Interview

Crise du cinéma en salles : "Le problème n'est pas le prix, mais d'avoir des films qui font envie"

Propos recueillis par Jérôme Vermelin
Publié le 7 octobre 2022 à 18h02
JT Perso

Source : JT 20h WE

Avec une baisse moyenne de 30% depuis le début de l’année, la fréquentation des salles de cinéma n’a pas retrouvé son niveau d’avant la pandémie.
Une situation qui alarme une partie des professionnels du cinéma français, réunis en états généraux cette semaine.
Mais pour Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), il s’agit moins d’un problème de coût du ticket que d’offre de films.

Faut-il (ou pas) s’inquiéter pour l’avenir du cinéma sur grand écran ? Avec 104,97 millions de spectateurs sur les neufs premiers mois de l’année, la fréquentation n’a pas encore retrouvé le niveau de la dernière année avant le Covid-19. En moyenne, les salles ont perdu 30% de leurs spectateurs. La faute à une multitude de raisons, comme le montrait une étude réalisée en mai dernier par le CNC (Centre National de la Cinématographie Française). 38% des personnes interrogées avançaient une perte d’habitude, 36% la perception du prix du billet, 26% leur préférence pour d’autres supports, les plateformes notamment, tandis que 23% avançaient un manque d’intérêt pour les films proposés.

Lorsqu’on se penche sur les chiffres du box-office, on s’aperçoit que derrière un méga-succès comme Top Gun : Maverick avec 6,6 millions d’entrées, on trouve de nombreuses suites de blockbusters américains. Le cinéma français, qui totalisait 16 films au-dessus du million de spectateurs en 2019, n’en compte que six depuis le début de l’année. D’où l’inquiétude d’une partie des professionnels qui ont convoqué des états généraux cette semaine. Face à la panique ambiante, Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), livre à TF1info son regard sur la situation des salles de l’Hexagone… 

Avec 7 euros en moyenne, et seulement 13% des billets vendus au-dessus de 10 euros, le cinéma est une sortie très accessible

Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la FNCF

La baisse de 30% en moyenne constatée depuis le début de l’année se confirme-t-elle en cette rentrée ?

On reste sur cette tendance, qui est la même aux Etats-Unis, d’ailleurs. Mais 30% de moins, ça veut dire aussi 70% des spectateurs qui sont revenus ! En fonction du succès d’Avatar 2 qui sort en décembre, on sera peut-être à 80%. Après, je suis un peu surpris du côté catastrophiste d’une partie de vos collègues dans la presse. Oui c’est une année de reprise, oui c’est difficile. Mais la cata, ce serait si on était resté sur les chiffres de janvier-février avec -40 à -50%. Alors qu’il y a des raisons d’être optimiste ! La dernière fête du cinéma a réuni 3,2 millions de spectateurs, autant voire mieux qu’avant la pandémie. Et contrairement à ce qu’on dit, il y a des films qui marchent. La reprise d’Avatar (564.979 entrées en une semaine – ndlr), mais aussi des films français comme Kompromat (549.675 entrées), Revoir Paris (457.404 entrées) ou Le visiteur du futur (317.253 entrées) dans des genres très différents. Sans parler de La nuit du 12, qui est sorti cet été et qui vient de dépasser les 500.000 entrées. Il y a une reprise, mais le nombre de films concernés n’est pas suffisant. La différence avec septembre 2021, c’est qu’on avait un film comme Dune, et là non. Mais depuis la semaine dernière, l’offre de films redevient plus large. Il y a Novembre qui démarre fort, le film d'horreur Smile, qui a gagné des spectateurs en deuxième semaine. Cette offre va encore s'élargir d'ici la fin de l’année. Et c’est surtout l’année prochaine qu’on va retrouver une offre comparable à celle de 2019.

Est-ce que les films français sont plus impactés par cette baisse de 30% que les films américains ? 

Non, la preuve avec les films que je viens de vous citer. Certains marchent, certains non. Je crois d’ailleurs que les problèmes brandis par les états généraux du cinéma français, c’est moins une question de distribution en salles que de financement de la production. La situation est la même pour les films américains avec des succès et des échecs aussi. Il n’y a pas un genre qui s’effondre en particulier. Le problème, pour le moment, c’est le volume de renouvellement de l’offre qui n’est pas suffisant. C’était notamment le cas cet été où il y avait beaucoup moins de films qu’auparavant.

On parle beaucoup du prix des places pour expliquer la baisse de fréquentation. Est-ce vraiment le cas ? 

Franchement ce n’est pas le cas. Mais si les gens le pensent, c’est qu’il y a quelque chose ! Et ce quelque chose se trouve non pas sur le prix mais sur la perception du prix. Depuis 30 ans, la hausse du prix du ticket de cinéma est inférieure à l’inflation. Avec 7 euros en moyenne, et seulement 13% des billets vendus au-dessus de 10 euros, le cinéma est une sortie très accessible. Dans notre univers, ce qui est constitutif de l’achat ce n'est pas le prix, mais l’envie. Vous êtes prêt à payer cher pour voir un film qui vous fait envie. Par contre vous n’irez jamais voir gratuitement un film qui ne vous fait pas envie. C’est ce qu’on voit avec les salles ICE, les salles Dolby, les salles 4DX : elles fonctionnent super bien et sont souvent complètes… alors qu’elles sont plus chères, voire très chères. Mais c'est une expérience qui fait envie.

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Parmi les raisons qui expliquent la baisse, il y a aussi les habitudes prises par les Français durant le confinement. Comment y remédier ?

Globalement, tous les loisirs à l’extérieur de chez soi ont pris un coup du fait des restrictions pendant deux ans. On en revient donc à cette question d’envie, pour faire en sorte que les gens ressortent de chez eux et qu’ils aient l’impression d’en avoir pour l’argent. Pour ça il faut proposer une offre plus riche, dans tous les types de films, pour tous les publics. Aujourd’hui on a un déficit avec les seniors qui n’ont pas tous repris leurs bonnes habitudes. Mais regardez les jeunes : ce ne sont pas les plus riches, mais ils font partie de ceux qui fréquentent le plus les salles high tech. Après il faut rappeler que si à la fin de l’année on a retrouvé de 70% à 80% des entrées d’avant le Covid, ça voudra dire 150 à 170 millions de spectateurs. C’est-à-dire le loisir - bien plus que les stades - qui rassemble le plus de Français. C’est quand même considérable. 


Propos recueillis par Jérôme Vermelin

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