La reine Elizabeth II, souveraine la plus âgée et au règne le plus long du monde, vient de s'éteindre ce jeudi 8 septembre 2022 à l'âge de 96 ans.
Son décès a été annoncé par le palais de Buckingham, sa résidence officielle.

C'est la fin du règne le plus long du XXᵉ siècle et par la même occasion, une part de l'Histoire moderne qui se tourne. Après 70 années de règne, la reine Elizabeth II qui avait consacré, pour l'essentiel de son existence, à incarner et réformer la monarchie britannique avec une rigueur et un sens du devoir patriotique unanimement salués, s'est éteinte ce jeudi 8 septembre 2022 à l'âge de 96 ans. Ce sont les services de Buckingham Palace qui ont annoncé la triste nouvelle via un communiqué. 

Un règne à la longévité hors-normes

Née le 21 avril 1926, Elizabeth Alexandra Mary Windsor a accédé au trône le 8 février 1952 à l’âge de 25 ans, à la mort de son père, George VI. La petite "Lilibet" (le surnom affectueux que lui donnaient ses proches, ndlr.) n'était pourtant pas destinée au trône. C'est l'abdication d'Edward VIII, son oncle, futur duc de Windsor, ainsi que l'accession au trône du père d'Elizabeth, qui l’a placée en ligne directe. Sous la houlette de sa "nounou" et de sa gouvernante, la jeune-fille va alors se plonger dans un programme accéléré en Histoire et en droit constitutionnel. Elle apprendra aussi le français. Puis, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle rejoint l'armée de réserve, à 19 ans, comme conductrice, sous le matricule 230873. 

C'est en avril 1947 qu'elle prend réellement conscience de son destin, lors d'un voyage au Cap, en Afrique du Sud avec sa famille. Elle s'engage alors à "vouer [sa] vie, qu'elle soit courte ou longue, à votre service et au service de la grande famille impériale à laquelle nous appartenons tous". La même année, Elizabeth épouse à l'abbaye de Westminster son cousin Philip de Grèce, un officier de la marine dont elle est amoureuse depuis l'adolescence. Les noces sont célébrées juste après la guerre et il se raconte que la reine avait accumulé les coupons de tissu rationnés pour faire confectionner sa robe de mariée. L'année suivante, le prince Charles vient agrandir la famille : il sera suivi d'Anne, en 1950, d'Andrew, en 1960 et d'Edward en 1964. 

Le destin d’Elizabeth II bascule en 1952, lorsqu'elle remplace son père, malade, pour une tournée dans le Commonwealth. C'est au début du voyage, dans un lodge au Kenya, qu'elle apprend le 6 février le décès de son père, de la bouche de Philip. Il dira plus tard qu'elle prit la nouvelle "vaillamment, comme une reine". Seize mois plus tard, le 2 juin 1953, elle devient souveraine du Royaume-Uni et de plusieurs états du Commonwealth dont le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle embrasse immédiatement ce "travail à vie", selon son expression de l'époque. Véritable témoin de l'Histoire, elle a offert le thé à une quinzaine de Premiers Ministres au cours de son règne : de Winston Churchill à Boris Johnson en passant par Tony Blair et John Major, qu'elle a reçus chaque semaine à Buckingham Palace. Un rendez-vous hebdomadaire où il se murmure qu'elle y distillait des conseils avisés et sages.

Infatigable, Elizabeth II honore chaque année quelque 350 engagements : inaugurations en tous genres, réceptions à Buckingham, remises de décorations ou de récompenses, voyages à l'étranger... Au cours de son règne, la Reine aura politiquement tout connu : l’adhésion à la CEE devenue l’Union Européenne, puis son retrait, la guerre des Malouines, en Irak et en Afghanistan, les attentats terroristes, la fronde populaire après la mort de Diana. Elle a notamment côtoyé Nehru, l'empereur Hirohito, Charles de Gaulle. Mandela l'appelait "mon amie". Elle a assisté à la construction puis la chute du mur de Berlin, la rétrocession d'Hong Kong à la Chine en 1997, puis, plus récemment, le Brexit, souhaité par une majorité de Britanniques :  une "blessure" pour la Reine, femme aux convictions pro-européennes anciennes et bien tranchées. Le 9 septembre 2015, elle avait battu le record de longévité sur le trône d'Angleterre, jusque-là détenu par son arrière-arrière-grand-mère, la reine Victoria, qui régna de 1837 à 1901.

Les crises et des scandales l'ont ébranlée, sans jamais la faire tomber

Au cours de son règne, qui fut loin d’être un long fleuve tranquille, elle a traversé les crises, vacillant à peine sous le poids des convenances, du protocole et des scandales. Parmi celles-ci, l'année 1992 qui fut particulièrement compliquée pour la Reine. Une "annus horribilis", comme elle la qualifiera elle-même lors d'un discours marquant ses 40 ans de règne. Scandales, divorce dans la famille royale, incendie de son château de Windsor... Rien ne lui aura été épargné. Un mal pour un bien qui contribuera à la hausse de sa popularité. Les réparations de sa demeure de Windsor coûtant une fortune, il avait été décidé que les contribuables britanniques ne mettraient pas la main à la poche, mais que les travaux seraient payés d'une autre façon. 

Fait inédit dans l'Histoire de la monarchie britannique : la Reine payera désormais des impôts et ouvrira le Palais de Buckingham, son palais, à ses sujets et touristes. Le succès est considérable : le ticket d'entrée, associé à la vente de tasses, T-shirts, gravures et autres produits de beauté, rapportent rapidement dans les 52 millions d'euros. À cela, est décidé également que les subventions accordées aux autres palais seraient drastiquement revues à la baisse. De quoi réjouir les portes-monnaies britanniques, lassés de payer pour les frasques royales des descendants de Sa Gracieuse Majesté. 

Mais après l'"annus horribilis", place à "l'annus traumaticus" en 1997. La mort de la princesse Diana plonge la famille et son image dans un tourbillon désastreux. Les Britanniques exigent une réforme de la maison de Windsor. Sommée de se faire moins "Reine" et plus proche de ses sujets, Elizabeth II esquisse alors un "mea culpa" historique sur les conseils de Tony Blair, alors Premier ministre. Elle promet de "tirer les leçons" de cette fronde populaire, en rendant hommage lors d'une allocution télévisée de Buckingham à celle que Tony Blair avait rebaptisé la "princesse du peuple". La monarchie remontera ainsi peu à peu la pente. 

Si la Reine ne vacille guère au cours des années qui suivent, telle une figure immuable dans la tempête, les scandales se poursuivent pourtant, au sein de sa famille royale : divorces, remariage du Prince Charles avec Camilla, scandale du paiement des loyers à Kensington Palace, révélations fracassantes de l'ancien majordome de Diana, publication de photos du prince Harry habillé en nazi… La presse britannique s’en donne à cœur-joie, creusant un peu plus le fossé entre elle et la famille royale. 

Le nouveau souffle des années 2010

Avec le mariage du prince William avec Catherine Middleton en 2011 et la naissance de leurs trois enfants, la popularité de la famille royale atteint son apogée dans les années 2010. Le mariage de Kate et William en 2011, devant 2 milliards de téléspectateurs, représente le meilleur espoir de renouveau de cette famille dont l'image peine encore à se moderniser. Alors en 2012, on met les grands moyens pour le jubilé de diamant de la Reine, fêtant ses 60 ans de règne. 

La même année, elle inaugure les Jeux Olympiques de Londres, se mettant même en scène dans un court-métrage avec James Bond, interprété à l'époque par Daniel Craig. Et ce sera avec un flegme et un humour tout à fait britannique qu'elle saluera la foule depuis la tribune officielle, coiffée d'un chapeau à plumes roses. Prenant peu à peu ses distances avec les représentations à l'étranger, elle laissera ce rôle à William et Harry. La naissance du prince George et de la princesse Charlotte, jusqu'à celle de Louis, achèveront de transformer l'image d'Elizabeth II en une arrière-grand-mère aimante et disponible, à l'opposé de l'image renvoyée des décennies auparavant. Les frasques du Prince Harry, photographié nu à Las Vegas n'ébranleront pas celle que les experts qualifient de "trésor national" et de "grand-mère du peuple". Pas plus que les premières accusations d’agressions sexuelles à l’encontre du prince Andrew en 2015. 

2020 : annus horribilis

Ce qui la fera tanguer ? Le "Megxit". Les chocs des cultures et des générations commencent à faire vaciller la Maison Windsor. L’esprit rebelle d’Harry et l’envie de Meghan de s’écarter de ce lourd protocole sonne le glas de l’image d’une famille unie. La naissance du jeune Archie, son plus jeune arrière-petit-fils n’y changera rien. En janvier 2020, il est acté que les Sussex ne représenteront plus officiellement la Reine. Une annonce faite sur les réseaux sociaux, loin des traditionnels communiqués et sans en avoir informé les hauts dignitaires de la communication royale. 

Un crève-cœur pour Elizabeth II qui n’en dira rien bien sûr, mais le vent de fraîcheur que représentait le couple au sein de la Famille Royale s’apparente désormais à un coup de blizzard, d’autant que le prince Philip, très proche d’Harry, est très affaibli. Les accusations de viols et d’agressions sexuelles visant le prince Andrew refont surface à la faveur de l’affaire Epstein. Le prince est accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec des mineures. Une épreuve de plus pour la Reine. Et cela, sans compter sur la pandémie de coronavirus qui pousse la Reine à s’exiler dans son château. En plein marasme, son allocution depuis le château de Windsor où elle s’est confinée avec le prince Philip est un hymne à l’union et à la solidarité générationnelle qui l’inscrira une fois de plus dans l’Histoire, demandant aux britanniques de ne "jamais perdre espoir".  Elle affirme alors "We will meet again", l’une des chansons de son enfance à l’époque de la guerre.  "Des jours meilleurs viendront : nous retrouverons nos amis, nous retrouverons nos familles, nous nous retrouverons de nouveau", affirme-t-elle, vêtue de vert, la couleur de l’espoir. 

À la fois reine, femme, mère, grand-mère et arrière-grand-mère

Secrète, loyale et n'affichant jamais ses opinions comme l'exige la monarchie parlementaire, on lui connaissait pourtant deux passions : l'équitation et ses chiens, des Welsh corgis. Pas moins de 30 d'entre eux se sont succédé en plus de 60 ans de règne. On disait d'elle qu'elle était une femme au destin extraordinaire, avec des goûts ordinaires : elle gardait ses céréales du petit déjeuner dans un Tupperware et lisait les pronostics des courses. Son péché mignon ? Un verre de Gin avec du Dubonnet (un vermouth) accompagné d'une tranche de citron et de beaucoup de glaçons, ainsi que la photographie, avec un Leica gravé de ses initiales, dont elle garde des milliers de clichés dans des albums photos. Il se dit que lorsqu'elle avait une contrariété, elle allait dans les champs pour retirer les mauvaises herbes. Passionnée de chasse et de grand air, à cheval ou chaussée de bottes en caoutchouc, fichu sur la tête, elle incarnait un mélange rassurant de conservatisme et d'adaptation à la modernité, l'une des conditions sine qua non à la continuité de la dynastie des Windsor. Elle a eu son permis de conduire en 1945, a ouvert son site officiel en 1997, suivi d'un compte Twitter en 2009. Selon ses services, elle aurait d'ailleurs envoyé son premier courriel dès 1976, aux premières heures d’Internet. 

N'accordant que très rarement des interviews, ses biographes et les journalistes en étaient réduits à solliciter ses courtisans pour tenter de cerner "la véritable Elizabeth". Dans divers ouvrages, elle était dépeinte comme une personne drôle, intelligente et polyglotte, imitant à la perfection ses conseillers et autres hommes politiques britanniques en privé. On la devinait également fidèle, formant une véritable équipe avec son époux, le Prince Philip. Un homme toujours resté dans l'ombre de sa souveraine de femme malgré les remarques sexistes et parfois qualifiées de racistes. Un emploi de second plan dont il avait bien conscience et semblait s’accommoder facilement : "Mon premier, second et ultime emploi est de ne jamais laisser tomber la reine". Pour elle, il était son "roc". "Il a tout simplement été ma force et mon soutien", disait-elle. Sa relation avec ses petits-enfants paraissait pour le moins normale. Il se dit qu'elle a couvé le prince William, consciente du poids qui pesait sur ses épaules et qu'elle adorait Harry, pour son humour et sa fantaisie. Elle partageait avec Zara, la fille de la princesse Anne, un goût immodéré pour l'équitation. Une passion qu’elle a gardée jusqu’à sa mort. 

Au sein de "la firme", nom donné à la famille royale britannique, la logique voudrait que ce soit le prince Charles qui succède désormais à sa mère. Après des années à vivre dans l’ombre de celle-ci, tour à tour tancé pour ses écarts privés avec Camilla, puis moqué pour ses penchants écolos ou encore ses déclarations en rupture avec la neutralité affichée par sa mère, le Prince Charles affiche désormais l’image d’un successeur prêt à faire entrer la monarchie dans une nouvelle ère. Une ère sans aucun doute différente, mais empreinte d’un héritage lourd en responsabilités. 


La rédaction de TF1info

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