Interview

Nicolas Bedos de retour avec "Mascarade" : "Je fais des films pour voir la vie en plus grand"

Propos recueillis par Jérôme Vermelin
Publié le 1 novembre 2022 à 8h00
JT Perso

Source : TF1 Info

Quelques mois à peine après avoir signé le troisième volet d'OSS 117, Nicolas Bedos est de retour avec "Mascarade".
Avec son casting de stars, ce thriller qui se déroule sur la French Riviera rend hommage aux classiques du film noir.
Des femmes fatales qui l'ont fascinées adolescent à la crise du cinéma français, il s'est confié auprès de TF1info.

C’est un personnage qui fascine autant qu’il agace. Depuis qu’il est passé derrière la caméra avec Monsieur et Madame Adelman en 2017, Nicolas Bedos cultive le mélange de charme et de provoc qui lui avait permis de se faire un prénom lors de ses apparitions tonitruantes sur les plateaux de télé. Trois ans après le succès de La Belle Époque, un drame qui rendait hommage à ses parents, et quelques mois à peine après celui du troisième volet de la saga OSS 117, il est de retour ce mardi avec Mascarade.

Sur la French Riviera, on découvre Adrien (Pierre Niney), un ex-danseur prodige qui après un grave accident de la route, vit aux crochets de Martha (Isabelle Adjani), une vieille gloire du cinéma français. Lors d’une soirée, le beau gosse croise le regard de Margot (Marine Vacth), une femme fatale avec laquelle il va organiser une terrible arnaque aux dépens de Simon (François Cluzet), un promoteur immobilier de la région.

Avec ses personnages manipulateurs, ses décors somptueux et ses bons mots, Mascarade est un thriller réjouissant, à la croisée des chemins entre les films de Claude Chabrol et les romans de Patricia Highsmith. Monté sur ressorts, son auteur a pris quelques minutes dans son emploi du temps très chargé pour répondre aux questions de TF1info…

Le plus grand compliment qu’on pourrait me faire sortirait de la bouche d’un adolescent qui me dirait : "J’ai vu Mascarade et j’ai le corps en émoi !"

Nicolas Bedos

Si je dis que le thème central du film, c’est le désir. Et tout ce qu’on est capable de faire pour le satisfaire, à nos risques et périls. Vous validez ?

Je poursuis beaucoup de desseins dans ce film. Mais si on ne devait en garder qu’un, je pense que vous avez mis le doigt dessus. J’avais très à cœur de fabriquer, pour l’adolescent d’aujourd’hui, ce que moi j’ai ressenti adolescent hier. Bien avant de mettre la main sur le genou d’une collégienne, j’ai découvert le désir à travers le cinéma. À travers Emmanuelle Béart dans L’Enfer de Chabrol où François Cluzet brillait déjà. À travers Sharon Stone dans Casino de Martin Scorsese, Faye Dunaway dans L’Arrangement de Elia Kazan, Rita Hayworth dans La Dame de Shanghai d’Orson Welles. Avec la femme fatale jouée par Marine Vacth, et à travers les personnages masculins joués par François et Pierre Niney, je voulais rendre hommage au film noir. C’est cet obscur objet du désir, ce danger ambulant, cette énigme. Le plus grand compliment qu’on pourrait me faire sortirait de la bouche d’un adolescent qui me dirait : "J’ai vu Mascarade et j’ai le corps en émoi !".

C’est un film où on mange au restaurant, on fait la fête entre amis, on danse en boite, on baise… C’est très post-Covid, non ? 

Et pourtant il a été écrit avant tout ça. Il a même été écrit avant l’affaire Weinstein ! Ce qui a tendance à m’intéresser aujourd’hui, si je devais être une espèce de sociologue de moi-même, c’est que le film est plein de toute notre époque. Dans sa façon de parler de sujets extrêmement sensibles, délicats comme la question des relations entre les sexes en donnant la parole tour à tour aux unes et aux autres. C’est le portrait de deux femmes très en colères, incomprises, maltraitées jouées par Marine Vacth et Isabelle Adjani. Et aussi le portrait d’hommes qui ne savent pas entendre, pas comprendre. Mais je vois ce que vous voulez dire par rapport au Covid. Globalement, je fais des films pour essayer de voir la vie en plus grand, en plus fort, en plus intense que ce que je vis moi-même. Si je pouvais me réfugier dans mes films, ce serait pas mal.

Modestement, individuellement, j’essaie de contribuer à l’attraction de la salle de cinéma

Nicolas Bedos

Comme une bulle qui protège du monde extérieur ? 

Une bulle, oui. En fait je pense toujours au spectateur que j’ai été en découvrant le cinéma. C’est à lui que je m’adresse. À un moi d’avant. Je fais des films aussi pour celui ou celle qui va en salles un vendredi soir, après une semaine éreintante, ce qui est le cas quand même de la majorité des gens. Moi pour me divertir, je ne peux pas voir un film qui me prend trop pour un con. Mais je ne peux pas non plus voir un film qui me demande une sorte de participation cérébrale trop importante… Sinon j’ai tendance à ouvrir un livre ! Au cinéma, je cherche l’équilibre qu’il y a entre le plaisir pur et quand même la réflexion, l’ouverture au monde.

Il y a une petite musique en ce moment sur le désamour des Français pour leur cinéma. Est-ce que vous l’entendez ? Est-ce qu’un film comme Mascarade est là pour ranimer la flamme ? 

Je n’aurais pas cette prétention ! Ce que je sais, c’est que modestement, individuellement, j’essaie de contribuer à l’attraction de la salle de cinéma. Même d’un point de vue technique, j’y ai pensé énormément. Et Dieu sait que c’est parfois chiant d’attendre les installations de lumière ! J’y ai pensé en tournant en pellicule, en essayant de faire voyager le spectateur, en lui offrant un monde dont il n’est pas forcément familier. En donnant aussi de la beauté à tous les personnages.

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Vous les aimez tous sans exception ? 

J’ai tendance à dire que les auteurs sont des transgenres littéraires. Mon parrain Jean-Loup Dabadie disait que c’est le seul métier où, le matin, on peut être homosexuel, macho l’après-midi et le soir une femme. Moi, je suis amoureux de tous mes personnages, et même si je ne partage pas leurs actes, je les comprends. Ce n’est pas un hasard si ce film est l’adaptation d’un livre que je n’ai pas achevé. Chacun des protagonistes était très nourri parce qu’il s’étendait sur des dizaines de pages. Mais pour revenir brièvement sur cette histoire du cinéma français sur laquelle vous m’avez lancé, je pense qu’il y a mille raisons pour expliquer cette douce, lente et cruelle désaffection, avec quand même énormément de contre exemples. Celle qui saute aux yeux, c’est la concurrence incroyable de la proposition de fictions. On ne sait plus où donner du regard ! Entre un buzz sur Netflix ou Amazon, la sortie d’un blockbuster et celle d’un film d’auteur dont on a entendu parler mais qu’on ne sait pas où aller voir, il y a énormément de choses à voir. Pour faire le tour, il faut être au chômage… Ou à la retraite. C’est pour ça qu’il y a des morts.

>> Mascarade de Nicolas Bedos. Avec Pierre Niney, Isabelle Adjani, François Cluzet, Marine Vacth. 2h14. En salles mardi.


Propos recueillis par Jérôme Vermelin

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