"Mercenaire" : de Wallis à Agen, le destin contrarié d'un rugbyman du bout du monde

Mehdi Omaïs
Publié le 4 octobre 2016 à 16h26
"Mercenaire" : de Wallis à Agen, le destin contrarié d'un rugbyman du bout du monde

Source : AD VITAM

ON AIME – Récompensé cette année à Cannes par le prix Label Europa Cinéma à la Quinzaine des Réalisateurs, comme "Mustang" avant lui, "Mercenaire" relate le périple douloureux, des îles jusqu’à la métropole, d’un rugbyman wallisien. En salles mercredi, ce long métrage marque la naissance d’un cinéaste à suivre : Sacha Wolff.

Loin de la cohue, certains films éclosent parfois de façon inattendue. Et se présentent aux spectateurs comme une invitation à explorer des terrains quasi vierges. Mercenaire fait partie de cette louable catégorie, en cela qu’il repose sur une double singularité : il gravite autour du rugby, un sport peu représenté au cinéma, et met en scène les habitants oubliés (des caméras) de Wallis, une petite île de Polynésie située entre la Nouvelle-Calédonie et Tahiti. Avis toutefois aux accros de vacances tropicales : ce premier film de Sacha Wolff n’est pas du genre à faire dans la carte postale corallienne.

 

Bien au contraire, le cinéaste de 35 ans, ancien de la Fémis formé à l’école du documentaire, s’intéresse plutôt à la destinée tempétueuse d’un guerrier de la collectivité d’Outre-Mer. Un certain Soane. Grand, musculeux, rugbyman. Colosse aux pieds d’argile, surtout devant son papa incompréhensif et alcoolique qui lui inflige d’atroces blessures physiques. Asphyxié par cette vie infructueuse, où mêmes les beaux palmiers paraissent tristes, le jeune homme brave l’autorité tyrannique du patriarche pour rejoindre la métropole. Agen, plus précisément, où l’attendent un poste de pilier et une nouvelle vie.

De l’espoir, il y en a peu dans ce drame aux allures de film noir. Le dégrisement qui se matérialise petit à petit sur le visage du héros en est la preuve irréfutable. Car l’eldorado espéré, tant moral que financier, s’avère être un impitoyable miroir aux alouettes. Sacha Wolff dresse, strate par strate, le portrait d’un homme malaimé par le club qu’il rejoint. D'une bête traquée traquée par celui qui a organisé son voyage en France et qui lui demande de rendre des comptes. Soane vogue ainsi de désillusions en spoliations, dessinant au fil de sa misère un double combat pour trouver sa place au sein du groupe (sportif) et de la société.

 

Un coup d'essai qui a du chien

Porté par l’interprétation juste du comédien amateur Toki Polioko, ce héros secret effectue un chemin de croix douloureux, victime de toute part. Son questionnement identitaire fait corps avec une ambiance inquiétante, rappelant par instant le climat de Bullhead ou d’un western. C’est peu dire que, malgré quelques maladresses scénaristiques, à l’instar de la dispensable relation conflictuelle avec le père, Sacha Wolff transforme ce premier essai avec un certain brio et se désolidarise clairement de la mêlée. Son film s’offre comme une promesse. On attend le prochain avec impatience.


Mehdi Omaïs

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