Qui est Rosalía, la chanteuse qui donne un coup de chaud au flamenco ?

Publié le 31 mars 2022 à 10h56

Source : Quotidien

Cette Catalane de 29 ans, qui mélange le flamenco et les sonorités modernes, est la chanteuse que le tout le monde s’arrache.
Son troisième opus, "Motomami", fait tourner la tête des fans et de la critique qui y voient déjà l’album de l’année.
Retour sur le parcours fulgurant d’une enfant prodige aussi à l’aise à la Fashion week que devant les caméras de Pedro Almodóvar.

Toute seule avec son micro ou entourée de son armée de danseurs casqués, glissant d’un décor à l’autre en changeant de tenue comme par magie, Rosalía a innové fin mars en donnant le premier concert de l’histoire de TikTok. Une performance ébouriffante à l’image de cette chanteuse catalane de 29 ans devenue en l’espace de deux albums l’ambassadrice du néo-flamenco, fusionnant la musique traditionnelle à des sonorités contemporaines pour un résultat aussi inédit qu’excitant.

Motomami, le troisième qui vient de paraître, est une petite merveille qui captive autant par ses inventions sonores que par l’intensité du timbre de ce petit bout de femme au caractère bien trempé. Rosalía Vila Tobella a 13 ans lorsqu’elle découvre les disques de la star locale Cameron de la Isla, lui-même adepte des mélanges de cultures. Deux ans plus tard, elle participe à un télécrochet qu’elle ne remporte pas et s’en va alors étudier à l’Ecole supérieure de musique de Catalogne tout en chantant dans les bars et les mariages.

En 2015, après avoir multiplié les apparitions dans les plus grands festivals de flamenco à travers le monde, elle croise la route du guitariste et producteur Raul Refree. Ensemble ils s’envolent pour la Californie où ils enregistrent le bien nommé Los Angeles, un premier album brut, mélancolique et envoûtant qui donne des sueurs froides aux divas de la pop anglo-saxonne. Séduit par sa divine exilée, le comité espagnol à l’Eurovision lui propose de représenter ses couleurs. Mais la "guapa" a d’autres envies.

Appropriation culturelle ou métissage ingénieux ?

S’ouvrant sur le single "Malamente", juste irrésistible, l’album El Mal Querer propulse sa jeune auteure dans une autre dimension. Pop, reggaeton, hip-hop et electro… Rosalía élargit son spectre musical mais pas seulement. Soucieuse de son image, elle engage le collectif barcelonais Canada pour donner une identité visuelle sophistiquée aux clips qui illustrent cet opus dont les chansons décrivent les étapes d’une relation toxique qui a mal tournée.

Plus rien n’arrête la tornade Rosalía, pas même la poignée de puristes qui lui reprochent de piller l’héritage du peuple rom du Sud de l’Espagne pour le redigérer dans un mix contemporain qui enflamme les dancefloors de New York à Singapour. Vilaine appropriation culturelle ou métissage ingénieux ? La polémique s’éteint vite face à l’engouement suscité par la jeune femme, aussi l’aise sur les podiums de la Fashion Week que devant les caméras de Pedro Almodóvar qui l’invite à chanter avec Penélope Cruz dans Douleur et Gloire.

Rosalia hypnotise le plateau de Quotidien avec une chanson a capellaSource : Quotidien

Fruit des longues périodes de confinement, Motomami prolonge l’hybridation d’El Mal Querer avec virtuosité et culot. Dans une interview accordée à Rolling Stone, son auteure enthousiaste le décrit comme "un concept, l’histoire d’une figure féminine en construction. C’est presque un autoportrait". Mais c’est aussi un hommage aux femmes fortes qui l’ont influencées, à commencer par sa mère, une businesswoman passionnée de deux roues qui filait jadis sur les routes d’Espagne, sa fille de 8 ans derrière son dos. Ça ne s’invente pas.

Du remuant "Saoko", interrompu par un savoureux break jazzy, au bouleversant "Sakura", chanté en piano devant un public conquis, Motomami bénéficie de la présence de l’incontournable The Weeknd sur le sensuel "La Fama", de la sulfureuse rappeuse dominicaine Tokischa sur le remuant "La Combi Versace" mais aussi du délicat songwriter anglais James Blake sur le redoutable "Diablo". C’est un disque qui caresse et qui secoue, qui étonne et qui cajole. Ne manque plus que l’annonce d’une tournée mondiale, qui ne saurait tarder.


Jérôme VERMELIN

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