Ness Merad dans "Lycée Toulouse-Lautrec", ce lundi sur TF1 : "Parfois, j'oublie que je suis en fauteuil roulant"

Publié le 4 mars 2024 à 15h00

Source : JT 20h WE

Dans "Lycée Toulouse-Lautrec", elle joue le rôle de Marie-Antoinette, une lycéenne au caractère bien trempé.
Atteinte de dystrophie musculaire congénitale, Ness Merad veut prouver que les personnes handicapées sont comme tout le monde.
"J’ai entendu tellement de choses horribles sur moi, que plus rien ne m’étonne", nous a confié la comédienne de 20 ans.

Avec Chine Thybaud, c'est l'autre révélation de la série. Ness Merad reprend le rôle de Marie-Antoinette dans la deuxième saison de Lycée Toulouse-Lautrec, ce lundi sur TF1 et en streaming sur TF1+. La jeune fille qui admet partager le même humour dévastateur que son personnage connaît bien Toulouse-Lautrec puisqu'elle a été étudiante dans l'établissement des Hauts-de-Seine où les deux tiers des élèves sont en situation de handicap.

C'est d'ailleurs en tant qu'ancienne élève qu'elle avait été contactée par la production de la série créée par Fanny Riedberger – qui a, elle aussi, passé trois ans dans le lycée – pour passer le casting. Alors qu'elle n'avait aucune expérience, l’étudiante en BTS communication a décroché le rôle de Marie-Antoinette, un des personnages les plus emblématiques de la série.

Avez-vous conscience de la popularité du personnage de Marie-Antoinette ? 

Durant le tournage de la première saison, je ne me rendais pas compte de l'importance de mon personnage. J'avais juste beaucoup de plaisir à jouer tout en faisant découvrir une part de moi, car Marie-Antoinette qui me ressemble. J’ai été hyper surprise des retours positifs que j’ai eus, par message ou même dans la rue. Aujourd'hui, les gens me reconnaissent même sans maquillage et avec mes cheveux bouclés au naturel ! C’est comme si j’avais des retours positifs sur moi et ça fait du bien.

Comme Marie-Antoinette, j'ai un blocage par rapport à l’amour
Ness Merad

En quoi ressemblez-vous à Marie-Antoinette ?

Je suis scorpion, j’ai un fort caractère moi aussi ! Mais il cache beaucoup de sensibilité et de peurs que je n’assume pas forcément. Comme Marie-Antoinette, quand on est en situation de handicap, pour se protéger, on peut être parfois très durs. 

Cette saison, Marie-Antoinette va découvrir l’amour. C’est un thème dont on parle très peu pour les personnes en situation de handicap…

Il y a beaucoup de clichés autour des histoires d'amour de personnes en situation de handicap. Ce qui est génial avec Fanny Riedberger, c’est qu’elle a su créer un univers et un couple avec lequel je suis en accord. Grâce à mon partenaire Adil Dehbi, on a créé une histoire d’amour qui n’est pas niaise. Ça ressemble à notre relation dans la vraie vie, on se cherche tout le temps, on est comme chien et chat ! Comme Marie-Antoinette, j'ai un blocage par rapport à l’amour. Pour moi, c'était bien de pouvoir travailler sur ça. 

Je suis très heureuse de pouvoir montrer à l’écran ce concept d’insertion inversée
Ness Merad

Souffrez-vous du regard qu'on porte sur vous ?

Oui et non. Parfois, j'oublie que je suis en fauteuil parce que c'est mon quotidien depuis que je suis petite. Et puis je me fiche du regard des gens, parce que j’ai grandi avec des proches qui se sont toujours comportés normalement avec moi et qui m’ont montré ce que c’était d’assumer son handicap. J’ai entendu tellement de choses horribles sur moi, que plus rien ne m’étonne. Je ne peux pas dire que ça ne me touche pas, mais je l’accepte. Moi, je sais qui je suis, et j’adore qui je suis. En plus j'ai un fort caractère et un humour très noir. 

Vous avez été élève au lycée Toulouse-Lautrec. Quels souvenirs en gardez-vous ? 

J'ai adoré mon expérience au lycée. Avec mes copines, on se disait que notre histoire ressemblait parfois à une série télé, mais que personne ne le voyait ! Je suis très heureuse de pouvoir montrer à l’écran ce concept d’insertion inversée, car ici, ce sont les élèves valides qui doivent s'adapter. J’ai aussi connu l’insertion ordinaire et c'était très compliqué.

À la crèche, on avait refusé de me prendre alors que je n’avais pas de fauteuil
Ness Merad

Pouvez-vous nous en dire plus ? 

À la crèche, on avait refusé de me prendre alors que je n’avais pas de fauteuil et que mon handicap ne se voyait pas encore. Je ne faisais pas du quatre pattes, mais j’arrivais à me déplacer à ma façon. Puis en maternelle, les classes où je devais aller étaient à l’étage et on ne voulait pas les décaler au rez-de-chaussée. Il n’y avait aucune volonté pour intégrer les personnes en situation de handicap. Du coup, j'ai dû aller en hôpital de jour à Garches, puis dans un établissement à Bondy pour des personnes en situation de handicap qui s’appelle Maurice Coutrot. Là, ils ont été super, car ils ont vu mes capacités. Ils trouvaient ça dommage de me mettre des barrières à cause de mon fauteuil. D’autant que je n’avais pas de rééducation très lourde.

Où en êtes-vous aujourd'hui ? 

En juin dernier, j'ai eu mon BTS en communication, avant de commencer le tournage de la saison 2 de Lycée Toulouse-Lautrec. Là, je me repose. J’ai eu beaucoup de problèmes de santé, car j’ai trop enchaîné. J’ai un peu oublié que j’étais en situation de handicap ! Mais j’aimerais bien reprendre mes études dans la communication, car c’est ce que je sais faire le mieux. 

Le métier de comédienne aussi ? 

Oui, j’aimerais surtout continuer les tournages. J’ai envie de prioriser ce côté-là de ma vie qui m’apporte énormément. Les études, c'est très bien, mais cela m’a créé de l'anxiété sociale, alors que le tournage m’a aidé à combattre mes angoisses. C’est un lieu où j’ai pu rencontrer des gens et tisser de vrais liens. Cette série m'a permis d'avoir plus confiance en moi, étant quelqu'un de très timide. Elle m'aide à extérioriser mes problèmes personnels. Comme Marie-Antoinette.


Rania HOBALLAH

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