"Kaubuchiko" : Dominique Sylvain plonge dans le quartier (très) chaud de Tokyo

Marc Fernandez
Publié le 24 octobre 2016 à 12h43
"Kaubuchiko" : Dominique Sylvain plonge dans le quartier (très) chaud de Tokyo

Source : SIPA

L'essentiel

NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Kabukicho – La Cité des mensonges" de Dominique Sylvain (Editions Viviane Hamy).

Tokyo, Las Vegas, même combat. C’est le sentiment qui domine quand on referme le nouveau roman de Dominique Sylvain. Elle qui connaît très bien la capitale japonaise pour y avoir vécu longtemps, nous embarque dans le quartier de Kabukicho, qui donne le titre à ce livre (éditions Viviane Hamy). Sans aucun doute le plus sulfureux du pays. Un Pigalle puissance dix, à la sauce japonaise, où les bars à hôtesses et à hôtes sont légions et voisinent les love hôtels dans une sorte de pollution visuelle faite de néons aux couleurs criardes, installés là pour appâter le client. Bien sûr, quelqu’un va disparaître. Quelqu’un qui travaillait dans un de ces établissements. La police, sa famille et une amie vont tenter de découvrir ce qui lui est arrivé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas joli…

C’est qui ?

Dominique Sylvain est une auteure bien connue des amateurs de polars. Née à Thionville en 1957, cette fan inconditionnelle de Murakami et lectrice insatiable, a déjà publié treize romans et multiplié les distinctions. Prix Sang d’encre en 2000 pour Vox, prix Michel Lebrun en 2001 pour Strad, Grand prix des lectrices de Elle en 2005 pour Passage du désir. Celle qui fut un temps journaliste puis responsable de la communication interne chez Usinor a vécu dix ans au Japon. Tokyo lui a d’ailleurs inspiré plusieurs livres. Dominique Sylvain s’est aussi faite connaître grâce à l’adaptation télévisée de son duo d’enquêtrices, Lola Jost et Ingrid Diesel, par France 2.

Ça parle de quoi ?

Kate Sanders est l’hôtesse star du Club Gaïa. Celle avec qui tous les clients veulent passer du temps. Cet établissement où le sexe n’est pas une obligation, une exception dans le quartier chaud de Kabukicho, est dirigé par une mama-san, qui paie bien. Très bien même. Kate propose à Marie, une jeune française croisée par hasard, de la faire embaucher au Gaïa. Les deux femmes sont aussi colocataires. Une véritable amitié se tisse, tandis que Marie rêve en secret de publier son premier roman. Un soir, Kate ne vient pas au travail. Le lendemain, son père reçoit une photo d’elle sur son téléphone. Elle a les yeux fermés. Un message accompagne cette image : "elle dort ici". Commence alors une enquête délicate, avec le capitaine Yamada, qui va tenter de comprendre ce qu’il se passe…

Pourquoi on aime ?

Bienvenue à Tokyo. Ou, plutôt, bienvenue à Kabukicho. Grâce à l’écriture enlevée de Dominique Sylvain, à ses descriptions minutieuses, à ses personnages bien campés, à son intrigue au cordeau, faite de rebondissements jusqu’au dénouement, le lecteur se trouve embarqué dans un voyage qu’il n’est pas prêt d’oublier. Une plongée en apnée dans un monde si différent du nôtre. Une culture, un mode de vie, aux antipodes de ce que l’on connaît en Europe et qui sont parfaitement évoqués. On sent que Dominique Sylvain connaît bien et aime ce pays et cette ville en particulier. Ce qui ne l’empêche pas de nous la montrer, parfois, sous son aspect le moins beau, tout en proposant un suspense implacable, en multipliant les fausses pistes. Un roman noir original, dépaysant et haletant. Que demander de plus ?

>> Kabukicho – La Cité des mensonges, de Dominique Sylvain. Editions Viviane Hamy, 286 pages, 19 €