Oscar Wilde vs Charles Baudelaire : la battle des expos sur deux écrivains géniaux

Jennifer Lesieur
Publié le 10 octobre 2016 à 10h16
Oscar Wilde vs Charles Baudelaire : la battle des expos sur deux écrivains géniaux

STARS LITTERAIRES – Oscar Wilde (1854-1900) et Charles Baudelaire (1821-1867) ont beaucoup de choses en commun. Notamment une exposition monographique chacun, la première au Petit Palais, la deuxième au musée de la Vie romantique, à Paris. Lequel des deux était le plus génial ? Confrontation.

A ma gauche, un excentrique Irlandais. A ma droite, un dandy Parisien. Une génération sépare Oscar Wilde et Charles Baudelaire, mais bien d’autres choses les réunissent quand on visite les expositions qui leur sont consacrées. Photos, tableaux, manuscrits nous plongent dans leur univers feutré et raffiné, avec des touches de fantaisie venues rehausser l'ensemble. Puisqu'ils ne se sont jamais rencontrés, rapprochons-les virtuellement. 

Qui était le plus photogénique ?

Dans les deux cas, les portraits de nos héros abondent, en épreuves argentiques comme en caricatures. Baudelaire jeune porte la barbe ; plus tard, un menton glabre dévoile une bouche mince au pli amer, un crâne carré au cheveu rare. A côté, Oscar Wilde affiche une moue sensuelle satisfaite, un visage ovale de bon vivant, un regard rêveur ou pénétrant... En tout cas, il pose plus crânement que Baudelaire, lequel avait tout de même Nadar comme ami et photographe quasi officiel. 

Le vainqueur : Wilde. En manteau de fourrure ou drapé comme une actrice de théâtre, il garde  une allure flamboyante qui le sauve du ridicule.

Qui était le plus esthète ?

Tous deux ont commencé leur carrière comme critiques d’art, tout en rêvant de gloire littéraire. Des tableaux surtout préraphaélites sont exposés avec l’avis de Wilde inscrit en-dessous, jusqu’à cette citation un rien provocatrice : "Tout art est parfaitement inutile." Baudelaire, lui, attendait plus d’audace de ses contemporains. Son préféré restait Delacroix, bien représenté ici, entouré de nombreuses œuvres de Goya, Manet, Ingres…

Le vainqueur : Baudelaire. Parce qu’aux tableaux présentés s’ajoutent les excellents dessins d’humour d’Honoré Daumier. 

Qui était le plus spirituel ?

Les punchlines des rappeurs n’arrivent pas à la cheville des citations d’Oscar Wilde. Que celui qui n’en a jamais recopié une sur son cahier de textes au lycée nous jette la première pierre. Quelques-unes éclairent les murs foncés du Petit Palais, comme : "s’aimer soi-même, c’est se lancer dans une belle histoire d’amour qui durera toute la vie". Baudelaire, lui, est reproduit sur les murs avec plus d’esthétisme, même si "le beau est toujours bizarre" a fini par entrer dans l’imaginaire collectif.

Le vainqueur : Wilde. Son autodérision l’emporte face à l’esthétisme baudelairien. C’est du Woody Allen avec un siècle d’avance. 

Qui était le plus séducteur ?

Baudelaire, en bon poète parisien du XIXe siècle, a collectionné les maîtresses. La plus connue est Jeanne Duval, une métisse qui lui inspirera plusieurs poèmes. Un exemplaire des Fleurs du mal est dédicacé à "ma très chère Féline". Wilde, malgré l’amour sincère qu’il a porté à sa femme Constance et à leurs deux fils, n’a jamais vraiment caché son attirance pour les hommes. Hélas, c’est sa liaison avec le capricieux Lord Alfred Douglas qui le mènera à sa perte, avec un retentissant procès pour homosexualité. Les actes du procès sont eux aussi exposés.

Le vainqueur : Baudelaire. La sensualité est omniprésente dans son œuvre. De ses poèmes manuscrits à la petite salle qui héberge un "musée de l’amour" agrémenté de quelques vignettes érotiques.

Le verdict ?

Pour l’intérêt artistique et littéraire, c’est ex-aequo. Pas de battle possible entre Les Fleurs du Mal et Le Portrait de Dorian Gray : les lire, c’est presque un devoir ! Les lieux influent davantage sur l'atmosphère de la visite : les salles étroites du Petit Palais sont vite saturées alors qu’il y a moins de monde au musée de la Vie romantique, charmant hôtel particulier recouvert de verdure, niché dans une rue calme du 9e arrondissement. C’est plutôt là qu’élégance et esprit fin devront être réunis pour y inviter sa plus belle conquête. 


Jennifer Lesieur

Sur le
même thème

Articles

Tout
TF1 Info