La comédienne Adèle Haenel explique son absence des plateaux de cinéma dans une lettre ouverte à "Télérama".En février 2020, la jeune femme avait quitté la salle Pleyel à l'annonce du César remis à Roman Polanski.Aujourd'hui, elle dénonce notamment "la complaisance généralisée du métier vis-à-vis des agresseurs sexuels".
Adèle Haenel brise le silence. Quasi-absente des écrans depuis son coup d’éclat aux César en 2020, la star de Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma s’exprime dans une lettre ouverte publiée par Télérama. Alors que la revue enquêtait sur sa carrière d’actrice, l'artiste de 34 ans a décidé de prendre les devants. Et d'expliquer pourquoi elle avait tourné le dos à son métier, peut-être pour toujours.
"J’ai décidé de politiser mon arrêt du cinéma pour dénoncer la complaisance généralisée du métier vis-à-vis des agresseurs sexuels et, plus généralement, la manière dont ce milieu collabore avec l’ordre mortifère écocide raciste du monde tel qu’il est", écrit celle qui a remporté deux César en 2014 et 2015 pour ses rôles dans Suzanne et Les Combattantes.
"Face au monopole de la parole et des finances de la bourgeoisie, je n’ai pas d’autres armes que mon corps et mon intégrité. De la cancel culture au sens premier : vous avez l’argent, la force et toute la gloire, vous vous en gargarisez, mais vous ne m’aurez pas comme spectatrice. Je vous annule de mon monde", lâche-t-elle encore.
Dans un entretien à Mediapart en novembre 2019, Adèle Haenel avait accusé le réalisateur Christophe Ruggia d’attouchements lorsqu’elle était mineure durant la préparation du film Les Diables en 2002. Mis en examen pour agressions sexuelles sur mineur de quinze ans par personne ayant autorité, ce dernier a obtenu depuis l’annulation de son interpellation et de sa garde à vue.
Le fruit d'une colère de longue date
Après avoir accusé la France d’avoir "manqué le coche du mouvement MeToo" dans un entretien au New York Times, Adèle Haenel avait quitté la salle Pleyel le 28 février au soir lorsque le César de la meilleure réalisation avait été attribué à Roman Polanski pour J’accuse. Une scène choc qui avait fait le tour du monde et entraîné une réforme du mode de gouvernance de la cérémonie, encore jugée insuffisante par beaucoup.
Depuis, la comédienne n’a jamais retrouvé les plateaux. Dans Télérama, son ex-agente Elizabeth Simpson explique que suite à son témoignage auprès de Mediapart, "on ne lui a plus proposé que des rôles de femmes abusées, des histoires d’inceste ou des films où elle servait de caution". L’hebdo révèle toutefois qu’elle avait accepté de tourner dans L’Empire, le nouveau film de Bruno Dumont. Elle y a finalement renoncé, jugeant son contenu"sexiste et raciste".
Ces derniers mois, c’est sur le terrain social que la comédienne s’est beaucoup investie. Elle a notamment participé à de nombreux rassemblements comme ceux organisés par Réseau pour la grève générale. On l’a par vu par exemple en mars dernier sur le piquet de grève de la raffinerie TotalEnergies de Gonfreville-L'Orcher, en Seine-et-Marne.
Si elle a renoncé au cinéma, Adèle précise qu'elle poursuit depuis 2019 une collaboration régulière avec la chorégraphe Gisèle Vienne. "Face au détachement, à la vacuité et à la cruauté que l’industrie du cinéma érige en principe de fonctionnement, le sens, le travail et la beauté qu’elle met en permanence en jeu sont une lumière qui me permet de garder la foi dans ce que peut vouloir dire la puissance de l’art", écrit-elle.
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