"Je suis terriblement soucieux du monde que nous allons laisser" : Ben Harper revient avec un album engagé

Rania Hoballah
Publié le 28 juillet 2022 à 11h11
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Ben Harper fait son grand retour musical avec l'album "Bloodline maintenance".
Un opus soul inspiré par l'univers de Marvin Gaye, qui mélange groove et engagement.
Le chanteur de 52 ans y évoque la menace nucléaire, les inégalités ou encore la mémoire de l'esclavage.

Il avait un peu disparu des radars ces dernières années. Ben Harper signe un retour en beauté en convoquant l'esprit de Marvin Gaye pour un album soul qui oscille entre groove et engagement. En 1971, Marvin Gaye signait What's going on, disque d'un artiste préoccupé par la guerre au Vietnam et les injustices raciales et sociales aux États-Unis. 

Un demi-siècle plus tard, la guerre gronde en Ukraine et les États-Unis font toujours face aux mêmes démons intérieurs. Dans son nouveau disque, Bloodline maintenance, Ben Harper évoque la menace nucléaire (Where did we go wrong), le travail de mémoire à entretenir sur l'esclavage (We need to talk about it) et les inégalités (Problem child).

"Je suis terriblement soucieux du monde que nous allons laisser à nos enfants et petits-enfants, au point que j'en perds même le sommeil", confie l'artiste à l'AFP. "Je n'ai pas d'illusion sur ce que peut faire une personne, une chanson ou une voix face à tout cela. Je suis aussi impuissant que vous mais, pour les causes qui nous tiennent à cœur, comme lutter contre ceux qui veulent réécrire l'histoire, parfois on doit parler, parfois on doit crier, parfois on doit chanter, car le silence n'est pas une option"

Je cherche un peu de paix intérieure et je ne peux pas l'avoir aux États-Unis

Ben Harper

Devant un climat anxiogène américain alourdi par les flambées de tueries par armes à feu et la remise en cause de l'IVG par la Cour suprême conservatrice, Ben Harper, Californien d'origine, a décidé de changer d'air. "Je veux m'installer en France, j'y suis venu depuis mes 17 ans. Soyons clairs, je n'idéalise aucun endroit, chacun a ses problèmes à régler, mais je cherche un peu de paix intérieure et je ne peux pas l'avoir aux États-Unis", admet le guitariste pour qui le festival français des Trans Musicales à Rennes fut un tremplin international en 1993. 

Quitter les États-Unis n'est pas synonyme de renoncement pour le quinquagénaire qui continue à pratiquer le skate. Les sombres constats qu'il dresse dans son 17e album studio sont contrebalancés par la lumière qui peut jaillir d'un cœur, le plus puissant des moteurs. Il creuse ainsi le sillon d'un Marvin Gaye, "le seul, mis à part peut-être Dylan, capable de chanter aussi bien les élans amoureux et la peinture sociale comme dans How sweet it is et What's going on".

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Marvin Gaye n'est pas le seul illustre parrain choisi par Ben Harper, qui sonne parfois comme Sam Cooke (More than love) ou Ray Charles (Honey, Honey). Si le musicien sait toujours aussi bien faire pleurer sa guitare pour illustrer son propos (We need to talk about it), il atteint pour la première fois le point d'équilibre entre toutes ses influences, puisque la soul se pare ici de gospel, de funk, de jazz, de rock ou de blues. "J'espère que ce disque dans sa forme ultime ressemble à un disque moderne de soul avec des instruments traditionnels", synthétise-t-il. "Cet album est un point de rencontre pour mes influences, un endroit d'où décoller à l'avenir".


Rania Hoballah

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