Le comédien prolifique auréolé du César du meilleur acteur en 2013 pour son rôle dans "Amour" de Michael Haneke est décédé ce vendredi.

C'était un comédien mythique du cinéma français. Jean-Louis Trintignant est mort ce vendredi à l'âge de 91 ans. L'acteur de Et Dieu... créa la femme, Un homme et une femme et Amour est "mort paisiblement, de vieillesse, ce matin, chez lui, dans le Gard, entouré de ses proches", a précisé son épouse. Ses obsèques se dérouleront dans l’intimité. 

Profondément marqué par la mort de sa fille Marie en 2003 dont il ne s'est jamais remis, il avait mis un frein à sa carrière au cinéma en 2018 pour des raisons de santé. "Je ne me déplace plus tout seul, j'ai toujours besoin d'avoir quelqu'un auprès de moi pour me dire 'Attention, tu vas te casser la gueule'", expliquait à Nice-Matin l'acteur aux 160 rôles au cinéma et au théâtre, dont la dernière apparition sur grand écran remonte à Les plus belles années d'une vie, de Claude Lelouch en 2019. 

Né 11 décembre 1930 à Piolenc dans le Vaucluse, Jean-Louis Trintignant est le fils de Raoul Trintignant, un industriel et élu de Pont-Saint-Esprit dans le Gard. Sa mère, Claire, issue d'une famille riche, est tondue après la guerre pour avoir eu une liaison avec un soldat allemand. Étudiant en droit à l'université d'Aix-en-Provence, Jean-Louis Trintignant décide de se lancer dans le théâtre après avoir assisté à une représentation de L'Avare, mise en scène par Charles Dullin.

Il est révélé aux côtés de Brigitte Bardot

Il débute au théâtre et suit en parallèle des cours à l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) pour devenir réalisateur. Il décroche son premier rôle en 1956 dans Si tous les gars du monde, de Christian Jaque, et accède à la célébrité la même année aux côtés de Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme, de Roger Vadim. Sa liaison avec BB fait scandale et brise le couple qu'elle forme avec Vadim. 

Sa carrière naissante est alors freinée par le service militaire qui l'éloigne de plateaux. Il renouera avec les planches en 1958 dans Hamlet, puis au cinéma en 1959 avec Les Liaisons dangereuses, où il donne la réplique à Gérard Philippe et Jeanne Moreau. Dans les années 1960, il connaît le succès aussi bien en Italie qu'en France (Le Fanfaron, Il Successo, Meurtre à l'italienne…). 

En 1966, c'est la consécration avec Un homme et une femme de Claude Lelouch qui remporte la Palme d'or au Festival de Cannes et l'Oscar du meilleur film étranger. En 1968, il brille à nouveau et remporte l'Ours d'argent du meilleur acteur au Festival de Berlin pour L'Homme qui ment, et l'année suivante le prix d'interprétation masculine à Cannes pour Z de Costa-Gavras avec Yves Montand.

Il refuse de tourner avec Spielberg et Coppola

Il enchaîne les succès comme Le Grand silence de Sergio Corbucci, Ma nuit chez Maud d'Éric Rohmer ou encore Le Conformiste de Bernardo Bertolucci. Il se voit également offrir par ce dernier le rôle principal du Dernier Tango à Paris, qu'il refuse et qui sera finalement attribué à Marlon Brando. En 1972, il se lance dans la réalisation avec Une journée bien remplie, puis en 1979 avec Le Maître-nageur

Il décide de ralentir le rythme des tournages et refuse un rôle dans Rencontres du troisième type de Steven Spielberg et dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Il se consacre alors à son autre passion : la course automobile. Il court un temps, comme ses illustres oncles, Louis, qui se tue lors en 1933 des essais du prix de Picardie ; Henri, qui participe au Grand Prix de France en 1936 ; et Maurice, qui aura après la guerre une carrière exceptionnelle. 

Lassé par le cinéma, il se retire en 1985 dans sa maison d'Uzès dans le Gard, mais revient de temps en temps sur le devant de la scène avec dans des seconds rôles comme dans La Femme de ma vie de Régis Wargnier, Bunker Palace Hotel de Enki Bilal, Trois couleurs : Rouge de Krzysztof Kieślowski ou Regarde les hommes tomber, le premier film de Jacques Audiard. 

Marie et Jean-Louis Trintignant (en janvier 2001 dans la pièce "Comédie sur un quai de gare" de Samuel Benchetrit.
Marie et Jean-Louis Trintignant (en janvier 2001 dans la pièce "Comédie sur un quai de gare" de Samuel Benchetrit. - AFP

Il a perdu deux de ses trois enfants

Il privilégie le théâtre et, dans les années 90, il achète le domaine viticole Rouge Garance situé près de Nîmes et devient producteur de vin. En 2012, après dix ans d'absence, il est à l'affiche du film de Michael Haneke, Amour, qui emporte la palme d'or au Festival de Cannes et lui vaut le César du meilleur acteur. Il tourne à nouveau sous la direction du réalisateur autrichien quatre ans plus tard dans Happy end aux côtés d'Isabelle Huppert.

Atteint d'un cancer de la prostate, il accepte de jouer sous la direction de Claude Lelouch dans Les Plus Belles Années d'une vie, la "suite" d'Un Homme et une femme sorti en 2019.

Côté vie privée, Jean-Louis Trintignant n'a pas été épargné. Marié en 1954 à la comédienne Stéphane Audran dont il divorce deux ans plus tard, il rencontre Nadine Marquant qu'il épouse en 1961. Elle le dirigera d'ailleurs à quatre reprises dans Mon amour, mon amour (1967), Le Voleur de crimes (1969), Défense de savoir (1973) et Le Voyage de noces (1976). 

Ensemble, ils auront trois enfants : Marie, décédée sous les coups de son compagnon Bertrand Cantat en 2003 (une disparition dont il ne se remettra jamais) ; Pauline, née en 1969 et morte à l'âge de dix mois durant le tournage du Conformiste, à Rome ; puis Vincent Trintignant né en 1973. Nadine le quitte à la fin des années 1970 pour vivre avec le réalisateur Alain Corneau. Jean-Louis Trintignant épousera en 2000 la pilote de rallye Marianne Hoepfner.


Rania HOBALLAH

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