Interview

Jodie Foster dans "True Detective" : "Ma mère m’avait dit qu’à 40 ans, ma carrière serait finie"

Publié le 16 février 2024 à 14h25, mis à jour le 16 février 2024 à 14h57

Source : TF1 Info

Plutôt rare ces dernières années, l’actrice américaine doublement oscarisée retrouve le petit écran pour la première fois depuis l’adolescence.
Elle mène l’enquête sur une mystérieuse disparition dans le froid glacial de l’Alaska pour la saison 4 de la série d’anthologie "True Detective".
Rencontre en français avec la plus francophile des stars hollywoodiennes.

Le seul détail qui échappe à la caméra dit tout de sa simplicité. C’est en chaussons que Jodie Foster nous a reçus cette semaine dans un palace parisien, étape française de son marathon médiatique pour évoquer son dernier projet qui fait froid dans le dos. Tête d’affiche de la saison 4 de la série True Detective, sous-titrée Night Country, elle enfile la doudoune d’une policière de l’Alaska chargée d’élucider la disparition de scientifiques renommés en pleine nuit polaire. Un rôle pensé pour elle par Issa López, même si l’actrice américaine doublement oscarisée n’était pas apparue sur le petit écran depuis 1975.

Je suis sûre que Clarice Sterling et Liz Danvers ne s'entendraient pas du tout
Jodie Foster

"J’étais presque sûre qu’elle allait refuser parce qu’elle n’a pas beaucoup tourné ces dernières années. Elle est aussi connue pour être très pointilleuse avec ses projets. Mais peu importe, non ? Donc on lui a envoyé le scénario", raconte à TF1info la scénariste et réalisatrice mexicaine à qui HBO a confié le soin de poursuivre la saga d'anthologie imaginée par Nic Pizzolato. Alors que le sixième et dernier épisode sera disponible ce lundi 19 février sur le Pass Warner de Prime Video, Jodie Foster nous explique, dans un français parfait et sans accent hérité de ses années d’études au lycée français, ce qui l’a séduite dans cette série.

True Detective : Night Country redonne une voix aux femmes autochtones qui en ont été privées. C’est l’une des raisons qui vous ont poussée à accepter ?

Certainement. J'avais beaucoup de curiosité sur les communautés amérindiennes de l'Alaska mais c’était aussi le scénario. Il était juste bon ! C'est intrigant, c'est palpitant. Et il y a ce mélange de film de genre, avec un peu d'horreur, de science-fiction et de paranormal, mais aussi avec une sorte de profondeur psychologique.

Vous voir mener l’enquête nous renvoie forcément quelques années en arrière. Elle aurait ressemblé à quoi, la rencontre entre Clarice Starling du Silence des agneaux et Liz Danvers, que vous incarnez dans la série ?

(Elle rit) Si elles se rencontraient, ça ne serait pas bon ! Parce que Clarice a un sens moral et est très sérieuse. C'est quelqu'un de très authentique. Liz, c'est une menteuse un peu raciste qui est totalement corrompue moralement. Je suis sûre qu'elles ne s'entendraient pas du tout (rires).

Issa López nous a dit que vous aviez travaillé ensemble à redéfinir le personnage de Liz et que c’est vous qui aviez demandé à ce qu’elle soit un peu plus "une enfoirée"

Oui, c’est vrai ! Je voulais absolument aller dans ce sens. Pas parce que le personnage qu’elle avait créé n’était pas bon mais ce n’était pas moi. C’était écrit pour quelqu’un de bien plus jeune. Le personnage venait tout juste de perdre son enfant qui avait quatre ans alors que moi, je voulais jouer les années de douleur, cette sorte d’amertume et un manque de connaissances.

On a passé sept mois en Islande et je ne voulais pas partir
Jodie Foster

Les paysages enneigés de l’Alaska sont un personnage à part entière de la série. Délocalisé en Islande pour des raisons pratiques, ce tournage dans le froid a dû être particulier. Qu’est-ce qui vous a le plus surprise sur place ? 

La chose est plus surprenante, c'était à quel point j’étais heureuse. On a passé sept mois là-bas et je ne voulais pas partir. J'adore l'Islande. J'adorais mon petit appartement à Reykjavik. Il y avait des endroits pour aller écouter la musique. J'ai des amis là-bas qui chantent tout le temps. La nourriture est bonne. Il y a ces piscines d’eau chaude. Oui, j'étais très heureuse là-bas.

J’imagine que pour parler quand il fait -20°C, c’est un peu compliqué…

(Elle rit) Beaucoup de choses sont compliquées quand il fait si froid ! Parler, c’est l’une d’entre elles. Il y a des moments où on arrive à peine à savoir ce que je dis.

Je vous rassure, on vous comprend très bien !

(Elle rit) Merci !

Le mois prochain, ce sont les Oscars où vous êtes citée dans la catégorie meilleur second rôle pour Insubmersible. C’est votre cinquième nomination. Que penserait la jeune Jodie, nommée pour la première fois en 1977 pour Taxi Driver à l’âge de 14 ans, de la femme et de l’actrice que vous êtes devenue ?

Oh, elle aurait été très surprise ! C’est vrai que ça fait longtemps… Je fais ce métier depuis 58 ans. C’est beaucoup de films, beaucoup de gens, beaucoup de connaissances et beaucoup d’aventures. Je n’aurais jamais cru que ça finirait comme ça, que je serais toujours en train de jouer. Ma mère m’a dit dès que j’étais toute petite : "T’inquiète pas, à 18 ans, tu ne travailleras plus parce que ta carrière sera finie. Qu’est-ce que tu veux être ? Médecin ? Avocat ?" Après elle m’a dit : "Non, non, non, ce sera à 40 ans. À 40 ans, tu ne travailleras plus en tant qu’acteur". Me voilà à 61 ans et je suis toujours là !

>> True Detective : Night Country – six épisodes de 60 minutes, sur le Pass Warner de Prime Video


Delphine DE FREITAS

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