Interview

Son nouveau roman, sa pause en famille, une école à son nom… Guillaume Musso se confie

Publié le 4 mars 2024 à 17h57, mis à jour le 4 mars 2024 à 21h15

Source : JT 13h WE

Après une pause d’un an, Guillaume Musso revient en librairie ce mardi avec "Quelqu’un d’autre".
Un thriller dont l’intrigue à tiroirs se déroule en grande partie sur la Côte d’Azur, où il a grandi.
Fidèle à sa région, l’écrivain de 48 ans a inauguré ce lundi une école à son nom à Antibes.

Depuis 20 ans, Guillaume Musso donnait rendez-vous à ses lecteurs à raison d’un roman par an, un rythme qui a fait de lui l’auteur francophone le plus lu de sa génération. Après le succès d’Angélique en 2022, il s’est accordé un break bien mérité et revient ce mardi avec Quelqu’un d’autre (Calmann-Lévy), un thriller qui va ravir les accros à ses redoutables intrigues à tiroirs. Alors qu'elle s'apprête à retrouver son mari pianiste et ses enfants, Oriana Di Pietro, l’héritière d’une riche famille italienne, est agressée sur son bateau au large de Cannes. Lorsqu’elle succombe à ses blessures, le lecteur va mener l’enquête avec Justine, une policière en proie à des tourments personnels.

Comment souvent avec l’auteur de Et Après et L’Inconnue de la Seine, la vérité se dissimule sous plusieurs niveaux de lecture. Mais cette fois, il faudra patienter jusqu’à la toute dernière ligne pour en avoir le cœur net. C’est chez son éditeur, Calmann-Lévy, que nous avons rencontré un auteur ravi de retrouver ses lecteurs. L’occasion de parler de la naissance de ce nouveau roman, de ses trucs d’écriture, mais aussi d’évoquer l’honneur que lui fait sa ville d’Antibes Juan-les-Pins ce lundi en rebaptisant une école primaire à son nom…

Une année blanche sans nouveau roman, ça ne vous était jamais arrivé en vingt ans de carrière. Vous avez fait un burn-out ? 

Guillaume Musso : Non ! (rires) Mais comme je l’ai dit plusieurs fois, je ne voulais pas être ce genre d’homme qui s’aperçoit à un moment donné qu’il n’a pas vu grandir ses enfants. Depuis leur naissance, j’avais un peu ralenti mon rythme d’écriture. Là, ça s’est fait de manière assez naturelle. L’envie de respirer un peu et de passer du temps avec eux au quotidien. Tous les souvenirs marquants que j’ai avec mes parents, ce sont des moments du quotidien. Ils travaillaient, mais ils étaient toujours là pour moi et mes frères. Je voulais la même chose pour mes enfants. Et ça m’a donné encore plus d’énergie pour revenir avec ce nouveau roman.

Un roman par an, ça ressemblait un peu à une addiction, non ? 

Haruki Murakami dit qu’écrire un roman, ce n’est pas très compliqué si on y passe le temps. Écrire deux romans, ce n’est pas infaisable non plus. Mais écrire 20 romans, ça veut dire que c’est devenu une seconde nature, une vocation, une sorte de dévotion et que oui, vous faites ça presque sans vous en rendre compte. On n’appuie jamais sur le bouton off, on continue d’écrire, on est à l’affut du moindre détail, de la moindre étincelle qui pourrait se transformer en fiction.

Vous avez toujours plusieurs idées de roman en stock. Quelqu’un d’autre, c’était un vieux projet ? 

Oui puisque c’est une idée que j’ai présentée à mon éditrice dans un restaurant pas loin d’ici en 2016. C’était après La Fille de Brooklyn. Ce jour-là, je lui ai dit que j’aimerais écrire sur les secrets au sein du couple, les faux-semblants. Je lui pitche le début de l’histoire, elle était assez enthousiaste, sauf que je n’avais pas vraiment de fin. Alors chaque année, je la ressortais de mon ordinateur, je l’enrichissais un peu. Et puis il y a deux ans, d’un seul coup, la fin m’est apparue avec beaucoup de clarté. Surtout, j’ai trouvé la clé d’entrée à travers le personnage de Justine, la flic de la Côte d’Azur qui mène l’enquête. Quand enfin, j’ai trouvé sa souffrance intime, j’ai su que dix mois après, j’irais au bout.

Ça fait 20 ans que je cherche une histoire où le dernier doute serait dissipé dans la dernière ligne
Guillaume Musso

Joël Dicker nous a expliqué qu’il écrit sans connaître la fin. Vous c’est tout l’inverse ?

J’aime les histoires assez construites, pensées. Je n’ai jamais écrit comme ça au fil de la plume. Après chacun fait comme il veut ! Je suis plutôt de l’école Pierre Lemaître qui dit qu’il faut faire confiance à l’écriture… mais pas trop. Pour un roman à suspense, si vous vous pointez avec la fleur au fusil, il y aura forcément des choses qui ne vont pas tenir debout. Et vous allez être constamment en train de revenir en arrière et de corriger votre manuscrit. C’est donc plutôt pas mal d’avoir une ossature, de savoir où on veut aller. Mais pas trop parce qu’une fois que vous avez votre squelette, que vous allez rajouter les muscles, la peau, le sang, il faut rester attentif à ce que l’écriture va vous proposer. Des personnages qui s’épaississent, d’autres qui vont disparaître. C’est un équilibre subtil.

Sans spoiler les lecteurs, il est écrit sur la der de couv que la vérité se trouve à la dernière ligne. C’est le twist ultime ? 

Ça fait 20 ans que je cherche une histoire où le dernier doute serait dissipé dans la dernière ligne et même le dernier mot. Mais je n’avais pas l’histoire. J’ai aussi voulu faire un clin d’œil à Basic Instinct, tout un cinéma des années 1990-2000. Ces petits thrillers qui ne sont pas tous de la qualité du film de Paul Verhoeven mais où il y a ces petits retournements de situation au dernier moment. C’était assez drôle de faire ça.

Au début de votre carrière vous aimiez situer vos intrigues aux Etats-Unis. Depuis quelques romans, elles se déroulent en France voire carrément dans votre région de naissance comme celui-ci…

Honnêtement je comprends de moins en moins les Etats-Unis. Déjà parce que j’y vais moins souvent qu’avant. Et puis cette réalité française dans laquelle je baigne, je me sens plus à l’aise pour la mettre en scène. C’est utile aussi pour un auteur de thriller parce que lorsque les lecteurs sont dans une réalité qu’ils connaissent, il y a ce processus de suspension l’incrédulité qui permet de faire accepter des choses extraordinaires. C’est aussi la vieille idée du roman qui doit être un miroir qu’on transporte le long du chemin. Toutes les tensions de la société dans laquelle on vit amènent de la manière romanesque. Je n’aurais pas du tout dit ça il y a dix ans...

C’était presque ringard de faire un thriller sur la Côte d’Azur en France à l’époque ? 

Sans doute ! C’est drôle parce que le truc s’est presque imposé comme une facilité. Ne serait-ce que parce que je connais les lieux. Et puis, je me suis rappelé combien je trouvais cette région singulière lorsque j’étais petit. Très normale les trois quarts du temps. Et puis quand il y avait le Festival de Cannes ou le Grand Prix de Monaco, les plus grandes stars de la planète débarquaient d’un coup. Deux facettes ambivalentes qui font un très bon cadre pour une histoire à suspense.

Ce lundi, vous inaugurez une école à votre nom à Antibes Juan Les Pins. C’est une sacrée fierté, non ?

Une fierté et une surprise ! C’est une décision du conseil municipal, à l’unanimité, voulant honorer un enfant du pays. Moi j’ai toujours été fidèle à ma ville, j’en dis toujours du bien. Et puis j’ai été professeur pendant dix ans, j’ai toujours dit combien l’école avait été bénéfique pour ma carrière puisque sans ce prof de seconde qui m’a fait écrire ma première nouvelle, je ne serais sans doute pas là. Le message que je veux porter aux élèves, c’est de ne rien s’interdire. Moi, je ne connaissais personne dans l’édition, j’envoyais mes manuscrits par la poste, j’étais le provincial sans réseau… Et j’ai écrit avec mes petites mains des histoires portées par le bouche-à-oreille des lecteurs.

Vous avez rappelé votre passé d’enseignant. Que vous inspire la crise actuelle de l’école ? 

Dans Quelqu’un d’autre, je mets la crise des institutions à plusieurs endroits. L’hôpital, dans une scène presque autobiographique puisqu’elle s’inspire d’un séjour de mon père aux urgences après une chute qui lui a valu 32 points suture à Noël. La crise de la police, la crise de la justice et la crise de l’école. J’ai arrêté d’enseigner en 2008, je ne veux donner de leçons à personne. Mais je suis assez d’accord lorsqu’on dit que la mère des batailles, elle se joue là. Ça me fait mal quand je vois la place de la France dans les classements PISA. C’est triste.

>> Quelqu'un d'autre de Guillaume Musso (Calmann-Lévy) 352 pages. 22,90 euros. Disponible le 5 mars


Jérôme VERMELIN

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