Michael Jackson : un business invincible malgré les scandales

Publié le 8 février 2023 à 18h43

Source : Les MATINS LCI

Mort en 2009, Michael Jackson va bientôt faire l’objet d’un biopic dans lequel il sera interprété par son neveu Jaafar.
De son côté, la major Sony Music s’apprêterait à acheter la moitié de son catalogue musical pour une somme record.
Quatre ans après le documentaire "Leaving Neverland", qui remettait sur le tapis les accusations de pédophilie contre le chanteur, son business posthume tourne à plein régime.

De son vivant, Michael Jackson était l’artiste de tous les records. Un milliard de disques vendus dans le monde, 13 titres n°1 dans les charts américains, 15 Grammy Awards… Quatorze ans après sa mort, il s’apprête à en battre un nouveau puisque ses ayants droits aurait accepté de vendre la moitié de son catalogue pour une somme estimée entre 800 et 900 millions de dollars. D’après Variety, l’acquéreur ne serait autre que la major Sony Music qui avait déjà déboursé 600 millions de dollars en 2021 pour s’offrir les chansons de Bruce Springsteen, le précédent sommet en la matière.

Ces chiffres, qui restent à confirmer, montrent à quel point le chanteur décédé en 2009 à l’âge de 50 ans, des suites d’une overdose de médicaments, n’a pas usurpé son titre de "Roi de la pop". Une icône mondiale dont la vie, qui fait déjà l’objet d’une comédie musicale à Broadway depuis l’an dernier, sera bientôt racontée dans un biopic produit par Graham King, l’homme derrière le succès de Bohemian Rhapsody. Réalisé par Antoine Fuqua, une pointure hollywoodienne, il sera interprété par Jaafar Jackson, le propre neveu de la star puisqu’il est l’un de sept enfants de Jermaine, l’un des mythiques Jackson 5. 

Un scandale qui fait flop

Si l’empreinte de Michael Jackson sur l’histoire de son art est incontestable, cette série d’annonces spectaculaires peut surprendre lorsqu’on se rappelle l’émoi suscité au printemps 2019 par la sortie du documentaire Leaving Neverland. Deux hommes adultes, Wade Robson et James Safechuck, y racontaient comment le chanteur aurait abusé d’eux à plusieurs reprises lorsqu’ils étaient enfants, avec la complicité de son entourage. De quoi remettre sur le devant de la scène les accusations d’abus sexuels sur mineurs dont il avait été blanchi par la justice de son vivant.

Après avoir crié au scandale et protesté auprès de la chaîne HBO contre le travail "à charge" du réalisateur Dan Reed, la famille de Michael Jackson avait tenté d’en interdire la diffusion, en vain. Vendu dans 130 pays dans le monde, le documentaire n’allait cependant pas faire frémir les audiences, avec 1,5 million de téléspectateurs en France pour en découvrir une version raccourcie sur M6. Un flop retentissant qui s’expliquerait, en partie, par les appels au boycott des fans de la star dans les jours précédents.

Neverland : le documentaire qui ébranle le mythe Michael JacksonSource : Sujet TF1 Info

À l’époque, une poignée de stations de radio, au Canada et en Nouvelle-Zélande, avaient décidé de retirer les titres du chanteur de leurs playlists tandis que les producteurs des Simpson faisaient disparaître un épisode dans lequel figurait son double animé. Mais le "scandale" allait en réalité profiter à l’interprète de "Billie Jean", "Thriller" autre "Black or White". Dans les jours qui ont suivi la diffusion documentaire aux États-Unis, les ventes de disques du chanteur - en solo et avec les Jackson 5 - avaient progressé de 10%, les écoutes en streaming de 6% et les vues de ses clips sur YouTube de près de 20%... 

Depuis, son business posthume se porte bien. Et même très bien. D’après Forbes, il aurait généré 75 millions de dollars de revenus l’an dernier, en grande partie grâce aux ventes estimées du spectacle à Broadway. Une comédie musicale qui passe totalement sous silence les accusations de pédophilie. La vente annoncée de son catalogue, doublée de son prochain biopic, confirme à vrai dire que la marque Michael Jackson est plus attractive que jamais. Et rien ni personne ne semble vouloir le contester hormis… Dan Reed, l’auteur de Leaving Neverland.

Ignorer le fait que Michael Jackon aimait dormir avec de jeunes garçons, c'est envoyer un message aux survivants d’abus sexuels sur mineurs
Dan Reed, réalisateur de "Leaving Neverland"

Dans une tribune publiée le week-end dernier dans le quotidien britannique The Guardian, le réalisateur du docu choc s’étonne que "personne n’appelle à l’annulation d’un film qui va glorifier un homme qui violait des enfants", écrit-il. "On dirait que la presse, les fans et l’immense majorité de gens qui ont grandi en aimant Michael Jackson sont prêts à mettre de côté sa relation malsaine avec les enfants et à se laisser emporter par la musique."

Pour écrire le biopic sobrement intitulé Michael, les producteurs et la famille Jackson ont fait appel à John Logan, l’un des scénaristes les plus respectés à Hollywood. On lui doit notamment Gladiator de Ridley Scott, les James Bond Skyfall et Spectre, mais aussi Aviator, le film de Martin Scorsese consacré au milliardaire Howard Hughes, incarné dans toute sa complexité et ses excès par Leonardo DiCaprio. Aurait-il l’autorisation d’en faire autant avec son nouveau sujet ?

Dans sa tribune, Dan Reed le met en garde contre toute tentative d’édulcorer, voire de passer sous silence les zones d’ombre du chanteur, amplement détaillées par les enquêtes de police, quand bien même il n’a jamais été condamné. "Ignorer le fait que Michael Jackon aimait dormir avec de jeunes garçons, c'est envoyer un message aux survivants d’abus sexuels sur mineurs", lâche-t-il. "Ce message, c’est que si un pédophile est suffisamment riche et populaire, la société lui pardonnera."


Jérôme VERMELIN

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