Accusé par l'une de ses étudiantes, le cinéaste iranien Asghar Farhadi mis en examen pour plagiat

par Jérôme VERMELIN
Publié le 5 avril 2022 à 13h23
Asghar Farhadi en juillet dernier à Cannes

Asghar Farhadi en juillet dernier à Cannes

Source : AFP

Figure majeure du cinéma iranien, Asghar Farhadi a été mis en examen pour plagiat à Téhéran.
Il est accusé de s’être inspiré du documentaire de l’une de ses étudiantes pour son film "Un héros", primé à Cannes l’été dernier.

Il est passé à un cheveu de la Palme d’or l’été dernier, décrochant finalement le Grand prix du jury pour Un héros, l’histoire d’un petit mensonge qui entraîne de lourdes conséquences pour son auteur. Le célèbre cinéaste iranien Asghar Farhadi vient d'être mis en examen par un tribunal de Téhéran pour ce film en lice il y a encore quelques jours aux Oscars, annonce The Hollywood Reporter. Azadeh Masihzadeh, l’une de ses étudiantes en cinéma, l’accuse de s’être inspiré de son documentaire All Winners All Losers, sorti en 2018.

Ce mardi matin, l'hebdomadaire professionnel américain affirmait que le cinéaste de 49 ans avait été reconnu coupable et attendait désormais sa condamnation. Ce soir, il est revenu sur ses informations initiales et indique que le dossier va être transmis à un deuxième juge dont la décision pourra être contestée en appel. Il aura également la possibilité d'ordonner un réexamen complet de l'affaire.

Au départ, un simple devoir de classe

Depuis le début de l’affaire, Asghar Farhadi affirme que son film s’inspire du même fait divers qui a nourri le court-métrage d’Azadeh Masihzadeh, imaginé lors d’un cours conduit par l’auteur d’Une séparation dans une école de cinéma de Téhéran en 2014. Chaque élève devait proposer un scénario basé sur l’histoire vraie d’une personne ayant retrouvé un bien appartenant à une autre.

Azadeh Masihzadeh écrira le sien à partir du récit d’un prisonnier de la ville de Shiraz où elle a grandi. Après avoir retrouvé un sac d’or durant une permission, l’homme en question avait décidé de le rendre à son propriétaire. Une camarade de classe de la plaignante, interrogée par The Hollywood Reporter, raconte qu’Asghar Farhadi avait été "très impressionné" par le pitch de son élève.

Une "libre interprétation" ?

La jeune femme raconte qu’en 2019, avant de lancer la production d’Un héros, Asghar Farhadi l’a convié dans son bureau pour lui demander de signer des papiers assurant que l’idée du court-métrage venait de lui. Ce qu’elle a accepté. "Je n’aurais pas dû signer, mais j’étais mise sous pression", explique-t-elle au magazine professionnel. "Monsieur Farhadi est le grand maître du cinéma iranien. Il a usé de son pouvoir pour m’obliger à le faire."

Si l’avocate d’Asghar Farhadi ne dément pas cette rencontre, elle affirme que le film Un héros est une "libre interprétation" de la même histoire "qui a été publiée dans les médias bien avant la classe de cinéma" et que le cinéaste a conduit ses propres recherches "à partir de la presse écrite et d’autres médias", certains articles en ligne remontant à 2012.

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Ce n'est pas l'avis de Rola Shamas, une étudiante qui a témoigné en faveur de sa camarade, et qui raconte qu’en entendant le cinéaste parler de son film au Festival de Cannes, elle a tout de suite reconnu le court-métrage d’Azadeh Masihzadeh. D’autres, en revanche, ont signé un document commun pour prendre la défense de leur professeur.

Dans un communiqué publié ce mardi soir, Alexandre Mallet-Guy, le producteur français de Un héros, estime que le cinéaste a de bonnes chances d'être blanchi des accusations de son ancienne étudiante par la justice de son pays. Il souligne notamment que "différents experts en Iran ont publié des articles dont les conclusions sont favorables à Asghar".

La condamnation d’Asghar Farhadi serait une tache terrible sur le CV d’un cinéaste reconnu partout dans le monde, avec à la clé deux Oscars pour Une séparation (2012) et Le Client (2017) et des prix à Cannes, à Berlin ou encore aux César. Le cinéaste, qui a toujours bénéficié d’une certaine clémence de la part de Téhéran, avait publié en novembre dernier une virulente critique des dérives de son pays et s’était dit prêt à renoncer à le représenter aux Oscars.


Jérôme VERMELIN

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