L'écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé est décédée à l'âge de 90 ans

Publié le 2 avril 2024 à 10h31, mis à jour le 2 avril 2024 à 11h22

Source : Sujet TF1 Info

Spécialiste des identités noires, l'écrivaine Maryse Condé est décédée à l 'âge de 90 ans.
Elle était notamment l'auteure de "Moi, Tituba sorcière" et "Ségou".

Une grande voix de la littérature francophone s'éteint. L'écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé est décédée dans la nuit de lundi à mardi à l'hôpital d'Apt (Vaucluse), indique à l'AFP son mari, Richard Philcox. Née à Pointe-à-Pitre, elle avait abordé l'Afrique, l'esclavage et les multiples identités noires dans une trentaine de livres traduits partout dans le monde.

Maryse Condé s'était mise à écrire à l'âge de 42 ans. En 1976, elle publie Hérémakhonon, puis Ségou (1984-1985), un best-seller sur l'empire bambara au 19e siècle au Mali. Citée plusieurs fois pour le prix Nobel de littérature, elle était également très connue aux Etats-Unis, où elle a vécu à New York et dirigé un centre d'études francophones à à l'université de Columbia.

Des réactions unanimes

"J'ai toujours travaillé avec elle dans ses différentes maisons d'édition, et j'étais profondément admiratif de son rayonnement, de son courage. Elle a donné l'envie à énormément d'écrivains de se lancer et de combattre avec elle", a réagi auprès de l'AFP son éditeur, Laurent Laffont.

"La Grande Dame des Lettres mondiales tire sa révérence, nous léguant une œuvre portée par la quête d’un humanisme fondé sur les ramifications de nos identités et les fêlures de l’Histoire", a écrit l'écrivain Alain Mabanckou sur le réseau X. De son côté l'ancienne ministre de la Culture Rima Abdul-Malak salue "une grande voix de la littérature et du théâtre, voix universelle qui a refusé toutes les étiquettes, toutes les assignations".

Fille d’une institutrice, Maryse Condé arrive en France à l’âge de 19 ans comme élève au lycée Fénelon, à Paris. Ce sont les années 1950 où les colonies s'émancipent et les intellectuels noirs sont en pleine effervescence. Elle rencontre alors l'écrivain martiniquais et homme politique Aimé Césaire qui lui ouvre les yeux sur l’identité noire.

"Je comprends que je ne suis ni Française, ni Européenne. Que j'appartiens à un autre monde et qu'il me faut apprendre à déchirer les mensonges et à découvrir la vérité de ma société et de moi-même", se remémore-t-elle dans le documentaire Une voix singulière qui lui est consacré en 2011.

Il est grand temps de dire que l'endroit dont nous venons n'a pas tellement d'importance
Maryse Condé

Jeune adulte, elle tombe enceinte d’un journaliste haïtien qui la quitte en apprenant sa grossesse. Alors qu'elle a renoncé à faire Normale Sup, elle fait alors la rencontre de Mamadou Condé, un apprenti comédien guinéen qui l'emmène s’installer dans son pays. De leur mariage mouvementé naîtront trois autres enfants. Lorsqu’ils divorcent, elle fuit au Ghana puis au Sénégal où elle épouse au début des années 1980 Richard Philcox, un professeur britannique blanc qui l’encourage à écrire et aussi son traducteur.

De l’Afrique à l’Amérique où le couple va vivre pendant plusieurs années, Maryse Condé refuse tout sentiment de fierté régionale, raciale ou communautaire. "Il est grand temps de dire que l'endroit dont nous venons n'a pas tellement d'importance, insistait-elle. "Pour nous, Antillais, ce qui compte, c'est le peuple que nous sommes devenus, ce que nous avons comme culture à présenter au reste du monde".

Après la reconnaissance de la traite et de l'esclavage comme crimes contre l'humanité en 2001, elle préside en France le comité pour la mémoire de l'esclavage. Atteinte d'une maladie neuro-dégénérative, elle avait choisi à 80 ans de se retirer à Gordes, un petit village provençal du Vaucluse. C'est là qu'elle a dicté à une amie son dernier livre, L'Evangile du nouveau monde, sa réécriture du Nouveau Testament en Guadeloupe.


Jérôme VERMELIN

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