Le jour où... Paco Rabanne a révolutionné la haute couture avec ses robes en métal

Publié le 3 février 2023 à 18h01, mis à jour le 4 février 2023 à 0h26

Source : JT 20h WE

Créateur visionnaire, le couturier franco-espagnol a offert à son milieu un bond dans le futur en allant au-delà des conventions.
En témoigne son tout premier défilé qui, en 1966, lui a permis de se faire un nom au côté des plus grands.
Focus sur la genèse de ses œuvres, que même les réfractaires à la mode reconnaissent encore aujourd’hui.

Salvador Dali disait qu’il n’y avait "que deux génies en Espagne". Lui et Paco Rabanne. La formule est à leur image. Osée, flamboyante et anti-conformiste. Des qualificatifs qui s’appliquent aussi bien à l’art du couturier espagnol, mort à 88 ans un 3 février. Il disparaît 57 ans, presque jour pour jour, après le défilé qui a changé sa vie. Le natif Pasaia, dans la région de San Sebastian, est allé à bonne école avec sa mère, première main chez Balenciaga. Mais c’est avec un tout autre matériau qu’il se décide à habiller les femmes.

Le 1er février 1966, il présente non pas une collection mais un "manifeste". Rendez-vous est donné dans un salon du très chic hôtel George V à Paris. "Les mannequins étaient pieds nus car il n'y avait pas de budget à l'époque", souligne pour TF1info Liliane, collaboratrice de 1963 à 2005. Inspiré par le sculpteur César, Paco Rabanne surprend avec ses "Douze robes importables en matériaux contemporains". Autant de créations en rhodoïde (du plastique) pour lesquelles il n’a pas eu besoin d’aiguille mais d’une pince. 

La première robe en metal a vu le jour l'année suivante et est aujourd’hui exposée au musée du Met à New York. Une mini faite de plaques en aluminium reliées par anneaux. "C’est une technique inventée par Paco. Il s’est inspiré de la bijouterie et nous l'a transmise", souligne Liliane. Comme une rencontre avec le passé et le futur qui bouscule les codes établis. Coco Chanel finira même pas l’appeler "le métallurgiste".

Une femme nue sous un vêtement de métal est offerte et inaccessible, c’est tout l’érotisme
Paco Rabanne

Quand l’ORTF lui demande pourquoi il a choisi le métal, Paco Rabanne répond "Et pourquoi pas ? La mode est liberté (…). Pourquoi pas le cuir, le rhodoïde, le papier, un autre matériau demain ? Je trouve qu’il est absolument ridicule de continuer à habiller les femmes de tissu comme au XIXe siècle", lance-t-il. 

Lui se définit comme "un novateur", par opposition à ses confrères du prêt-à-porter qu’il qualifie "d’habilleurs". Son audace séduit et ses créations métalliques sont rapidement partout. Surtout sur les célébrités longilignes des 70s, d’Amanda Lear à Brigitte Bardot en passant par Françoise Hardy. Les Américaines Jane Fonda et Audrey Hepburn aussi succombent à l’esprit visionnaire de cet ancien étudiant en architecture.

AFP

Interrogé dans le journal de TF1 en 1976, Paco Rabanne assure que le métal est le symbole ultime de la féminité. "C’est un vêtement argenté, lunaire. Une femme nue sous un vêtement de métal est offerte et inaccessible, c’est tout l’érotisme", note-t-il. Il assimile ses œuvres de métal à "des armures" dont il aime draper les femmes "devenues des combattantes" après la naissance du MLF. 

"Avec ces armures, elles essaient de conquérir leur indépendance vis-à-vis de l’homme. C’est très symbolique et ça correspond bien à l’époque", explique-t-il alors. Certaines de ses créations pèsent jusqu’à huit kilos. Mais sur les podiums, les mannequins ne doivent rien laisser paraître.

De l'avant-garde des 60s aux NFT

Paco Rabanne raconte se fournir "dans les usines, dans les laboratoires, les endroits les plus étranges du monde pour essayer de trouver une matière nouvelle". Il repoussera chaque fois un peu plus les limites du possible, allant jusqu’à utiliser des cottes de mailles en acier, transformant des tabliers de boucher en sac, des morceaux de carrosserie et des disques laser, puis à dessiner une robe avec des matériaux de construction lors de sa collection automne-hiver 1995-1996. Ses défilés haute couture au Carrousel du Louvre ressemblent à des spectacles où l’inattendu est le maître mot. Plus d’une de ses créations auraient mérité le titre "d’importables". Son final le plus imposant ? Sans doute celui où il a fait défiler un couple habillé de sculptures métalliques représentant des tatouages Maori en 1998.

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Plus qu’une marque, Paco Rabanne a bâti un style indissociable de son nom que même les non-initiés identifient. N'oublions pas que toutes ses collections comportaient une partie textile pour répondre aux exigences de la Chambre syndicale de la haute couture parisienne. Il n’aurait sans doute pas imaginé qu’en 2021, douze de ses pièces les plus emblématiques seraient transformées en NFT pour être vendues. Comme un clin d'œil à ses débuts. Signe de plus, s’il en fallait un, que la mode n’est vraiment qu’un éternel recommencement.


Delphine DE FREITAS

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