Ces musiciens hors norme bousculent l'univers du classique

Jennifer Lesieur
Publié le 17 novembre 2016 à 15h24
Ces musiciens hors norme bousculent l'univers du classique

Source : Charlotte Abramow / DG

REMIX - Sous les coups répétés du streaming et du téléchargement, le marché du disque s’est effondré. Celui du disque classique, déjà à l’état de niche, a dû s'adapter pour doper ses ventes, voire flirter avec d'autres genres musicaux. Au risque de décrédibiliser les artistes ? Pas ces trois-là, en tout cas.

Les mélomanes ont de quoi se gratter la tête chez le disquaire. Pourquoi acheter à prix fort une énième nouvelle version du Concerto pour violon de Beethoven, alors que les enregistrements de référence sont disponibles à petit prix ? Dans les maisons de disques, on a inventé un nouveau genre pour doper les ventes : le crossover. Dans ces disques un peu fourre-tout, comme les albums de Noël des stars de la pop, pianistes, violonistes et chanteurs lyriques enregistrent des airs classiques célèbres, mais épicés à la sauce rock ou électro. Ou l'inverse : reprendre des tubes avec leur instrument de prédilection. Le résultat est souvent d’un goût douteux, type André Rieu ou Rondo Veneziano. Heureusement, une nouvelle génération semble avoir trouvé d’autres idées marketing pour promouvoir une musique moins... dissonante.

Nemanja Radulovic, le violon rock'n'roll

De dos, Nemanja Radulovic a plus l’air d’un guitariste de rock que d’un violoniste. Ce Serbe de 31 ans, qui a quitté son pays en guerre pour la France, représente bien cette nouvelle génération de musiciens classiques, polyglottes, lookés et accros aux réseaux sociaux. Son allure juvénile est à l’image de son jeu, énergique, généreux, décomplexé. Son dernier disque, consacré à Bach (Deutsche Grammophon), comprend des arrangements modernes de la fameuse Toccata et Fugue BWV 565, signés Aleksandar Sedlar ; les puristes se boucheront les oreilles, mais le résultat est plutôt une bonne surprise.

Khatia Buniatishvili, l’atout glam du piano

La Géorgienne de 29 ans, installée à Paris depuis 2011, cultive son style glamour. Robes moulantes et talons aiguille attirent les mélomanes censés venir écouter son très large répertoire, acquis dans la légendaire tradition du piano soviétique. Son tempérament de feu se manifeste aussi dans ses clips : dans "A Faustian dream", qui accompagne son album consacré à Liszt, elle incarnait à la fois Faust, Méphisto et Marguerite, dans une esthétique à la Mylène Farmer… Pas de décolleté, en revanche, sur son dernier album, Kaleidoscope (Sony Classical), où elle joue Stravinsky, Ravel et Moussorgski : c’est en l’écoutant yeux fermés qu’on mesure le talent de Khatia Buniatishvili.

Anne-Sofie Von Otter, le chant tout-terrain

Le ténor français Roberto Alagna a fait un carton en reprenant Luis Mariano : 500 000 exemplaires vendus ! De quoi décomplexer d’autres chanteurs lyriques, très appréciés sur les grandes scènes du monde entier, mais dont les ventes de disques peinent à décoller. Mais quand la soprano américaine Renée Fleming enregistre un album de reprises de Muse et Arcade Fire, avec le producteur des Strokes, ça n'apporte rien, ni aux fans d'opéra, ni aux fans de pop. Reste des exceptions : après avoir enregistré des reprises d’Elvis Costello et des duos avec le pianiste de jazz Brad Meldhau, la mezzo suédoise Anne-Sofie Von Otter a sorti en septembre So many things (Naïve), où elle reprend Sting, Rufus Wainwright, Kate Bush et Björk avec un quatuor à cordes. Si le résultat est si réussi, c’est parce que Von Otter chante sans vibrato. Pas comme une chanteuse d’opéra, donc...


Jennifer Lesieur

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