Cate Blanchett en cheffe d’orchestre tyrannique dans "Tár" : quelle masterlcass !

par Jérôme VERMELIN
Publié le 25 janvier 2023 à 18h18
JT Perso

Source : TF1 Info

L'actrice australienne est en lice pour un troisième Oscar pour sa performance épatante dans le film de Todd Fields, en salles en France ce mercredi.
Elle y incarne une cheffe d'orchestre mondialement célèbre qui dissimule ses névroses derrière une image trop parfaite.
Ce thriller psychologique expose de manière brillante les enjeux de pouvoir mis à jour grâce au mouvement #MeToo.

Au moment où nous écrivons ces lignes, l'incroyable Cate Blanchett vient de décrocher sa huitième nomination aux Oscars. Avec déjà deux statuettes dorées à son palmarès, elle n’est plus qu’à deux longueurs de Katharine Hepburn, qu’elle incarnait face à Leonardo DiCaprio dans Aviator de Martin Scorsese. Et à une seule de Meryl Streep, l’une de ses idoles absolues. Qu’elle l’emporte ou non le 12 mars prochain à Hollywood n’y changera rien : dans Tár, elle livre à 53 ans l’une des performances les plus mémorables de sa carrière. La plus déroutante sans doute aussi.

À la sortie du film de Todd Fields, de nombreux internautes américains se sont mis en quête d’information sur la cheffe d’orchestre jouée par la star australienne. Non seulement parce que son CV impressionnant nous est vite exposé lors d’une masterclass animée par un vrai journaliste, Adam Gopnik, plume réputée du New Yorker. Mais surtout parce que la comédienne semble avoir emprunté la voix, les regards et les mimiques d’une personnalité bien réelle. La vraie cheffe d’orchestre américaine Marin Alsop a eu beau se sentir insultée par le film, le réalisateur et l'actrice n’y sont pour rien.

Un édifice qui s'effrite sous nos yeux

Lydia Tár, c’est donc une pianiste américaine prodige, l’une des rares musiciennes à avoir été primée à la fois aux Emmy Awards, aux Grammy Awards aux Tony Awards et aux Oscars, les quatre grandes cérémonies de récompenses aux États-Unis. Première femme à conduire l’Orchestre philharmonique de Berlin, c’est aussi une ethno-musicologue respectée qui a effectué de très sérieuses recherches universitaires auprès de la tribu des Shipibo-Conibos en Amazonie. Excusez du peu... 

Dès la séquence pré-générique, où l’héroïne est filmée à son insu à l’iPhone par sa garde rapprochée, on comprend toutefois qu’il y a quelque chose qui cloche. Au royaume feutré de la musique classique, sa vie privée n’est pourtant pas un secret. Ouvertement lesbienne, elle partage la vie de Sharon, son premier violon avec laquelle elle élève une adorable petite fille. Mais d’emblée, on perçoit un malaise avec Francesca, son assistante jouée par la comédienne française Noémie Merlant.

Cate Blanchett incarne une cheffe d'orchestre qui fascine autant qu'elle effraie...
Cate Blanchett incarne une cheffe d'orchestre qui fascine autant qu'elle effraie... - Focus Features

Lydia Tár, c’est en réalité un personnage, une image, un édifice que le maestro Todd Fields va fissurer sous nos yeux de façon aussi méthodique que machiavélique. D’abord par petites touches - un geste mal assuré, un regard de travers, un mot qu’on retient. Puis de manière plus frontale lors d’un cours magistral où l'artiste, aussi acerbe que passionnée, humilie un étudiant non-binaire qui refuse de jouer la musique de Jean-Sébastien Bach, le considérant comme un symbole du patriarcat au motif qu’il a eu vingt enfants.

Cette séquence malaisante et électrique, qu’on peut lire comme un commentaire très méchant sur les débats autour du genre, en vogue dans les milieux culturels américains, aura plus tard une importance considérable dans la descente aux enfers de Lydia Tár. Auparavant, Todd Fields aura fait voler en éclat les grandes névroses et les petits secrets d’une icône qui se croit tout permis pour préserver son statut d’intouchable.

Lire aussi

Dans un mouvement de bascule magistral, Tár devient alors LE film définitif sur les mécanismes mis à jour par l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo. Cate Blanchett, qui fut à l’origine de l'association Time’s Up, destinée à soutenir les victimes de harcèlement sexuel, n’a sans doute pas accepté ce rôle au hasard. Au-delà de son engagement personnel, c’est l’occasion pour elle de livrer une performance tout en nuances qui interroge la responsabilité des hommes et des femmes de pouvoir. Mais aussi la fascination trouble qu’ils exercent sur leurs admirateurs et la société tout entière.

>> Tàr de Todd Fields. Avec Cate Blanchett, Nina Hoss, Noémie Merlant. 2h38. En salles ce mercredi


Jérôme VERMELIN

Tout
TF1 Info