vénézuéliens. Tous lui reprochent de véhiculer les pires clichés sur leur pays.

"Ils n'ont même pas pris la peine de vérifier ce qui était écrit en arabe, ils sont très mal avec cette histoire", admet Nicole Bacharan, historienne et spécialiste des Etats-Unis, par ailleurs grande fan de la série. "C'est une fiction haletante et efficace qui parvient à être dans l'actualité brûlante avec des épisodes tournés il y a quelques mois. Dans la nouvelle saison, on parle de l'Etat Islamique, par exemple. Ça fonctionne parce qu'on a l'impression d'être au cœur de la guerre et des grandes décisions qui se prennent en coulisses. On a le sentiment de mieux comprendre ce qui se passe autour de nous"

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Mais à force de vouloir traiter de sujets "chauds", Homeland ne s'est pas fait que des amis. "C'est une série sur le terrorisme, tempère l'historienne. Elle ne prétend pas raconter le Moyen Orient mais la guerre contre les terroristes qui viennent du Moyen Orient. Le problème c'est que c'est la seule image que ça renvoie de la région, et forcément, c'est réducteur et désagréable pour les gens qui y vivent."

Si les Arabes ne portent pas la série dans leur cœur, Homeland n'épargne pas non plus les Américains. Que ce soit sur le gouvernement, mais surtout sur la CIA, la fiction met en avant les méthodes peu reluisantes des agents pour arriver à leurs fins. Régulièrement écornée, la célèbre agence ne s'est pas privée de dire tout le bien qu'elle pense de Homeland. Le 5 avril dernier, alors qu'on apprenait que Carrie Mathison allait quitter la CIA dans la saison 5, celle-ci a publié un tweet sans équivoque.

"Bon débarras Carrie Mathison", pouvait-on lire sur le compte officiel de la CIA, accompagné d'un lien vers un article du New York Times dans lequel la journaliste Maureen Dowd expliquait le ras-le-bol des femmes de l'organisation. Celles-ci en ont effectivement assez de toutes ces fictions qui les font passer pour des alcooliques psychologiquement instables qui couchent avec les terroristes pour obtenir des informations.

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"Ce n'est pas facile de lutter contre les clichés de l’imaginaire collectif, admet Nicole Bacharan. Mais quand on voit comment certaines séries représentent la France, on bondit dans son siège ! Cela ne veut pas dire que ce soit faux, c'est juste un petit angle qui est forcément réducteur. Il ne faut pas oublier que Homeland est une série très critique, politiquement parlant. Si le but de la CIA, lutter contre le terrorisme, n'est pas remis en cause, ce sont les méthodes qui peuvent choquer. Est-ce que ça reflète la réalité ? C'est difficile à dire car les gens de la CIA qui peuvent donner un avis autorisé ne le donnent pas."

Étonnamment, malgré toutes les casseroles qu'elle traîne derrière elle, Homeland fait partie des séries préférées de Barack Obama qui a admis qu'il ne manquait pas un épisode. Idem pour Jeh Johnson, l'actuel secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, et grand fan de la fiction, que le New York Times a réuni autour d'une table avec Claire Danes pour une interview croisée . Car l'une des forces de Homeland malgré tout, c'est qu'elle plaît aussi bien à des gens de droite qu'à des gens de gauche. "Le côté 'Nous sommes les meilleurs et les plus efficaces', c'est assez Républicain, tandis que la dénonciation du complot et des bavures à répétition, c'est très Démocrate, analyse Nicole Bacharan.

"Si la série n'est peut-être pas entièrement vraie, elle dit beaucoup de choses de la réalité, poursuit-elle. Dans le premier épisode de la nouvelle saison, Quinn est interrogé par un grand ponte de la CIA sur l'efficacité de leur stratégie. 'Quelle stratégie ?', lui balance-t-il. C'est exactement la question que tout le monde se pose aujourd'hui. Les Américains, pas plus que les autres pays occidentaux, ne savent ce qu'il faut faire pour combattre le terrorisme. Il y a peut-être moins d'attentats parce qu'ils tuent les terroristes, mais ceux-ci sont de plus en plus nombreux".

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